Pourquoi les assureurs courtisent le crowdfunding... sans encore en assurer le risque !

Pourquoi les assureurs courtisent le crowdfunding... sans encore en assurer le risque !

Crowd pour foule et funding pour financement. Le financement participatif interpelle les assureurs qui harponnent le concept avec de multiples casquettes : investisseurs institutionnels, partenaires ou assureurs de ces nouvelles plateformes. À quand, toutefois, une vraie assurance contre le défaut de paiement ?

Férus de digital et en quête de nouveaux placements financiers, les assureurs sont nombreux à s’intéresser au crowdfunding. À souhaiter goûter à ce fruit presque défendu de l’économie collaborative qui prône tout simplement la finance entre pairs. L’idée consiste à mettre en lien un entrepreneur ayant des besoins de financement avec un public souhaitant participer à un projet. Comment ? Par le biais de plateformes digitales. À leur tête, des acteurs qui se répartissent en trois catégories (lire ci-contre). Si ce mode de finan­cement reste un épiphénomène sur le plan des montants financés avec 300 M€ de fonds collectés en France en 2015, contre 154 M€ l’année précédente, son poids plume… double chaque année.

Les assureurs l’ont bien compris et pour ne pas se faire distancer par les banques traditionnelles qui le considèrent déjà comme un nouveau modèle complémentaire du leur (La Banque postale et BNP Paribas soutiennent respectivement KissKissBankBank et Ulule, deux plateformes de dons), ils s’impliquent à leur tour dans ce que le chercheur Jérémy Vachet (1) nomme « les nouvelles logiques de capitalisme contemporain ».

Des partenariats inventifs

C’est le cas d’Allianz, comme inves­tisseur et quasi-asso­cié de la plateforme de capital-investissement SmartAngels. Soutien finan­cier via son fonds Idinvest Partners, la compagnie vante ce placement auprès de ses assurés, abondant 1 € pour un 1 € qu’ils financent et leur offrant également une garantie de liquidité en cas d’accident de la vie durant les cinq années suivant l’investissement. « Cela permet à Allianz de diversifier ses rendements en inves­tissant dans le non-coté, une classe d’actif que nous rendons plus liquide dans un contexte de taux bas », confie Benoît Bazzocchi, fondateur de Smart­Angels.

Pour sécuriser les investissements, le pitch sur chaque entreprise comprend une vidéo, des éléments financiers et de marché, le détail de l’environnement concurrentiel et des paramè­tres de valorisation et de statut. Autant d’outils d’aides à la décision qui ont permis à cette bourse de financer 35 entreprises pour un montant de 18 M€ depuis 2012. « Nous sommes très fiers de ce produit. Cela accroît notre soutien auprès des petites entreprises », affirme Matthias Seewald, membre du comex en charge des investissements chez Allianz. Après huit mois, le volu­me investi par l’assureur dépasse 1,6 M€. « L’enveloppe initia­lement prévue de 10 M€ ne suffira pas… », glisse Matthias Seewald qui prépa­re aussi un autre projet similaire de co-investissement de projets commu­naux de transition énergétique avec les clients Allianz.

Remise en cause du monopole du crédit

Récemment, le 26 avril, CNP Assu­rances et Matmut ont également annon­cé leur entrée au capital de Lendix – une plateforme de prêt aux PME. Dans une logi­que uniquement partenariale, Groupama Banque est en accord, depuis janvier 2015, avec Unilend – première plateforme de prêts –pour financer des projets d’entreprises. Montant de l’enveloppe allouée : 100 M€ jusqu’en 2019. L’assurbanquier s’engage à prêter aux PME et TPE de son choix au côté des autres prêteurs du site, sans dépasser 20 % de l’ensemble des opérations.
« La révolution digitale ouvre de nouveaux canaux qui remettent en cause le monopole du crédit. Il suffit aux directeurs financiers de mettre en ligne leurs trois derniers comptes d’exploi­tation et bilans. Les prêteurs jaugent le risque et les PME obtiennent un crédit sous 10 jours. Pour Groupama Banque, c’est la possibilité d’entrer en relation avec de nouveaux acteurs. Mais l’environnement économique morose retarde notre plan d’affaires initial puisque nous n’avons financé que 1 M€ la première année contre 5 M€ prévus », confie Bernard Pouy, directeur général de Groupama Banque.

Des logiques différentes

Dans une veine similaire, Gan Assurances s’est associé à Lendopolis, une autre plateforme de prêts. La logique est cependant un cran plus commer­ciale, l’assureur proposant de réaliser un bilan assurantiel des entre­prises en recherche de prêts (souscription ou non d’une respon­sabilité civile…) afin d’éclairer les prêteurs sur le niveau de risque de leur investissement. Si ce bilan est positif, le taux d’emprunt se bonifie. « Depuis mars, nous valorisons ce parte­nariat dans les vitrines de nos agences, en mettant en avant des entrepreneurs qui ont réussi leur levée de fonds sur Lendopolis. Les chefs d’entreprise évaluent ainsi la qualité de la gestion de leurs risques et de leur couverture en matière d’assurance, et peuvent se tourner vers nos agents généraux si des points méritent d’être amélio­rés », indique Domini­que Brevet, directeur commercial de Gan Assurances. Enfin, l’assureur américain CNA Hardy assure simplement ces nouvelles plateformes de financement parti­cipatif.

RC Pro ou RCMS obligatoire

De fait, la réglementation exigera en juillet 2016 que les acteurs du crowdfunding dispo­sent d’une RC Pro ou d’une RCMS. Or, l’association Financement participatif France a anticipé la réforme et contracté un accord avec le courtier CRF Assurances, spécialisé dans la couverture des entrepreneurs et des inves­tisseurs. Le risque de ce produit baptisé Assur’Crowdfunding est porté par CNA Hardy. « C’est une avancée, car au démarrage de l’activité, nous n’avions trouvé à nous assurer que par AIG qui était l’assureur de notre prestataire de service de paiement… », témoigne Nicolas Lesur, directeur général et fondateur d’Unilend.

Le royaume de l’auto-assurance

Si l’engouement des assureurs est donc réel et exponentiel, il n’atténue en rien le danger inhérent à cette nouvelle économie libérée : l’investisseur ou le prêteur prend son risque à 100 %. En cas de faillite, aucune garantie ! « Surtout pour l’equity qui constitue un place­ment illiquide. L’investisseur peut tout perdre », ajoute Grégoire Dupont, secrétaire général de l’Orias. Dans le prêt, Unilend qui réalise une offre toutes les 2 minutes, n’a toutefois enregistré que 2 % d’incidents de paiement sur 119 projets financés l’an dernier… Pour Nicolas Lesur, la clé réside dans « La diversification, avant la sélection. Il faut prêter à au moins 69 projets pour bénéficier d’un taux de rende­ment moyen net de défaut de 5,40 % ». Son équation procède de la déduction du coût du risque, évalué d’après lui à 3,40 %, du taux de rendement de 8,84 %.

Même logique dans l’equity

« En contrepartie d’un risque élevé, on peut, sur certains investissements, multiplier sa mise par 3,4,5 ou même plus en quelques années, ce qui peut faire des rendements de plusieurs dizaines de pourcents. En revanche, il faut bien diversifier en investissant dans plusieurs entrepri­ses », explique Benoît Bazzocchi. Le crowdfunding, aujour­d’hui, est donc le royaume de l’auto-assurance ! « Assurer les fonds, c’est le sujet… », pointe Grégoi­re Dupont. « Il y a un boule­vard pour les assureurs dommages créatifs ! », renchérit Nicolas Lesur qui attend, après avoir financé 240 projets, des couvertures inédi­tes de réduction du risque de défaut. « Nous sommes jeunes et les actuaires n’ont pas le recul suffisant, sauf que les places sont à prendre maintenant. Dans un an, il sera trop tard ».

Rassurer les prêteurs

Preuve du besoin de rassurer les prêteurs, Crédit.fr prend à sa charge l’assurance-décès invalidité sur la tête du dirigeant. Un produit construit de toute pièce avec Gras Savoye. À la Maif, le responsable de l’économie collaborative et des pratiques émergentes, Thomas Ollivier, se dit prêt à créer une « assurance prêteur » si « des start-up nous sollicitent en ce sens ». Aller sur ce terrain ultime de l’assurance apparaît toutefois peu réalis­te pour Bernard Pouy, de Groupama Banque, qui n’est pas favorable à « une assurance tous risques et certainement pas celle de défaut de paiement ». Compliqué, en effet, d’entrer dans un monde très ouvert… en aspirant y être protégés à 100 %.

  • 2006 Apparition du terme crowdfunding
    Source : Observatoire Alptis de la protection sociale
  • 64 Plateformes actives en France
    Source : Orias
  • 300 M€ Fonds collectés, en France, en 2015 (+100 % par rapport à 2014)
    Source : Financement participatif France
  • 3,40 % Coût du risque à déduire du rendement moyen (8,84 % sur la somme prêtée) qui se situe donc au taux de 5,40 %
    Source : Unilend

De quoi parle-t-on ?

Le crowdfunding ou financement participatif se décline en :
  • Don
    Des plateformes invitent aux dons en faveur de projets solidaires ou artistiques sous forme de pur mécénat collaboratif ou de retour sous forme de récompenses.
    Qui ? KissKissBankBank, Ulule, Bulb in Town, Arizuka, Babeldoor...
  • Prêt
    Des plateformes de prêts (crowdlending) invitent une communauté à financer, tel un emprunt bancaire rémunéré, des TPE/PME et tous projets entrepreneuriaux, avec ou sans intérêt.
    Qui ? Unilend, Lendopolis, Lendix, Finsquare, BabyLoan, Hello Merci...
  • Equity
    Des plateformes d’investissement en actions jouent le même rôle qu’un business angel. En échange de leur « don », les prêteurs deviennent actionnaires de l’entreprise soutenue. La rétribution s’effectue donc sous forme de dividendes. Ce schéma est particulièrement adapté aux start-up.
    Qui ? SmartAngels, Wiseed, Raizers, Finance Utile, Anaxago, Afexios...

Nicolas Lesur, président de Financement Participatif France et fondateur d’Unilend
« Le financement participatif est une nouvelle classe d’actifs »

  • En quoi les assureurs sont-ils concernés par le crowdfunding ?
    Ils le sont, aussi bien, en dommages qu’en vie qu’en qualité d’investisseurs institutionnels au capital des plateformes évidemment, mais surtout au niveau de l’épargne. Le financement participatif représente une nouvelle classe d’actifs et la question, pour eux, c’est de s’organiser pour en permettre l’accès à leurs clients et pour investir eux-mêmes.
  • Peuvent-ils contribuer, aussi, à sécuriser ce nouveau mode de financement ?
    Via une assurance sur les emprunteurs ou prêts des prêteurs... Oui, ils peuvent trouver un moyen d’assurer le défaut de paiement à la manière d’un assureur-crédit. Mais le crowdfunding n’est pas le livret A. Les risques comme les rendements sont plus importants. Le prêteur est le banquier et aujourd’hui, encore son propre assureur.
Propos recueillis par E. B.

Un nouveau marché réglementé

  • Ces récentes plateformes 3.0 qui veulent profiter aux épargnants comme aux entrepreneurs en irriguant l’argent vers l’économie réelle ne sauraient faire un pied de nez aux rigidités contractuelles du secteur bancaire sans être, elles-mêmes, un peu encadrées. Depuis 2014, des décrets d’application les obligent à passer par des établissements réglementés de monnaie électronique pour faire transiter de l’argent sur leurs sites et surtout, à adopter le statut d’IFP (intermédiaire en financement participatif) ou CIP (conseil en investissement participatif).
  • La récente loi Sapin 2 autorise l’Autorité des marchés financiers (AMF) à sanctionner les émetteurs d’offres portant sur des titres financiers non-cotés. Contrôlées par l’ACPR, les plateformes de prêts – les plus courues – pourraient rapidement être autorisées à recevoir plus d’argent. « On ne crée pas inopinément des bourses. C’est un nouveau marché [...]réglementé », explique Grégoire Dupont, secrétaire général de l’Orias.

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