Photovoltaïque : le cauchemar des assureurs

Photovoltaïque : le cauchemar des assureurs

Installateurs opportunistes peu scrupuleux, vices de construction des matériaux, primes indexées sur le prix des panneaux en chute libre... Les assureurs présents sur le marché du photovoltaïque n’ont pas été épargnés. Prudence et prévention sont désormais la règle.

«L’assurance photovoltaïque est un risque complexe, à la frontière entre les risques industriels et de construction. Souvent considéré comme un mauvais aléa par les assureurs qui ont connu d’importantes déconvenues en termes de sinistralité, le photovoltaïque fait peur », résume Pascal Alexis, courtier spécialisé, présent sur ce risque depuis 28 ans. Boosté par les aides fiscales accordées par l’État (0,60 €/kW produit), le parc photovoltaïque français raccordé aux réseaux a explosé entre 2008 et 2011, passant de 3 MW à 2 584 MW(1). De nombreux ­professionnels et particuliers ont investi dans des panneaux ­solaires pour rentabiliser leurs toits (hangars, usines, maisons…) ou leurs terrains. En parallèle, des investisseurs se sont lancés dans l’implantation de véritables fermes solaires dédiées à la ­production d’énergie. Les assureurs ont suivi le mouvement, en accompagnant leurs clients et en adaptant leurs garanties. Pour répondre à cette soudaine ­demande, les installateurs se sont multipliés, sans offrir, toujours, le professionnalisme ­attendu. « Le marché a souffert de sinistres sériels majeurs dus à des défauts de produits », explique Rémi Porte, responsable construction à la ­Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA).

Un marché techniquement plus sain

Depuis le moratoire de 2010 instauré par l’État, les aides fiscales se sont progressivement taries et la dynamique est retombée. Sur les cinq dernières années, près d’un installateur de panneaux photovoltaïques sur deux a disparu. « Le photovoltaïque est entré dans une nouvelle phase », souligne Philippe Gaillard, directeur des risques techniques chez Axa Entreprises. « La disparition des installateurs opportunistes est une chance pour le marché, qui s’oriente vers plus de professionnalisme, de maîtrise et de savoir-faire », complète Grégory Kron, directeur technique, actuariat et filiales chez SMA. En effet, on assiste depuis quelques années à une concentration des installateurs et au développement des certifications comme Certisolis pour les matériaux et QualiPV pour la pose. Pour autant, en matière de souscription, la prudence reste de mise pour les assureurs. « Sur le photovoltaïque, de nombreux métiers sont impliqués : électriciens, installateurs, couvreurs, bureaux d’études… Lors de la phase de souscription en RC décennale, nous regardons le sérieux de la ­société, son historique et son respect des normes et avis techniques », confie Grégory Kron.

À chaque assureur sa politique de souscription

Rémi Porte confirme : « La politique de souscription du risque photovoltaïque est propre à chaque assureur. Dans ce cadre, ils analysent généralement les qualifications des installateurs et les certifications des produits mis en œuvre. » Mais cela ne suffit pas toujours. Françoise Sonntag, ­expert spécialiste photovoltaïque chez Saretec, affirme ainsi que « le problème est qu’il est difficile ­ensuite de vérifier que des installateurs certifiés ne font pas appel à des sous-traitants, ce qui est ­relativement fréquent… ». Lors de la phase d’étude et de souscription, certains acteurs n’hésitent donc pas à s’impliquer en amont pour accompagner leurs clients sur les dossiers les plus à risques. Quant à la politique tarifaire pratiquée sur cette niche, elle est claire. Pour compenser la forte sinistralité et la baisse des prix des panneaux photovoltaïques (divisés par 5 depuis 2008), ayant entraîné une baisse de l’assiette de cotisation, les assureurs ont tendance à augmenter les taux, et même, pour certains, à relever leurs primes planchers (les primes ont quasiment doublé chez Axa en deux ans). Fini donc le jeu du Stop&Go. « Certains assureurs, à une époque, ont pratiqué des prix cassés pour rafler des parts de marché, avant de résilier en masse et de quitter le marché après d’importants sinistres », relate Pascal Alexis, qui travaille pour sa part depuis longtemps avec l’Allemand Gothaer, l’Anglais RSA, l’Américain CNA Hardy et le Japonais MSIG. Sur le marché français, Axa se positionne devant Groupama, ­Allianz, Generali et Covéa. Les courtiers Gras Savoye, Verspieren, Filhet-Allard et Marsh sont, eux, plus présents sur les centrales de grandes superficies. Au total, les installations photovoltaïques mettent en jeu de nombreuses garanties, à la fois RC et dommages, tant pendant l’installation que dans la phase d’exploitation.

Composer avec une sinistralité complexe

Entre 2010 et 2013, la plupart des sinistres portaient soit sur des défauts de produits, soit sur des défauts d’étanchéité ou d’ins­tallations occasionnant des dégâts des eaux. Aujourd’hui, ce sont les dommages électriques de type court-circuit qui sont ­fréquents sur les installations en toitures, l’incendie restant LE risque le plus coûteux.

« En général, tout le bâtiment y passe (maison individuelle, hangars…), car les pompiers limitent l’arrosage par peur des électrocutions », précise Pascal Alexis, qui affirme représenter 25 à 30 % du marché des petites ­installations photovoltaïques en toitures en France. Viennent ensuite le vol/vandalisme (en chute depuis la baisse du prix des matériaux), la rupture des modules et les aléas climatiques. Pour les installations au sol, les sinistres sont surtout liés aux événements climatiques (tempête, grêle, inondations), qui restent pour autant moins ­fréquents et moins coûteux que les incendies, ce qui explique d’ailleurs que les primes d’assurance pour les panneaux sur ­toitures sont 2 fois plus élevées que celles demandées pour les installations au sol. À noter également que la taille des centrales joue. « Plus la surface de panneaux installés est grande, moins on a de sinistres, car les frais de maintenance sont mieux acceptés, mieux provisionnés, la réception de l’ouvrage est plus détaillée et les audits techniques de réception plus approfondis », affirme Pascal Alexis.

La maintenance préventive pour limiter les dégâts

Si les nouvelles souscriptions font désormais l’objet d’audits techni­ques approfondis, le risque plane toujours sur les anciennes installations. La plupart des professionnels défaillants ont certes disparu, mais leurs « œuvres » sont toujours là…« On se retrouve avec des sinis­tres sur des panneaux qui ne se font plus, ou pour lesquels on n’a aucun recours, car les installateurs ont fermé boutique. Paradoxalement, un sinistre partiel coûte plus cher aux assureurs qu’un remplacement intégral, à cause du coût d’achat des pièces d’origine, quand on les trouve… », relate Pascal Alexis. La solution ? Inspecter et vérifier régu­lièrement les installations en place. Encore faut-il en convaincre le propriétaire, puisqu’à l’heure actuelle, la maintenance des installations photovoltaïques n’est toujours pas obligatoire, exceptée pour les grandes structures en toitures (entre 1 000 kWc et 3 000 kWc), les ERP (établissements recevant du ­public) et/ou ICPE (instal­lations classées pour la protection de l’environnement). Une réduction de prime à la clé s’avère incitative. « Une maintenance est ­nécessaire une fois par an, ne ­serait-ce que pour enlever les feuilles, la saleté et bien sûr vérifier le serrage des cosses, les connexions, changer les composants vieillissants… », relate Grégory Kron de la SMA. « Mais certains éléments électriques ­(boîtiers, câbles…) ­deviennent ­souvent inaccessibles une fois les panneaux installés. Globalement, les difficultés d’accès font que les ­vérifications de maintenance, non-obligatoires, sont rarement réalisées, alors qu’elles sont essentielles pour la durabilité et la sécurité des installations », déplore Françoise ­Sonntag.

Recours aux drones

Pour pallier ce problème et détecter les surchauffes éventuelles, les assureurs ont recours à la thermographie infrarouge, au bout d’une perche ou embarquée à bord d’un drone, comme chez Allianz France. Les images captées par caméras servent à identifier les dysfonctionnements électriques et même les défauts de fabrication. La prestation, proposée systé­matiquement aux clients, est payante, mais permet de bénéficier d’une remise tarifaire… Et cette technologie doit être prise au sérieux. « Dans le contexte de la RT2020 (NDLR : réglementation thermique applicable à tout projet de construction), le photo­voltaïque va se développer dans le bâtiment. L’autoconsommation de sa production d’électricité solaire peut engendrer de nouveaux risques, sur lesquels planchent déjà les professionnels, à savoir le stockage des batteries à l’intérieur des bâtiments », projette Rémi Porte. Et à nouveaux risques, nouveaux besoins de couverture…

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