« On ne fait pas la politique monétaire pour les assureurs » (Benoît Coeuré, BCE)

« On ne fait pas la politique monétaire pour les assureurs » (Benoît Coeuré, BCE)
D.R. La BCE compte aller au terme de son programme d'assouplissement quantitatif, en septembre 2016.

Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque Centrale Européenne (BCE) a reconnu, lors d’un échange informel le 13 mai avec les commissions des finances et des affaires européennes de l’Assemblée nationale, que le modèle économique des assureurs pouvait être malmené du fait de la politique monétaire européenne actuelle d'assouplissement quantitatif.

La Banque Centrale Européenne (BCE) assume les effets collatéraux sur les assureurs vie européens de son programme d’assouplissement quantitatif (« QE ») annoncé le 22 janvier dernier et lancé début mars. Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, a ainsi reconnu, lors d’un échange informel ce mercredi 13 mai avec les commissions des finances et des affaires européennes de l’Assemblée nationale, que leur modèle économique pouvait être malmené du fait de la politique monétaire européenne actuelle. « C’est vrai que les taux d’intérêts à long terme très bas changent l’équilibre financier pour les assureurs et les fonds de pension dans les pays où ils existent (…) mais on ne fait pas la politique monétaire pour les assureurs de même qu’on ne la fait pas pour les industriels ou pour tel ou tel secteur de l’économie », a-t-il ainsi expliqué. Le lendemain, le président de la BCE, Mario Draghi, affirmait que l’institution irait au terme de son programme, en septembre 2016, minimisant les craintes de bulles spéculatives.

Répression financière

Soucieux de justifier son propos, Benoît Coeuré a rappelé aux députés et eurodéputés présents le pourquoi et le comment du « QE » : « Les taux d’intérêts très bas ont une fonction qui est de replacer l’économie sur une trajectoire de croissance et, dans les circonstances actuelles, d’éviter la déflation. Ce que l’on a pour le moment évité ». Et le représentant de la BCE de l’admettre : « cela a des conséquences sur un certain nombre d’acteurs dont les assureurs ». Conséquences que certains dirigeants de l’assurance qualifient, eux, de « répression financière » à l’encontre des investisseurs institutionnels qu’ils sont, car elles risquent de les détourner du financement à long terme de l’économie réelle, et accessoirement de mettre à mal leur solvabilité.

Garanties de rendement

Manifestement, l’argument  ne semble guère émouvoir la BCE, prompte à renvoyer les assureurs face à leurs responsabilités. « Les assureurs souffrent aujourd’hui du fait qu’ils ont distribué beaucoup de garanties de rendement. Il faut peut-être qu’ils sortent de cette logique d’accorder des garanties de rendement dans un monde où leur taux de refinancement est variable », énonce ainsi Benoît Coeuré. Même sans garanties élevées accordées, certains acteurs sont pénalisés, en période de taux bas prolongée, par l’écart de maturité (on parle de « gap de duration ») entre leurs passifs et leurs actifs. Mais dans ce cas, « c’est à eux de gérer leur bilan de manière à éviter ces gap de duration », explique-t-il, non sans avoir rappelé cette situation concerne assez peu les assureurs français.

Effets variables

Même si les assureurs européens sont collectivement pénalisés par un environnement prolongé de taux bas, les effets peuvent varier assez sensiblement d'une juridiction à l'autre, et même d'un assureur à l'autre, rappelait l’agence de notation Moody's dans une étude publiée en mars dernier. L'impact dépend en effet de plusieurs facteurs : le business mix de l'assureur ; le niveau des garanties de taux offertes dans les contrats ;  la capacité de l'assureur à « partager » l'impact de la baisse des taux avec ses assurés, notamment via des mécanismes de participation aux bénéfices ; et effectivement de l'écart de duration entre les actifs et les passifs. Pour Moody’s, les pays potentiellement les plus impactés sont l'Allemagne, les Pays-Bas et la Norvège, car ils cumulent la plupart de ces facteurs négatifs.

La France figure parmi les pays moyennement affectés, grâce à son mécanisme de participation aux bénéfices et à un taux garanti moyen d'environ 1% au niveau du marché, même si l'écart de duration est estimé à 5 ans en moyenne.

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