Une ville en chantier

Niort à la croisée des chemins. Preuve que le sujet est d'actualité, dans le mensuel municipal « Vivre à Niort », un dossier entier est consacré à une réflexion « pour une ville plus attractive ». Le département des Deux-Sèvres est celui qui a le plus souffert en Poitou-Charentes, en perdant 811 emplois dans le tertiaire entre septembre 2010 et septembre 2011. La diversification devient donc un véritable enjeu. « Dès que les candidats recherchent dans le secteur primaire, par exemple, c'est problématique dans cette ville mono-industrielle du tertiaire », confirme un salarié de Pôle Emploi.

Les mutuelles, si elles continuent de présenter des conditions attrayantes, ne créent plus autant d'emplois qu'autrefois, et le développement ne se fait plus tant au siège que dans leur réseau. De l'aveu de certains salariés venus de Paris, situer Niort avant de venir y travailler relevait de la colle ! Et l'argument censé convaincre le cadre sceptique se révèle souvent un trompe-l'oeil. « On m'a dit que la mer était à deux pas, mais pour se rendre à La Rochelle, il faut compter une heure. Finalement, on s'y rend très peu », sourit un ancien salarié de Nanterre venu travailler à la Camif.

Une autre vie après les mutuelles

Un sketch des « Guignols de l'info » (Canal Plus) fait désormais partie des « références ». « Alors, on va le garder notre triple A ? », demande la marionnette de Patrick Poivre d'Arvor. « Vous êtes mal barrés. Aujourd'hui, on a mis C, répliquent les deux clones de l'agence Moody's. On est restés une semaine à Niort et on sait toujours pas à quoi ça sert. [...] Chez nous, les villes, elles servent à quelque chose économiquement : Détroit c'est les bagnoles, Atlanta c'est le Coca, Los Angeles c'est le cinoch', mais... Niort, c'est quoi ? Donc C. » Geneviève Gaillard, maire de Niort, députée PS de la première circonscription des Deux-Sèvres depuis 1997, le reconnaît : « La ville de Niort ronronnait un peu. »

Un coup d'oeil sur une carte donne une piste : la ville se trouve enclavée entre La Rochelle, qui a un port, et le chef-lieu de région, Poitiers, qui dispose d'un pôle universitaire fort. Même Ségolène Royal, pourtant présidente du conseil régional du Poitou-Charentes, ne semble pas avoir souvent mis les pieds sur ce sol, au grand regret des présidents des mutuelles. Or, l'attrait d'une ville est un élément indispensable pour faire venir des salariés et des créateurs d'entreprise. « Les travaux importants entrepris depuis 2009 dans le centre-ville, pour un budget de 35,5 M€, et qui doivent s'achever en 2012, doivent répondre à cet objectif », explique Geneviève Gaillard. De même, la ville souhaite plus que jamais attirer de nouveaux secteurs d'activités, afin d'atténuer sa surdépendance aux mutuelles. Immense chantier à ciel ouvert, Niort cherche encore sa voie, entre un passé proche où elle voyait les mutuelles participer à hauteur d'1 M€ pour les travaux de la ville ou à coup de millions d'euros pour sauver la Camif, et un présent où ces acteurs de l'économie sociale comptent leurs deniers, rappellent que « les sociétaires sont partout en France » et font valoir leur atout numéro un, l'emploi.

Une autre voie après la Camif

Aujourd'hui, ces mutuelles doivent d'abord résoudre de nouveaux paradigmes, et il est difficile d'imaginer que leur lien avec la ville ne s'en trouvera pas redéfini. À ce titre, l'histoire de la Camif est riche d'enseignements. Longtemps associée au prestige des mutuelles, cette centrale d'achat réservée aux sociétaires a fini par mettre la clé sous la porte. Cette success story devenue un cauchemar pour l'emploi local faute d'avoir su prendre le tournant du Web fonctionne comme une mise en garde pour les mutuelles appelées à faire face à un univers de plus en plus concurrentiel. Tout en tablant sur une solidarité toujours mise en avant.

LA CAMIF, UNE HISTOIRE SYMBOLIQUE EN QUELQUES DATES

  • Dans un contexte d'après-guerre, les familles ont besoin de s'installer et de s'équiper en électroménager. Très vite, la Camif, créée en 1947 par la Maif, constitue un catalogue à partir de produit fabriqués dans les régions françaises. C'est ainsi que l'on y vend du linge de Cholet, des armes de Châtellerault, des porcelaines de Limoge, des canadiennes et des sacs à dos Lafuma, des poupées Petitcollin d'Etain, du mobilier. Un magasin s'ouvre pour présenter un échantillonnage. « C'était une merveilleuse aventure, familiale et conviviale », témoigne l'une des premières salariées.
  • « J'ai travaillé trente-cinq ans à la Camif. Je connaissais bien le milieu des coopératives, et j'étais en phase avec cette économie. Cela fonctionnait formidablement bien. Puis la concurrence s'est montrée féroce : les grandes surfaces, l'arrivée d'Internet. Le pouvoir d'achat des enseignants est devenu moindre, des projets de développement lui ont été fatals. » Parti dans le cadre d'un plan de préretraite, Michel Vivier est désormais administrateur délégué d'une autre coopérative niortaise, la Centrale d'achats de l'économie sociale (Cades).
  • En 2009, Emery Jacquillat, 41 ans et patron de matelsom.com et meuble.com, rachète la marque et le fichier clients. « Dans les crises, il y a des opportunités. J'ai redéfini tout le business model de la Camif. J'ai été étonné par la fidélité de ses clients, dont certains avaient gardé leur habitude, l'été, de passer par le magasin. Nous possédons un million d'adresses électroniques sur 3,5 millions d'adresses postales. Internet, c'est le grand virage. Sur 120 personnes, 25% travaillaient à la Camif. Ce que nous proposons aujourd'hui est très différent, plus coloré, plus original, plus écologique, à 70% fabriqué en France. »
  • Un magasin tout en couleur. « Notre cible, ce sont les quadra, alors que la clientèle de la Camif avait plutôt autour des 55-60 ans », témoigne Emery Jacquillat. Matelsom a déménagé son siège de Nanterre (Hauts-de-Seine) à Niort et contribué à la création de près de 150 emplois dans le bassin niortais.
  • La chambre de commerce et d'industrie des Deux-Sèvres ne construira pas son nouveau siège sur le site du parc des expositions de Noron, comme initialement prévu, mais investira dans les anciens locaux du service après-vente de la Camif. Elle pourra y construire une pépinière d'entreprises.

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