[DOSSIER] Obsèques 2/3

Obsèques : un marché en clair-obscur

Obsèques : un marché en clair-obscur
PHOTOS : manjik / Getty Images / iStockphoto

Dopée par une démographie porteuse et l’envie des seniors de préparer leur départ, l’assurance obsèques reste un marché porteur. Mais il est pénalisé par la persistance des taux bas et les critiques des associations de consommateurs. Sa croissance, spectaculaire pendant dix ans, marque le pas.

Selon les années, entre 450 000 et 500 000 personnes souscrivent un contrat obsèques pour financer leurs funérailles et décharger leurs proches de ce souci. 4,5 millions de Français sont ainsi couverts. Le marché connaît, depuis une dizaine d’années, un taux de croissance oscillant entre 5 % et 10 % par an. Si le succès de cette garantie ne se dément pas, c’est tout simplement parce que les obsèques coûtent cher. La facture moyenne tourne autour de 3 600 €… mais peut monter jusqu’à 7 000 € pour qui veut s’offrir un cercueil en chêne massif, des soins de conservation et de présentation, un séjour en chambre funéraire avec salon privatif, un service d’assistance aux formalités…

De nombreux seniors ne souhaitent pas imposer une telle dépense à leurs proches. Le contrat obsèques vise tout particulièrement un segment de population plutôt populaire : « Cette frange de population qui a du mal à faire face à une dépense de 3 500 à 4 000 €, mais peut se permettre d’épargner entre 10 et 50 € par mois », explique Annie Dillard, directrice marketing et communication du groupe Prévoir. C’est justement le cœur de marché de cet assureur de person­nes, pour qui le contrat obsèques s’avère une offre stratégique. « Les seniors représentent 40 % de notre clientèle », poursuit Annie Dillard.

  • 4,5 millions Le nombre de contrats en cours en 2017 (contre 4,1 millions en 2015)
  • 465 800 Le nombre de contrats souscrits en 2015
  • 1,3 Md€ Le nombre de cotisations
  • 3 720 € Le capital garanti moyen
    Source : FFA

Une souscription autour de 65 ans

L’âge moyen de souscription varie sensiblement d’un assureur à l’autre : 64 ans chez Prévoir, un peu plus de 65 ans à La Banque postale, plus près de 70 ans chez Harmonie Mutuelle… « Mieux vaut ne pas souscrire trop tôt pour que le contrat obsèques garde un caractère assurantiel », estime Philippe Pétré, directeur marketing et commercial de La Banque postale Assurances IARD. Car c’est bien là que réside le gros malentendu qui entache l’image des assureurs : les contrats obsèques ne sont pas des contrats d’épargne, mais des contrats de prévoyance.

« Les associations de consommateurs qui pointent régu­lièrement les cas d’assurés ayant cotisé davantage qu’ils n’ont perçu se trompent de combat », estime un acteur du marché. De fait, un assuré qui souscrit dès l’âge de 65 ans un contrat avec cotisation viagère risque de payer bien davantage que le capital souscrit s’il décède 25 ou 30 ans plus tard. A contrario, s’il décède prématurément, il fait une bonne affaire : c’est le principe de la mutualisation. « Il faut lever ce malentendu dès la souscription en prenant le temps d’expliquer que le contrat obsèques est une assurance et non un contrat d’épar­gne », explique Éric Favrou, responsable de la protection sociale du groupe Harmonie Mutuelle.

L’autre critique récurrente, portée par les associations de consommateurs à l’endroit des contrats obsèques, vise le manque de diligence des assureurs pour identifier les bénéficiaires des contrats non réclamés. Pour lever cette critique, les assureurs de la FFA (Fédération française de l’assurance) viennent d’annoncer la mise en place d’un dispositif de recherche pour les contrats obsèques et dépendance. Objectif : permettre aux proches d’une personne décé­dée de savoir si cette dernière bénéficiait d’un contrat.

En capital ou en prestations

Il existe deux grands types de contrats obsèques : en capital et en prestations. Dans un cas comme dans l’autre, le capital garanti tourne autour de 3 700 € (1), ce qui correspond assez précisément au coût moyen des obsèques. Les contrats en capital, déjà largement majoritaires, ne cessent de gagner du terrain : ils représentent aujourd’hui 78 % du marché… et ressemblent de plus en plus aux contrats en prestations. En effet, l’assuré ne se contente pas de déterminer le montant de la somme bloquée pour financer ses obsèques, il peut aussi enregistrer ses vœux et définir les grandes lignes de la prestation. De plus, depuis 2013 (lire encadré ci-dessous), les béné­ficiaires sont tenus d’affecter le montant du capital perçu au financement des obsèques : plus moyen de s’offrir un voyage aux Bahamas avec l’argent du contrat... Seules les sommes dépas­sant le coût réel d’organisation des obsèques peuvent éventuellement revenir au bénéficiaire du contrat.

Une conduite de plus en plus réglementée

Au cours des deux décennies écoulées, trois lois sont venues encadrer le marché des assurances obsèques.

  • Loi de décembre 1995
    Les assurances obsèques bénéficient du même cadre fiscal que les assurances vie.
  • Loi Sueur de 2004
    Les contrats en prestations doivent indiquer toutes les prestations funéraires couvertes, mais aussi celles qui ne le sont pas. De plus, l’assuré doit pouvoir modifier à tout moment les prestations ainsi que le bénéficiaire désigné.
  • Loi de régulation bancaire de juillet 2013
    Le capital obsèques doit impérativement être affecté au seul paiement des funérailles. Il doit, de surcroît, être revalorisé dans les mêmes conditions que tous les contrats de capitalisation ou les assurances vie.

Les trois leviers

Les contrats en prestations ne permettent pas seulement aux assurés de choisir leur dernière demeure (inhumation ou crémation) et la façon dont ils y entreront (type de cercueil, dérou­lement de la cérémonie). Ils dirigent égalent le capital vers un opérateur funéraire (et non vers un ou des proches). Le problème des contrats en prestations, c’est qu’il est difficile de prévoir dix ou quinze ans à l’avance si le coût du programme souscrit aura augmenté dans les mêmes proportions que le capital (qui doit, depuis 2013, être revalorisé dans les mêmes conditions que tous les autres contrats de capitalisation).

Dans un cadre réglementaire de plus en plus contraint, les assureurs tentent de personnaliser leurs offres en actionnant principalement trois leviers. Primo, la durée de cotisation : elle peut aller de cinq à vingt ans, ou même être viagère, mais elle est le plus souvent comprise entre dix et quinze ans. Le choix est à la main de l’assuré. Deuxio, l’âge limite de souscription : il varie de 79 ans à La Banque postale à 84 ans chez Harmonie Mutuelle. Tertio, le délai de carence afin d’éviter les souscriptions trop opportunistes, sachant que les contrats obsèques ne sont généra­lement pas assortis de forma­lités médicales. D’un an en moyenne, ce délai peut atteindre deux ans – « Cela nous permet de maintenir des tarifs raisonnables », explique Annie Dillard de Prévoir – ou, au contraire, être nul – les garanties de La Banque postale peuvent être activées dès la signature du contrat.

Ces trois leviers donnent une certaine liberté de choix à l’assuré tout en fixant le cadre de l’équilibre économique du contrat. Un équilibre moins évident dans le contexte économique actuel : « Les contrats obsèques présentaient un intérêt quand les taux d’actualisation étaient élevés, obser­ve Estelle Villermet, manager du pôle santé et prévoyance d’Actuaris. Avec la persistance des taux bas, ils sont un peu plus diffi­ci­les à vendre. » Ce qui explique, non seulement, le léger tassement de la croissance du marché, mais aussi, et surtout, la baisse du volume global des cotisations : évalué par la FFA à 1,3 Md€, il a connu en 2015 – et pour la première fois depuis 2005 – une baisse de 4 % affectant aussi bien les contrats en capital (-3 %) que les contrats en prestations (-5 %).

Le marché garde, toutefois, de bonnes perspectives, pour la simple et bonne raison que « 75 % de la population cible ne sont pas encore couverts », observe Annie Dillard. Pour les séduire, les assureurs misent sur l’accompagnement et les services de l’assuré lors de la souscription (soutien psychologique s’il est atteint d’une maladie grave, prise en compte de ses dernières volontés) et des bénéficiaires (accompa­gnement administratif, soutien psychologique, services d’assistance à domicile…)

« Nous sommes convaincus qu’au-delà de la réponse financière, nous devons apporter des solutions de conseils et d’accompagnement », estime Éric Favrou (Harmonie Mutuelle). Une façon de redorer le blason de contrats qui sont régulièrement – et parfois injustement – épinglés par les associations de consommateurs.

Les contrats obsèques présentaient un intérêt quand les taux d’actualisation étaient élevés. Dans le contexte persistant de taux bas, ils sont un peu plus difficiles à vendre.

Estelle Villermet, manager du pôle santé et prévoyance d’Actuaris

La particularité de l’assurance obsèques, c’est qu’elle couvre un risque certain : celui du décès. Le seul aléa concerne sa date.

Annie Dillard, directrice marketing et communication du groupe Prévoir

On a pu observer que la conjoncture affecte le marché de la dépendance, mais pas celui des contrats obsèques : quoi qu’il advienne, on n’a pas envie de peser sur ses proches après son décès.

Philippe Pétré, directeur Marketing et commercial de La Banque postale assurances IARD

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