[DOSSIER] Climat 2/10

« Ne rien faire serait le scénario le plus cher »

« Ne rien faire serait le scénario le plus cher »
Matthieu Orphelin, conseiller spécial sur la transition énergétique de la Fondation Nicolas-Hulot pour la Nature et l’Homme

Matthieu Orphelin, conseiller spécial sur la transition énergétique de la Fondation Nicolas-Hulot pour la Nature et l’Homme nous livre son éclairage sur les enjeux climatiques et financiers de Paris Climat 2015.

Quels sont les enjeux de Paris Climat 2015 (COP 21) ?
Le premier consiste à amener tous les pays à un accord engageant pour limiter le réchauffement à 2°C d’ici à la fin du siècle. Sans cet accord, nous allons vers un réchauffement de 3 à 4°C qui aurait des conséquences catastrophiques. On aboutirait alors à une perte de la biodiversité et une multiplication des événements climatiques extrêmes, notamment des épisodes de sécheresse, de tempête et d’inondation, y compris en Europe. Cela aurait un impact direct sur l’économie et l’assurance. Des modifications du climat avec + 4°C à une telle rapidité, jamais connue, entraîneraient un saut dans l’inconnu.

Et le deuxième enjeu ?
Il consiste à amener les pays développés à assurer les conditions de financement de cette transition. Selon le dernier rapport du Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), il faut parvenir, d’ici à 2050, à réduire les émissions mondiales entre 40 et 70 % selon les modèles. Cela signifie que l’on doit aller très vite. Il faudra même arriver à des émissions quasi nulles à la fin du siècle… Il y a besoin d’investissements massifs, mais faisons-le sans regrets : ne rien faire serait le scénario le plus cher.

Quel est le niveau de financement souhaitable ?
À la COP 21, il faudra donc que les pays industrialisés tiennent leurs promesses prises en 2009 à Copenhague auprès des pays en développement, à savoir les soutenir à hauteur de 100 Md$ par an à l’horizon 2020 pour les aider à atténuer le réchauffement et s’adapter à ce changement. Pour y parvenir, divers outils vont être mobilisés, dont le fonds vert pour le climat. Il commence enfin à se concrétiser. Autour de la COP 20 à Lima, les pays industrialisés ont commencé à apporter une contribution. Le fonds vert est aujourd’hui capitalisé à hauteur de 10 Md$ de 2016 à 2018, soit 3,5 Md$ par an. Ce n’est pas rien, mais l’on voit l’ampleur de ce qu’il reste à faire pour atteindre 100 Md$ par an d’aides – par le fonds et par d’autres outils – en 2020.

2014

Année la plus chaude enregistrée sur la planète depuis 1880, date des premiers relevés de température.
Source : Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA ).

Que peuvent faire les institutions financières pour participer à l’effort collectif ?
Il faut d’abord « donner un prix » au carbone et mettre fin aux subventions aux énergies fossiles, qui représentent au total plus de 500 Md$ par an. Nous poussons aussi deux autres outils. Le premier, c’est la taxation sur les transactions financières. L’idée serait de la mettre en place en Europe – et onze pays européens sont déjà d’accord – sur une large assiette qui inclut les produits dérivés, pour financer la solidarité et la lutte contre le changement climatique (lire encadré ci-contre). Cela permettrait de lever progressivement plusieurs dizaines de milliards d’euros par an à l’échelle européenne. C’est très important. La France doit oser cela. Or, fin 2014 elle a pourtant mis les freins, en se laissant convaincre par les lobbies bancaires qu’une telle taxe déstabiliserait les marchés. Il n’en est rien. Début 2015, le Président de la République a d’ailleurs demandé à son gouvernement d’oeuvrer pour une telle taxe ambitieuse. Nous attendons donc la concrétisation de cette impulsion.

Quelle est votre deuxième proposition de financement ?
Nous pensons que les institutions internationales comme la Banque centrale européenne (BCE) ou le Fonds monétaire international (FMI) peuvent imaginer de nouvelles techniques financières pour financer la transition énergétique. Elles ont su sortir de l’orthodoxie économique lors de la crise de 2008 pour sauver les banques, en mettant sur la table des dizaines de milliards d’euros du jour au lendemain. Pourquoi ne pas imaginer de tels mécanismes pour le climat ?

60 Md€

C’est le coût cumulé que pourraient atteindre les événements naturels indemnisés par les assureurs français entre 2009 et 2030, contre 34 Md€ sur la période 1988-2007.
Source : A ssociation française de l’assurance

Quel rôle peuvent jouer les assureurs ?
Les dirigeants des compagnies et chacun de leurs salariés doivent prendre conscience de l’importance de l’enjeu pour le secteur. Au niveau d’un pays comme la France, qui ne sera pourtant pas la plus durement touchée, c’est la survie du secteur de l’assurance qui se joue. Selon la FFSA, le coût des événements extrêmes en France va doubler dans les vingt ans avenir par rapport aux vingt ans précédents. Or, au final ce sont les assureurs qui prennent en charge la majeure partie des conséquences de ces événements comme l’orage, la sécheresse… Si les phénomènes climatiques s’amplifient, les compagnies d’assurances ne seront plus en mesure de garantir les risques climatiques.

L’assurance internationale s’est engagée, par exemple, à décupler à horizon 2020 le montant placé dans les investissements « verts ». Qu’en pensez-vous ?
Ces engagements vont dans le bon sens, mais il faut qu’ils soient suivis d’effet. Il faut basculer les investissements vers des placements compatibles avec la transition énergétique. Il faut investir beaucoup plus dans ces derniers et beaucoup moins dans les secteurs les plus dommageables à l’environnement. Mais les assureurs peuvent aussi faire évoluer leur offre aux particuliers, entreprises et collectivités avec des contrats les plus favorables possible à ceux qui limitent leur impact sur le réchauffement. Il s’agit de faire en sorte que les acteurs économiques soient incités à investir mieux et à changer de comportement.

Est-ce juste un problème de pédagogie et de sensibilisation ?
C’est d’abord de la pédagogie, car les assureurs sont en contact permanent avec les différents acteurs. Mais c’est aussi une urgence économique, car l’assurance sera l’une des premières à s’écrouler si elle n’est plus en capacité de financer les dommages. Quant à la sensibilisation, il faut continuer, mais en allant désormais beaucoup plus loin. Chaque acteur économique doit, avant toute décision, considérer le critère de l’influence sur le climat comme déterminant.

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