« Notre taille est un atout »

À la tête d'un groupe d'assurances indépendant, mais déjà implanté à l'international, Bertrand Voyer est convaincu de la pérennité et de la valeur ajoutée apportée par les compagnies de taille moyenne.

Étant donné sa taille, le groupe Prévoir peut-il survivre à la concentration du secteur ?

Avec 1 300 salariés et 436,5 M € de chiffre d'affaires, le groupe Prévoir est atypique dans le secteur de l'assurance. Longtemps, on a pensé que seules les grosses entreprises pouvaient survivre dans ce métier, en dégageant des économies d'échelle sur les frais fixes de fonctionnement, notamment informatiques. D'ailleurs, j'étais fréquemment approché par des banquiers d'affaires, convaincus que mon groupe ne pourrait pas survivre sans s'adosser ou être racheté. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Et je constate que la taille n'est plus considérée comme un élément décisif ou un gage de pérennité. C'est même plutôt le contraire, quand on voit de quelle manière des sociétés géantes outre-Atlantique ont disparu. Pour toutes ces raisons, nous sommes convaincus que l'avenir est plutôt devant nous.

Vous comptez donc rester une compagnie de taille moyenne ?

Notre taille est un atout. Car les économies dégagées par les grandes entreprises ne compensent pas, et de loin, leur complexité de fonctionnement. Pourquoi aurait-on l'ambition de devenir grand si c'est pour s'attacher des boulets aux pieds ? Il existe un espace méconnu entre les PME et les grandes entreprises, qui est constitué d'entreprises de taille intermédiaire, ou ETI. Cet univers commence à peine à être reconnu grâce aux efforts d'Yvon Gattaz, l'ancien président du patronat français. Ce pan de l'économie représente 25 % des salariés français, mais il est à l'origine de 33 % des exportations, c'est dire son dynamisme. La France est en retard sur ses partenaires : elle compte 4 500 ETI contre 7 000 en Grande Bretagne et 11 000 en Allemagne. Plusieurs études avancent que cette forte proportion d'entreprises de taille intermédiaire est l'une des explications à la compétitivité de l'Allemagne et la force de son économie.

Vous n'êtes pas non plus coté en Bourse. Comment pouvez-vous vous développer sans apport de capitaux extérieurs ?

Nous ne souhaitons pas être cotés en Bourse, cela comporte plus d'inconvénients que d'avantages. Par exemple, cela induit une volatilité de la valorisation d'une compagnie comme la nôtre, contraire à notre vision d'une entreprise patrimoniale. La seule contrainte que cela nous impose, c'est que nous ne pouvons pas financer des opérations de croissance externe. Quand nous nous sommes implantés à l'étranger, au Portugal, en Pologne ou au Vietnam, nous avons dû créer des structures à partir de rien, et sans bénéficier d'aucune notoriété. C'est plus difficile, il faut se retrousser les manches et c'est long : il faut compter entre sept et dix ans pour obtenir un retour sur investissement. Mais c'est moins risqué que de racheter une société dont on n'est jamais certain de l'acquérir à son juste prix et qui pourrait nous conduire à constituer des provisions pour dépréciation importantes.

Vous êtes spécialisé en assurance de personnes. Envisagez-vous de vous diversifier en dommages ?

Non. Nous réfléchissons au développement d'activités complémentaires à notre métier, mais pas sous cet angle. Notre vocation depuis l'origine consiste à couvrir les familles modestes contre les aléas de la vie, car elles sont moins bien armées que les plus aisées pour faire face à la disparition du chef de famille. Et notre réseau salarié est formé pour vendre des produits de prévoyance décès et dépendance, qui sont des sujets difficiles. Cela restera notre coeur de métier. En termes de diversification, nous parlerons plutôt d'activités complémentaires. Un exemple : depuis trois ans, nous avons ajouté les travailleurs non salariés à cette cible. La diversification s'effectue aussi à travers nos implantations sur des marchés à forte croissance en assurances de personnes. À ce titre, nous nous intéressons au Brésil. Mais cette activité internationale reste modeste pour l'instant et ne représente que 3 % de notre chiffre d'affaires. C'est pour nous un fascinant laboratoire d'idées nouvelles.

Par exemple ?

Nous testons depuis deux mois des outils Internet en France, après avoir constaté l'efficacité d'une telle application dans notre succursale portugaise, qui permettrait de vendre par ce canal. À l'avenir, Internet jouera un rôle considérable, même s'il faut coupler cet outil avec un contact humain sur le terrain.

Et face à Solvabilité 2, comment réagissez-vous ?

Solvabilité 2 est la suite logique de l'instauration des normes comptables IFRS, qui ont une vision à court terme de la valeur d'une entreprise. Quand on sait que 90 % du bilan d'une compagnie est constitué de placements, on comprend qu'il est illusoire de vouloir ajuster sa valeur en fonction de l'évolution des marchés. Solvabilité 2 est dans la même veine, puisqu'il s'agit de demander aux compagnies de mobiliser un certain volant de capitaux propres en fonction de la volatilité mesurée sur les marchés financiers des actifs qu'elles détiennent. Dès 2002, j'avais écrit un article dans la revue Risques à ce sujet, pour indiquer que ces nouvelles normes comptables étaient antinomiques avec l'activité d'assurance, qui devrait reposer sur une gestion prudente et à long terme, ce qui exige plutôt un lissage des résultats financiers dans le temps. Il existe un autre sujet de préoccupation, qui est l'évaluation des provisions techniques dans le domaine de la prévoyance.

C'est-à-dire ?

Ce sujet est peu évoqué, mais il est notamment envisagé de déterminer tous les ans le montant des provisions techniques sur la base d'un taux d'actualisation, lui-même fixé à partir des taux des emprunts « sans risques », c'est-à-dire le taux des obligations d'État. Cela signifie que si les taux augmentent, la valeur actuelle des provisions va baisser dans les bilans, et ce sera le contraire s'ils baissent l'année suivante. Non seulement ce Yo-Yo pourrait conduire à dégager des résultats fictifs que l'administration fiscale pourrait requalifier, mais nous prenons surtout le risque de sous-évaluer nos engagements envers nos assurés, notamment sur des risques de long terme comme la dépendance. Tout cela me fait dire que nous ne sommes pas sur la bonne voie avec Solvabilité 2.

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