[DOSSIER] Objets connectés 3/4

Petit à petit, l'habitat connecté fait son nid

Petit à petit, l'habitat connecté fait son nid

Dans le maquis des nombreux objets connectés permettant de sécuriser le domicile, les assureurs vont devoir proposer de vrais services de pilotage, d’installation et de maintenance, s’ils ne veulent pas se faire doubler par les énergéticiens, les fabricants ou les professionnels de l’immobilier.

À son lancement par Axa, en juillet 2015, «La Maison connectée» est apparue comme l’offre d’assu­rance la plus aboutie en matière d’habitat connecté. Alors qu’Allianz s’est associé à Panasonic et Generali à OBI Worldphones, Axa a fait le choix d’un système ouvert, en nouant des partenariats avec Myfox (caméras de surveillance et capteurs d’intrusion), Kiwatch (caméras de surveillance), Philips (lumière connectée) Nest (détecteurs de fumée) et Orange (détecteurs de fuites et de fumée).

Les détenteurs d’un contrat MRH d’Axa peuvent acquérir ces objets connectés à des prix négociés (jusqu’à 40% de réduction par rapport au prix public) et les ­relier à une application leur ­permettant de voir en direct ce qu’il se passe chez eux, détecter les incendies, les dégâts des eaux et les intrusions, recevoir une alerte en cas d’incident, contacter les secours ou le service d’assistance, ou encore activer différents services de réparation, de surveillance, d’intervention ou d’accompagnement dans les ­démarches administratives.

La Matmut et la Macif ont suivi en lançant des offres conçues sur le même principe. «Maison connectée» de Matmut propose de «garder un œil en permanence sur votre domicile» avec des outils de télésurveillance, de détection de fuite, d’inondations ou de monoxyde de carbone, et de contrôle des consommations d’énergie. La Macif s’est davantage focalisée sur la télésurveillance avec son offre «Macif Protect», développée avec sa ­filiale IMA Protect.

Ces exemples le montrent : le marché de l’habitat connecté reste un maquis difficile à explorer pour le grand public. Car il ne suffit pas d’acquérir un système de télésurveillance, des détecteurs de fuites et de fumées ou un dispositif de gestion du chauffage et de l’éclairage : encore faut-il les installer, les interconnecter à un outil de pilotage centralisé, gérer les alertes, intervenir en cas d’incident, assurer la maintenance…

Un défi organisationnel plus que technologique

Cela passe par le développement de nouvelles compétences (domo­ticien est, à n’en pas douter, un métier d’avenir !) et par la mise en place de réseaux de presta­taires agréés, «à l’image de ce que les assureurs auto ont fait avec les réparateurs et les ­experts», estime François-Xavier Jeuland, président de la Fédération français de domotique.

Dans ce paysage encore flou, une certitude demeure : l’habitat sera de plus en plus connecté. «La baisse du prix des composants électroniques et des coûts de commu­nication rendent possibles une adoption massive de ces nouveaux produits», lit-on en introduction du Livre blanc de la maison connectée publié par le cabinet Exton Consulting en 2016. Non seulement, «les objets connectés se répandent, mais les équipements traditionnels (de chauffage ou d’électroménager) vont incorporer progressivement ces nouvelles fonctionnalités».

Pour les assureurs, l’habitat a un double atout : la réglementation y est moins contraignante que dans le monde de la santé, où le développement des offres Pay as you live est inimaginable en France ; de plus, contrairement au marché de l’automobile, les assureurs n’ont pas besoin de passer par les constructeurs pour développer de nouveaux services connectés. «Ils peuvent donc y exercer plus facilement leur leadership», conclut le livre blanc. À condition de prendre les autres acteurs de vitesse : les énergéticiens, les télécoms, les fabricants d’objets connectés et, plus encore, les Gafa sont aux aguets.

«Google et Amazon rêvent de prendre le contrôle de toutes les maisons !», sourit un observateur. Amazon a trouvé une formidable clé d’entrée avec Écho, son assistant vocal capable de parler, de donner des informations et de piloter tous les équipements techniques d’une maison.

«Au Consumer Electronic Show de Las Vegas, tous les stands et les ­démonstrateurs étaient équipés de tablettes depuis des années, se souvient François-Xavier ­Jeuland. Cette année, ils avaient tous leur Écho».

Cette fonction de hub centralisant le pilotage et la gestion des équipements est l’autre clé de la prise de contrôle des maisons connectées.

Une question de confiance

Elle suppose une relation de confiance entre l’utilisateur et le gestionnaire. De ce point de vue, les assureurs ne sont pas forcément plus mal placés que les Gafa : la question de l’exploitation des données personnelles collectées va, en effet, jouer un rôle clé. Les assureurs ont tout intérêt à jouer la carte de la transpa­rence s’ils veulent garder le contrôle des maisons connectées.

Ils y ont tout intérêt : la prévention des sinistres débouchera, là encore, sur une réduction de la masse assurable. Les assureurs ne pourront compenser cette perte de chiffre d’affaires que s’ils se positionnent comme prestataires d’un service global de ­surveillance, de prévention et d’assistance.

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