Pascal Demurger (Gema) : «La révolution numérique est une opportunité de prouver notre différence mutualiste»

Pascal Demurger (Gema) : «La révolution numérique est une opportunité de prouver notre différence mutualiste»
credit photo Pascal Demurger,président du Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema)

A la tête du Gema depuis un an, Pascal Demurger revient sur l’actualité des mutuelles d’assurance. Et le vice-président de l’Association française de l’assurance dévoile la feuille de route de l’AFA des douze prochains mois.

En mars dernier, des comparateurs se sont réunis au sein d’un groupement professionnel (GCA) pour défendre leur modèle. Pensez-vous qu’en France le modèle de comparaison sera plus vertueux qu’au Royaume-Uni ?

Je suis assez confiant, y compris sous l’incitation forte de la règlementation aussi bien dans les textes français que dans la directive européenne à venir sur l’intermédiation. Nous finirons par connaître des évolutions favorables avec l’obligation du devoir de conseil. Mais la pression peut aussi venir des consommateurs. Les Français sont attachés à une vision traditionnelle et à une relation de confiance avec leur assureur. Quant au GCA, nous ne sommes pas encore parvenus à une convergence totale sur le fond, mais le groupement entend nos arguments, lesquels sont la transparence et l’enrichissement de la comparaison sur des critères autres que le prix.

Vous avez placé l’année 2015 sous le sceau des bonnes relations avec les associations de consommateurs à l’image de l’engagement pris sur les dégâts des eaux non responsable. Reste-t-il des terrains sur lesquels vous pourriez être encore attaquables ?

L’assurance emprunteur, le droit à l’oubli et les contrats d’assurance vie en déshérence, mais aussi l’affinitaire, ont été des sujets de premier plan sur lesquels nous devions travailler. Bernard Spitz et moi-même avons trouvé tout de suite un accord sur ces priorités. Je ne suis pas sûr qu’il y ait encore des points noirs significatifs dans l’assurance. Y compris sur le libre choix du réparateur, puisque le consommateur bénéficie des conditions négociées par l’assureur. C’est une approche gagnant-gagnant. également pour les réparateurs puisque nous leur assurons un volume d’affaires qui ne déstabilise pas leur modèle économi­que. Cela fait partie des sujets qu’aura notamment à examiner la nouvelle commission de biens et de responsabilités de l’Association française de l’assurance (AFA).

Le combat des chauffeurs de taxis est venu rappeler les risques inhérents à « l’uberisation » de l’économie. Comment le secteur de l’assurance appréhende-t-il ces bouleversements ?

La rupture digitale est notre défi le plus important. « L’uberisation » peut passer par un compétiteur exogène comme Google ou par les constructeurs automobiles qui pouront capter la relation par les objets connectés. Mais ce mouvement peut tout autant provenir de consommateurs en mesure de réinventer un mode de mutualisation et de relation différente via l’assurance communautaire. La clé, c’est la capacité qu’auront ou n’auront pas les acteurs de nouer une quali­té de relation et d’obtenir la confiance de leurs assurés. Quels actifs a-t-on à faire valoir face à de nouveaux entrants qui prétendront être meilleurs que nous sur la data, l’expérience client digitalisée, l’accès au client par l’internet des objets ou la connectique embarquée ? Nous aurons à défendre notre professionnalisme dans le règlement de sinistres et la qualité de services.

La réponse doit-elle être collective ou au niveau de l’entreprise ? Après tout, l’« ubérisation », qui réinvente un mode de mutualisation communautaire, n’est pas si éloignée de l’approche originelle des mutuelles du Gema…

Les mutuelles du Gema s’efforcent de définir des stratégies les plus agiles possibles pour y répon­dre mais les mettre en commun n’est pas si évident, car on touche là au plus profond de l’entreprise. La révolution numérique peut néanmoins constituer une oppor­tunité de prouver notre différence mutualiste en termes de data trust. Serons-nous capa­bles de prendre des engagements différenciant comme ne pas reven­dre les données ? De toute façon, si les acteurs de l’ancienne économie ne prennent pas ces engagements rapidement, ils se feront doubler par des agrégateurs qui, eux, proposeront ces solutions de maîtrise des données aux consommateurs.

Avec votre arrivée à la présidence du Gema en juillet 2014, le chantier de l’Association française de l’assurance (AFA) s’est accéléré. Un an après, êtes-vous là où vous souhaitiez être ?

J’ai été désigné à la tête du Gema sur la base de deux engagements : construire une AFA forte, regroupée et reconnue et disposer, au sein de l’AFA, d’un pôle mutualiste unifié, regroupant l’ensemble des mutuelles d’assurance. Nous n’avons pas dérogé à ces deux lignes. De ce point de vue, nous sommes bien dans le chemin prévu. Les choses ont même été plus rapides qu’on ne l’imaginait, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, je n’avais pas mesuré cette attente forte et la maturité des membres respectifs de la FFSA et du Gema vis-à-vis du rapprochement. Cela tient ensuite à la manière dont nous l’avons entrepris, en consolidant par la base avec des commissions communes. Le sentiment d’irréversibilité est aujourd’hui unanime. Plus personne, dans le monde de l’assurance, ne se dit que l’on n’ira pas au bout.

« Je n’avais pas mesuré cette attente forte et la maturité des membres respectifs de la FFSA et du Gema vis-à-vis du rapprochement. »

Quelle sera la feuille de route des douze prochains mois ? Votre cible est plutôt fédérale ou confédérale ?

La première étape est d’aller au bout dans le rapprochement de la FFSA et du Gema. Il ne faut pas refaire l’Europe, élargir avant d’approfondir. Approfondir passe d’abord par un socle FFSA-Gema. La cible finale ressemble, selon moi, à une AFA rassemblant l’ensemble du secteur, qui a vocation à défendre les intérêts communs de la profession, et à l’intérieur de laquelle demeure un pôle mutualiste capable, notamment sur des sujets qui lui sont spécifiques, de faire-valoir une sensibilité différente. Nous avons mis un an pour être où nous en sommes, j’ai presque envie de vous donner rendez-vous dans un an. J’espère que nous serons proches de la cible.

Après vos « prises de guerre » en fin d’année 2014 (Groupama, Macsf et Le Conservateur), d’autres adhésions au Gema sont-elles à l’étude ?

Clairement, ces trois adhésions n’avaient de sens que dans la mesure où elles accéléraient le mouvement de la maison commu­ne. Celle de Groupama a été vécue comme un symbole fort du rapprochement entre la FFSA et Gema et il faut féliciter Thierry Martel pour ce mouvement, tandis que celles de la Mascf et du Conservateur ont incarné la convergence entre le Gema et la Roam. Je les ai souhaitées avec une position claire : maintenir une double adhésion. On est donc loin de l’image de la « prise de guerre ». Passée cette première vague, nous devrons traiter la question d’éventuelles demandes avec une perspective plus longue, dans le cadre d’un accord intelligent entre le Gema et la Roam. Je crois vraiment à la possibilité de créer un pôle mutualiste regroupant la totalité des mutuelles d’assurance qui a vocation à être construit autour du Gema. Tous les mutualistes d’assurance s’accordent là-dessus. Quant à la Roam, dans son mode de fonctionnement actuel, je suis d’accord avec André Renaudin sur le fait qu’elle a un rôle éminent à jouer demain d’animation des mutuelles de taille moyenne et modeste pour reprendre sa formule.

Compte tenu des atermoiements que connaît la Mutualité Française, l’adhésion de la FNMF semble, dans l’immédiat, compromise…

Je ne parlerai pas d’atermoiements, chacun va à son rythme. Nous en avons beaucoup parlé avec étienne Caniard. Je persis­te à défendre la pertinence d’un pôle mutualiste au sens large du terme qui engloberait les mutuelles du Gema et de la FNMF. Mais tout est une question de tempo. Pour la solidité de l’AFA, il y a d’abord la nécessité de s’appuyer sur un premier socle FFSA-Gema puis dans un second temps s’ouvrir à la FNMF. Et de ce que je comprends des échanges actuels, la Mutualité Française n’est pas en mesure de répondre immédiatement par l’affirmative à une adhésion à l’AFA.

Les textes de transposition de Solvabilité 2, notamment s’agissant de la gouvernance, sont finalement assez favorables aux mutuelles du Gema…

Nous avons obtenu satisfaction sur les combats que nous avons menés dans la dernière phase que ce soit sur la reconnaissance de l’existence de Sgam intégratrices et de Groupements d’assurance mutuelles (GAM) souples, la possibilité de se structurer en cascades sans limite au nombre de paliers (Sgam de Sgam de Sgam...) ou encore sur les dirigeants effectifs. S’agissant des fonctions-clés, le bilan est, en revanche, plus mitigé. Nous avons tout de même obtenu que le dialogue entre les fonctions-clés et le conseil d’administration ne se fasse pas dans le dos du directeur général. Tout n’est pas parfait. Nous plaiderons, dans le cadre de la clause de revue en 2018, pour que l’audit interne puisse être rattaché au président surtout si on veut le considérer comme un dirigeant effectif.

« Je persiste à défendre la pertinence d’un pôle mutualiste au sens large du terme qui engloberait les mutuelles du Gema et de la FNMF. Mais tout est une question de tempo. »

Le modèle économique de l’assurance vie est aujourd’hui malmené. Est-ce dans l’ADN mutualiste de maintenir des fonds euros ?

L’ADN mutualiste, c’est le devoir de conseil. Il ne conduit pas à tous les coups à des fonds en euros. Je crois à la pertinence d’un meilleur équilibre entre euros et unités de compte (UC). Je pense que le principe de l’euro-croissance est extrêmement pertinent mais il n’arrive pas au moment le plus opportun pour son lancement dans un environnement de taux bas. Beaucoup d’opérateurs hésitent ou ont provisoirement renoncé au regard de la complexité du produit.

Récemment, Moody’s a dégradé sa perspective en assurance dommages de stable à négative du fait de craintes sur la profitabilité de la branche auto, dont la capacité à faire passer des revalorisations tarifaires se serait érodée. Quelle est votre lecture ?

L’analyse de Moody’s est pertinente. L’assurance auto a une sensibilité particulière chez le consommateur, compte tenu de son montant. Nous sommes dans un contexte d’accroissement de la concurrence et, a fortiori, demain avec les ruptures digitales que nous attendons. Cela risque effectivement de diminuer le pricing power des assureurs dans cette branche. Cela dit, il n’est pas très sain de subventionner une activité par une autre et l’ACPR y sera particulièrement vigilante. Nous avons vocation à gagner de l’argent sur notre cœur de métier. C’est d’ailleurs une des leçons de la crise de 2008. Et je constate que les mutuelles du Gema sont globalement dans une situation de ratios combinés satisfaisants.

Propos recueillis par Sébastien Acédo et Géraldine Vial

De nouvelles commissions communes annoncées

Le rapprochement « par la base » de l’Association française de l’assurance va se poursuivre au cours du second semestre 2015. Après l’installation des cinq premières commissions de travail communes à la FFSA et au Gema (assurances de biens et de responsabilités, assurances de personnes, affaires sociales, numérique et développement durable), d’autres devraient voir le jour à l’instar de la commission en réassurance ou encore – et ce sera sans doute l’une des plus stratégiques dans le travail de mise en commun – la commission économique et financière.

LE GEMA EN CHIFFRES

53 adhérents
58 000 salariés soit 40 % des effectifs du secteur
  • Assurance de biens et de responsabilités

29,2 millions d’assurés
17,9 Md€ de cotisations en assurance dommages

  • Assurance vie

11,3 Md€ de collecte brute
5,3 millions d’assurés
137,2 Md€ d’encours vie

  • Assurance santé et prévoyance

2 Md€ de collecte brute
3,5 millions d’assurés en santé
2,2 millions d’assurés en prévoyance

Source : Gema

 

 

 

 

 

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