Ouragan Irma : « On s'attend à 100 % de sinistres pour les dommages aux biens »

Ouragan Irma : « On s'attend à 100 % de sinistres pour les dommages aux biens »

François Anton est courtier d’assurance à Saint-Martin depuis près de vingt ans. Le 6 septembre 2017, il a vécu l’inimaginable, confiné dans sa maison en attendant le passage de l’ouragan Irma, d’une force jamais observée dans les Caraïbes. Lui-même sinistré, il doit prendre en charge ses assurés, avec le soutien de GFA Caraïbes, filiale de Generali France, et des pouvoirs publics. En espérant pouvoir reconstruire son île dévastée. Il raconte.

Le 6 septembre 2017, à 6 h 15 heure locale, François Anton a vécu l’impensable, confiné avec son épouse dans sa maison en attendant le passage de l’œil du cyclone Irma. Comme 90 % des habitants de l’île de Saint-Martin, il a vu sa maison dévastée. « Comme tous les autres habitants confinés, j’attendais le passage de l’ouragan. Ma maison a été bâtie en respectant les normes anticycloniques, elle était censée résister… Nous n’avions pas imaginé que le vent soufflerait avec une telle force, sinon j’aurais sans doute choisi d’évacuer les lieux. J’avais déjà vécu le passage de l’ouragan Luis en 1995, cela avait duré trente-six heures. Irma n’a duré que trois ou quatre heures, mais les secondes et les minutes se sont écoulées comme une éternité… Imaginez qu’un A380 est en train de décoller au-dessus de votre tête, avec les moteurs lancés à fond, mais en fait il ne décolle pas… Un bruit assourdissant, un sentiment de tornade faisant vaciller ma maison. Des bouts de piscine, des projections en tout genre sont venues frapper les murs, puis des rafales de vent à 300 km/h se sont engouffrées dans les trous qu’ils avaient laissés. Nous avons atten­du la mort pendant près de deux heures, c’est effroyable. Je ne suis pas très croyant, mais j’en ai récité des prières. Ce qui nous a sauvés, ce sont les dalles armées en béton. Après, lorsque tout est retombé, j’ai juste serré ma femme dans mes bras en remerciant le ciel d’être vivant. »

Du jamais vu

L’après-Irma est douloureux. S’il s’estime heureux d’avoir survécu, François Anton doit venir en aide à ses assurés, sinistrés eux aussi. « La première semaine, nous avons reçu 3 000 déclarations de sinistres. Nous devrions en avoir près de 7 000 au total. C’est un sinis­tre majeur, du jamais vu ! On estime que 90 à 95 % des habitations et des commerces sont touchés, même ceux qui, en apparence, n’ont pas de stigmates. 80 % des toitures se sont envolées, et c’est sans compter l’eau de mer qui a été charriée par le cyclone et affecte la plomberie. On devrait découvrir des pannes dans l’appa­reillage électrique dans les semai­nes à venir. Au total, on s’attend donc à 100 % de sinistres pour les dommages aux biens. D’autre part, 80 % du parc automobile sont touchés, qu’il s’agisse de l’impact du vent ou de l’eau de mer. » Pas même le temps de faire son deuil, la tâche est immense. Avant de débuter le processus d’indemnisation, il faut pouvoir déblayer les débris et les expertiser, dans un contexte où les routes ne sont pas praticables et les véhicules indispo­nibles. « À l’initiative de la direc­tion de GFA Caraïbes, plutôt que de faire du porte-à-porte, nous avons décidé de créer, sur un parking, un centre d’expertise Generali pour les sinistres auto. Pendant quinze jours, tous les véhicules qui peuvent enco­re rouler y seront accueillis. Puis, les épaves d’automobiles y seront remor­quées afin d’être expertisées, puis compactées et récupérées par les ferrailleurs. Nous avons également fait venir un camion de Mondial Pare-Brise depuis la Guadeloupe pour une réparation immédiate des véhicules encore en capacité de circuler. Les carrosseries n’existent plus sur l’île, elles ont été victimes du cyclone, ou bien des pillages qui ont suivi son passage… Ce sont aussi des lieux où on se retrouve et où on s’épan­che, parfois. Nous sommes résolus à reconstruire, mais il est dur de retenir ses larmes. Je crois que je n’ai jamais versé autant de larmes depuis la mort de mon père… »

La difficile reconstruction

Présent sur le terrain depuis le premier jour, François Anton ne comprend pas la polémique sur le manque de réactivité de l’État, relayée par les médias nationaux en métropole. « J’ai entendu des choses qui m’ont heurté. La trajectoire du cyclone était imprévisible, et quarante-huit heures avant le passage de l’œil sur Saint-Martin, un événement d’une telle ampleur était improbable. Un seul abri anticyclonique a résisté. Le déploiement des forces armées et de la sécurité civile a été hors du commun, tout comme l’implication des services de l’État. J’ai déjà vécu 15 ou 16 cyclones dans les Antilles, mais je n’ai jamais vu un président de la République se déplacer aussi rapidement ici. »

Les Antilles bénéficient du régi­me public cat’nat’ qui indem­nise les inondations, la submersion marine, les coulées de boue et les dégâts causés par les vents cycloniques de force 4 ou 5. Mais François Anton relève des trous dans les couvertures assurantielles. « La garantie cat’nat’ s’appli­que aux dommages directs, mais pas aux “garanties plus”, comme les frais de démolition et de déblaiement, le recours aux experts d’assurés, les honoraires d’architectes et la perte de loyers. Or, l’île de Saint-Martin vit à 80 % du tourisme, avec énormément de locations saisonnières. Sans garan­tie pour la perte de loyer entraînée, les particuliers qui ont contracté un crédit bancaire ne vont pas pouvoir le rembourser et on risque de se retrouver dans une situation similaire à la crise des subprimes aux États-Unis. Nous sommes en train d’y travailler avec le préfet Philippe Gustin (ndrl : nommé délégué interministériel à la reconstruction de Saint-Martin et Saint-Barthélemy). Nous craignons aussi que les assurés perçoivent leur indemnisation, puis quittent l’île. Or, pour que le tourisme et l’activité redémarrent, il faut pouvoir avoir la garantie de reconstruire. »

L’avenir de Saint-Martin, où plus d’un risque sur deux n’est pas assuré, est incertain. « Nous nous demandons aussi si les assureurs voudront continuer leur activité sur ces îles, et à quel prix… Après le passage de Luis en 1995, MMA et Groupama avaient disparu du jour au lendemain… »

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