[DOSSIER] Réassurance santé et prévoyance 1/5

Pourquoi les réassureurs vie patinent-ils autant ?

Pourquoi les réassureurs vie patinent-ils autant ?
PHOTOS :Vit Kovalcik/istock

Dans un environnement économique et réglementaire qui leur est a priori favorable, les réassureurs vie peinent à capter à leur profit une partie des cessions sur le marché français... et capitalisent sur Solvabilité 2 pour retrouver quelques couleurs. À tort ?

Solvabilité 2, résiliation de l’assurance emprunteur, Accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013, dépendance, prévoyance individuelle et collective… Voici, dans cet inventaire à la Prévert, ce qui devait encourager les cédantes à solliciter davantage les réassureurs en matière de risques biométriques (santé et prévoyance). ­Problème, au risque de jouer les Cassandre, force est de constater que l’électrocardiogramme des réassureurs professionnels en vie est resté désespérément plat ces trois dernières années. Chiffres à l’appui. En 2015, les encaissements sur ce marché ont plafonné à 1 985 M€ (voir graphique ci-dessous), selon les données publiées par l’Association des professionnels de la réassurance en France (Apref). Pire, la tendance irait même en s’inversant. Entre 2013 et 2015, les encaissements ont amorcé un reflux de près de 3,3 % sous l’effet, notamment, d’un recul des primes vie cédées par les assureurs français. « Cette évolution est la combinaison d’une baisse des cessions en réassurance santé et d’une augmentation en prévoyance. Cette baisse devrait s’accentuer encore en 2016 du fait des conséquences de l’ANI. La santé individuelle est davantage réassurée que l’assurance santé ­issue de contrats collectifs, dans la mesure où la réassurance permet de financer les coûts d’acquisition, qui sont élevés pour les polices ­individuelles », note Gilles ­Thivant, directeur du marché France et Afrique de Scor Global Life.

Dès lors, comment expliquer cette stagnation, alors même que les vents sont a priori favorables ? La cause est d’abord historique et tient à une exception réassurantielle française. Qu’il s’agisse de la santé ou de la prévoyance, l’écrasante majorité des flux ­d’acceptations en réassurance de personnes sont dits horizontaux, d’assureurs (mutuelles du livre II, institutions de prévoyance, sociétés anonymes) à assureurs. L’an dernier, ces acceptations ont même représenté une écrasante majorité des cessions, 90 % en santé et presque autant en prévo­yance, et leurs principaux « preneurs » sont Axa, CNP Assurances, Generali, Malakoff Médéric ou encore Humanis. Historiquement, « Axa, du temps de l’ex-UAP a créé de toutes pièces des partenariats avec des acteurs non capitalistes, issus de la protection sociale complémentaire en France, pour développer des parts de marché en collective », rappelle Claire Lasvergnas, directrice des solutions d’assurance aux collectives chez Generali France. Idem pour CNP Assurances qui tire une partie de son implantation actuelle des années 1960, du temps où elle était désignée par la réglementation pour réassurer les mutuelles et les IP.

Depuis, difficile pour les réassureurs professionnels de bousculer des liens affinitaires historiques. « Il s’agit presque d’une réassurance politique que nous ne pouvons pas attaquer en frontal », confie un opérateur du marché qui évoque au passage un « pacte de non-agression ­admis sur le marché à l’égard d’Axa. » Les lignes de partage d’affaires entre ces deux familles de réassureurs fluctuent, même si « la tendance reste tout de même au transfert vers la réassurance professionnelle », observe Julien Chartier, souscripteur ­solutions financières chez le réassureur vie RGA France. « C’est un mouvement de fond qui n’est pas encore marqué, mais les assureurs-réassureurs gagnent peu de parts de marché en santé et prévoyance ». Dernier exemple en date entre la Mutuelle nationale territoriale (MNT) et CNP Assurances qui réassurait à hauteur de 90 %, via une quote-part (QP), le produit de la MNT en prévoyance des collectivités. Fin 2015 et après douze ans de ­partenariat, constatant des ­désaccords sur la stratégie de redressement du portefeuille, les deux entreprises ont mis un terme à leurs liens, la MNT ­privilégiant désormais un pool de quatre réassureurs : « Nous poursuivons notre tour de table avec les réassureurs professionnels, avec la volonté de diversifier la réassurance tout en récupérant une part du risque plus importante que précédemment afin d’assurer plus directement la ­responsabilité de la gestion du risque même si ce choix a des conséquences au plan prudentiel », explique Jérôme Saddier, directeur général de la MNT.

À la peine aussi sur la collective

Quant au développement de la collective induit par l’ANI, là encore, les réassureurs professionnels peinent à tirer leur épingle du jeu. Deux raisons à cela : d’une part, certaines cédantes se sont livrées à des baisses drastiques des commissions de réassurance pour tenir leur politique de dumping tarifaire au 1er janvier 2016. Un levier à court terme estime Arnaud Chevalier, directeur de clientèle vie, accident et santé d’Aon Benfield : « Dans ce cas précis, la question est plutôt celle de la pérennité d’une telle réponse, lorsqu’au second tour il ne reste plus rien à réduire ! » D’autre part, s’ils continuent à bénéficier d’un avantage technique indéniable en matière de risques de pointe, de diversification et de services, les réassureurs professionnels sont, en revanche, doublés par les assureurs sur les traités en quote-part, outil le plus répandu dans le cadre des accords de branche. « 2015, première année de lancement de notre activité d’acceptation en santé et en prévoyance, s’est révélée satisfaisante avec un chiffre d’affaires d’environ 20 M€ sur neuf mois, dans un marché occupé par de grands ­acteurs », précise Pascale Soyeux, directrice des acceptations en réassurance chez Covéa. Et d’ajouter : « À ce stade, on ne peut pas vraiment parler de concurrence entre notre activité d’acceptation et les réassureurs professionnels dans la mesure où nous intervenons principalement, pour l’instant, sur des traités en quote-part. Lorsque nous prendrons part à des programmes globaux de réassurance auprès de cédantes, ce qui est notre ambition, nous le deviendrons ! »

Reste que dans ce contexte de marché tendu, Solvabilité 2, qui remet au goût du jour la réassurance en tant qu’outil d’optimisation du capital, pourrait constituer un levier de croissance. En particulier en prévoyance réputée pour sa consommation de fonds propres. « Les cédantes s’approprient progressivement les conséquences de Solvabilité 2 et commencent à prendre conscience de l’intérêt de la réassurance pour diminuer leur besoin en capital. C’est une raison pour laquelle ce type de réassurance est appelé à croître dans les prochaines années en France », anticipe Gilles ­Thivant. Une maturation qui prendra du temps. Entre un et trois ans estiment certains opérateurs du marché. D’ici là, prière de patienter.

« CNP Assurances n’a pas renouvelé certains traités non-proportionnels »

« L’entrée en vigueur de Solvabilité 2 a contraint les différents acteurs à revisiter leur programme de réassurance pour le mettre en cohérence avec leur politique Orsa et leur gestion des risques. Du point de vue des cédantes, cela conduit à rechercher l’optimisation de leur programme (gain de capital, protection de la volatilité des résultats et du bilan, diversification et choix de la qualité des contreparties).Du point de vue du réassureur, la nécessité de maîtriser ses engagements dans le cadre de la gestion des risques induit un besoin d’évaluation du capital Solvabilité 2 et Orsa à mobiliser dans le cadre de la réassurance. Dans ce contexte, CNP Assurances n’a pas renouvelé certains traités non-proportionnels, car la prise en compte du besoin en capital pour de telle couverture est mal appréhendée par la formule standard. A contrario, nous avons été sollicités par beaucoup de mutuelles et IP pour les accompagner dans le cadre de la mise en œuvre de Solvabilité 2 et l’optimisation de leur programme de réassurance. »

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