Mutuelles : Maif - Macif, regards croisés

Mutuelles : Maif - Macif, regards croisés
L’entretien avec Alain Montarant (à gauche) et Dominique Mahé s’est tenu le 8 mars à la brasserie La Rotonde à Paris (14e).

Dominique Mahé et Alain Montarant président respectivement, depuis 2014, Maif et Macif, où ils jouent tous deux un rôle de premier plan dans la transformation de leur mutuelle. Pont entre la permanence de l’institution et la pérennité de l’entreprise, leur rôle politico-stratégique a récemment été redéfini par Solvabilité 2. S’ils veillent de concert à la dynamique démocratique et sociétale de leur marque, leur vision n’est pas sans dissemblances. Amis dans la vie, ces deux porte-parole du mutualisme niortais ont accepté d’échanger, pour L’Argus, à cœur ouvert...

Modèle

« Centralisation et confiance »

Dominique Mahé – Ce qui caractérise le mieux le modèle Maif, c’est la fidélité de nos sociétaires. La qualité de cette relation est illustrée depuis 14 ans par notre place sur la plus haute marche du podium de la relation client. C’est une grande fierté pour notre corps social (plus de 7 000 salariés et 650 militants). Le moteur de notre modèle, depuis 1934, c’est la confiance qui régit le lien avec le sociétaire. Un lien qui se traduit par un sentiment d’appartenance (l’affectio societatis) et une fidélité hors norme, avec un taux de départ volontaire très faible (NDLR : moins de 1 %) par rapport au marché. Cette excellence relationnelle est un actif immatériel essentiel à la performance économique de notre modèle. La Maif consacre plus de moyens à la satisfaction et à la gestion de sinistres et moins aux besoins de dépenser en frais d’acquisition. Notre modèle mutualiste est un modèle économique vertueux solidaire et citoyen.

Alain Montarant – Contrairement à la Maif qui conserve une aura affinitaire forte avec un corps professoral fidèle, la Macif, originellement mutuelle des commerçants et des industriels, s’est rapidement ouverte aux salariés du privé. Une idée de génie de Jacques Vandier, DG d’alors, qui a enclenché notre essor dans les années 1980. Dès 1987, il a instauré un processus de régionalisation via 11 centres décisionnels. L’inverse de Maif. Objectif : un modèle de décentralisation hybride visant à donner plus de poids aux régions sans leur conférer une pleine autonomie, comme à Groupama. Mais les problèmes de non-reconnaissance des sociétaires qui déménageaient ou encore de tarifs régionaux hors marché nous ont amenés, sous ma présidence, à redonner au conseil d’administration du groupe le pouvoir de décision. Résultat : sur l’exercice 2017, en auto, en Paca par exemple, nous enregistrons une croissance de 24 % en nombre de contrats. Du jamais-vu depuis dix ans ! Nous avons gagné, au plan national, plus de 65 000 véhicules. C’est le meilleur résultat depuis 2007. Aujourd’hui, notre taux de résiliation est inférieur à 4 %.

Mutualisme

« Human first »

A. M. – Parce que le sociétaire est assuré et assureur, l’humain est au cœur de notre politique. Notre ligne directrice consiste à accompagner les sociétaires tout au long de leur vie en leur donnant plus d’autonomie : accès au premier logement, compte en banque, naissance d’un enfant, maintien à domicile… Cela nous démarque de la concurrence. Être mutualiste, c’est ne pas avoir d’actionnaires à rémunérer, donc être compétitif et pouvoir s’investir sur le plan sociétal. Le groupe consacre jusqu’à 12 M€ par an dans des actions solidaires, dont 3,4 M€ via notre Fondation. Il n’y a que les mutuelles qui peuvent faire cela, car notre objectif n’est pas de faire du résultat pour du résultat, d’autant que nous devons aussi renforcer nos fonds propres depuis Solvabilité 2.

D. M. – En tant que présidents, nous sommes l’un et l’autre les représentants du corps des sociétaires. Dans nos mutuelles, il y a un véritable fonctionnement démocratique et participatif. Je rappelle que Maif a contribué à la naissance de la Macif, en abondant son fonds d’établissement en 1960, faisant ainsi de Niort, avec la Maaf et Smacl, la capitale des mutuelles. Cette année, près de 30 % de nos sociétaires ont participé à la désignation de leurs représentants. C’est un signe éminent de confiance et d’engagement. Il est indispensable de développer un continuum de relation avec nos sociétaires à travers, notamment, la mise en place d’outils de relation et d’animation pour les impliquer au-delà de la seule expression par le vote. Notre vocation, c’est de contribuer à l’émancipation de l’individu. Quand on est bien protégé, on ose dans sa vie. Les mutuelles se rendent maîtres du temps long et se donnent les moyens d’anticiper les ruptures digitales, l’intelligence artificielle, d’innover en abordant ces défis dans une logique human first et elles réinvestissent leurs excédents dans les défis de demain plutôt que dans les profits d’aujourd’hui…

Alain Montarant

  • Âgé de 58 ans, il a été chef d’entreprises pendant 25 ans dans différents secteurs, notamment l’immobilier. Il est sociétaire Macif depuis 1984.
  • 1997 Délégué régional centre Ouest Atlantique.
  • Depuis 2003 Administrateur de Macif.
  • 2005-2011 Président du comité d’audit de Macif.
  • 2011-2013 Président du comité des risques (élu vice-président) de Macif.
  • 2012-2014 Président des conseils de surveillance de Mutavie et Macifin’.
  • Depuis juin 2014 Président du conseil d’administration de Macif.

Sferen

« Une délégation trop forte de souveraineté »

D. Mahé : Sferen – Maif, Macif, Matmut - s’est constituée en 2009 avec la volonté exprimée par ses dirigeants de l’époque, Roger Belot, Gérard Andreck et Daniel Havis, de se fédérer au sein d’une Sgam (NDLR : société de groupe d’assurance mutuelle). Cela ne signifiait nullement un abandon de souveraineté, mais des projets communs. Puis Solvabilité 2, qui faisait de nos Sgam des outils très fusionnels et intégrateurs, nous a conduits à quitter Sferen, car la délégation trop forte de souveraineté vers une structure faîtière, ne nous convenait pas.

A. M. – Sferen a fonctionné comme un GIE (NDLR : groupement d’intérêt économique) pour les réseaux de réparateurs, les achats… Qui demeurent. Il y a toujours du sens à travailler comme nous le faisons avec Inter Mutuelles Assistance (IMA). Mais la volonté n’était pas d’être sur une forme intégratrice comme Covéa. Puis Sferen a continué avec Macif et Matmut. Aujourd’hui, Sferen n’existe plus, mais Inter Mutuelles Entreprise est une formidable réalisation commune entre Macif et Matmut, parce qu’elle nous permet de développer des offres de contrats en direction des professionnels, notre sociétariat historique. Nous échangeons régulièrement pour envisager d’autres possibilités si besoin.

Dominique Mahé

  • Âgé de 65 ans, cet ancien enseignant a intégré le conseil d’administration de la Maif en 1997, puis sa direction générale en 2001.
  • 1973-2001 Professeur de lettres et d’histoire-géographie.
  • 1986-92 Délégué départemental à la délégation Maif de Rennes Longs Champs.
  • 1998-2002 PDG de Camif Habitat.
  • Depuis 2007 Président de Maif Solutions Financières.
  • 2014-16 PDG du groupe Maif.
  • Depuis février 2016 Président du groupe Maif.

Leur relation

« Proximité et convergence »

A. M. – On peut parler d’amitié entre nous. Nous n’aurions jamais imaginé nous trouver à la tête de Maif ou Macif. Il n’y a pas de plan de carrière qui amène à la présidence d’une mutuelle. Et cela nous est arrivé au moment où il y avait de fortes réorganisations politiques et techniques à mener. La connivence a suivi. Nous nous rencontrons souvent au sein de l’AAM (Association des assureurs mutualistes) et nous dînons ensemble de temps en temps.

D. M. – J’ajouterai que l’accès à nos présidences successives a correspondu à la sortie de Maif de Sferen. Pour autant, cela n’a nullement altéré les relations humaines et d’entreprises. Le monde de la mutualité est une affaire d’hommes – et pas assez de femmes d’ailleurs… Les relations que je peux avoir avec Alain sont exceptionnelles en termes de proximité et de convergence de vue.

Quatre yeux

« Un duo politique et exécutif »

D. M. – Élu président en 2014, je suis devenu PDG. Tel était le schéma historique de gouvernance. Solva 2 a conduit à rendre explicite ce qui était implicite, le PDG déléguant fortement la dimension exécutive au directeur. Le 6 février 2016, notre AG extraordinaire a distingué les fonctions. Avec Pascal Demurger, nous formons un duo dans lequel la répartition des rôles est claire. Nous sommes complémentaires, entre charges politiques et exécutives. J’aime parler d’interdépendance.

A. M. – Il existe aussi une vraie complémentarité entre Jean-Marc Raby et moi. Nous formons un binôme essentiel dans le fonctionnement quotidien du groupe. Une mutuelle est une entreprise qui doit avoir une vision stratégique, décidée par le conseil d’administration. Je la porte, et Jean-Marc la met en œuvre. Il dit souvent que sans les transformations politiques, il n’aurait pas pu engager les transformations techniques. Je lui réponds que l’inverse est vrai aussi. La Macif a connu des difficultés et nous avons remonté la pente grâce à une vision commune. En outre, si, de 1987 à 2014, c’est toujours le DG qui devenait président, aujourd’hui les rôles sont dissociés. La difficulté pour nous sera de trouver les bons successeurs le moment venu.

Diversification

« Trouver des relais de croissance hors IARD »

A. M. – L’IARD représente la moitié de notre chiffre d’affaires et l’auto restera notre cœur de métier pendant encore quelques années. En santé-prévoyance, les cinq mutuelles du groupe Macif pèsent plus de 1 Md€ de chiffre d’affaires. Le projet de groupe prudentiel avec Aesio (Eovi, Adrea, Apréva), fort de ses 1,7  Md€ de CA, nous permettra donc de totaliser 2,7 Md€ en 2020 en assurances de personnes (hors vie). Cela équilibrera nos activités. Avec Aesio nous visons la seconde place, derrière Vyv, et devant Matmut-AG2R. Nous aspirons aussi à devenir un assurbanquier compétitif à moyen terme. Nous totalisons aujourd’hui 170 000 comptes et livrets ouverts. En épargne-finance, nous enregistrons plus de 1 million de souscripteurs (Mutavie). Les contraintes réglementaires et prudentielles poussent aux rapprochements et nous restons ouverts aux alliances mutualistes dans un modèle respectueux des identités.

D. M. – Nous sommes conscients que ce qui nous fera vivre demain n’est pas ce qui nous fait vivre aujourd’hui, l’IARD représentant 80 % de notre chiffre d’affaires. La Maif doit trouver des relais de croissance en développant fortement l’assurance de personnes, notamment en partenariat avec MGEN et le Groupe Vyv, et en proposant des services enrichis, via les plateformes des start-up dans lesquelles nous investissons. Outre l’attachement à notre singularité, notre conviction reste que la logique fusionnelle entrave l’agilité. La Maif n’a donc nullement une ambition de fusion. Mais nous ne deviendrons pas non plus le Robinson Crusoé de la mutualité. Car nous avons la volonté de développer des partenariats durables.

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