Pourquoi Moody’s dégrade la perspective de l’assurance dommage en France, mais reste stable sur l’assurance vie

Pourquoi Moody’s dégrade la perspective de l’assurance dommage en France, mais reste stable sur l’assurance vie
L'agence de notation Moody's s'attend à un ratio combiné compris entre 105% et 108% pour la branche auto en 2015.

Moody’s dégrade sa perspective sur le marché dommage de « stable » à « négative » du fait de craintes sur la profitabilité de la branche auto. L’agence de notation reste en revanche  « stable » sur l’assurance-vie malgré toutes les pressions liées aux faibles taux d’intérêt.

Moody’s vient de mettre à jour sa vision du marché français de l’assurance, et cela pourrait un peu surprendre. L’agence de notation dégrade en effet sa perspective sur le marché dommage de « stable » à « négative », mais reste « stable » sur l’assurance-vie malgré toutes les pressions liées aux faibles taux d’intérêt.

Pression sur les ratios combinés en auto

« La dégradation de la perspective en assurance dommage vient refléter la dégradation du ratio combiné en auto, et surtout la difficulté pour les assureurs auto à augmenter leurs tarifs et donc à améliorer leur profitabilité », explique Benjamin Serra, l’analyste en charge du secteur. Moody’s table donc pour 2015 sur un ratio combiné en auto pas franchement meilleur : entre 105% et 108%, et à tout le moins « supérieur à 105% ». Cet indicateur s’établit, selon les premières indications de l’Association française de l’assurance (AFA) à 107% sur 2014, soit en nette dégradation comparé à la tendance des trois années précédentes. « 2014 a marqué une rupture de tendance, avec une hausse du ratio combiné qui s’explique principalement par la hausse des fréquences sur les sinistres corporels » rappelle Benjamin Serra.

Moodys ne considère toutefois pas qu’il s’agit d’un vrai retournement (défavorable) de tendance. « Sur 2015, les premières indications émanant de la sécurité routière tendent à suggérer que le nombre d’accidents baisse à nouveau, même si, de façon inhabituelle, le nombre de tués continue d’augmenter, relève Benjamin Serra. Nous pensons donc que les fréquences vont baisser à nouveau, sans toutefois se remettre sur la courbe initiale ».

Effet indirect de la loi Hamon

Dans ce contexte, la dégradation de la perspective est justifiée par la combinaison de cette incertitude sur les fréquences, de la poursuite de la hausse tendancielle des coûts moyens, et surtout d’un potentiel limité pour des augmentations tarifaires. « La combinaison de l’environnement macro-économique et des pressions sur le pouvoir d’achat des ménages qui en résultent, de la loi Hamon qui augmente la sensibilité des assurés à la compétition tarifaire, et d’un degré de concurrence qui augmente notamment parce que les bancassureurs gagnent de plus en plus de parts de marché : tout cela rend largement plus difficiles la capacité à faire passer des hausses de tarifs », pronostique Benjamin Serra.

Même si elle ne se traduit pas, pour l’heure, par une vague massive de résiliation, la loi Hamon semble en tous les cas inciter les assureurs à la modération. « La situation n’est pas catastrophique, mais clairement les marges de manœuvre baissent », poursuit-il, non sans rappeler que l’ensemble de la branche dommages est et devrait rester globalement à l’équilibre (ratio combiné de 100%) dans les 12 à 18 mois.

Pas de crainte sur la solvabilité en assurance vie

Malgré la pression engendrée sur les assureurs par les taux bas, Moody’s semble garder une certaine sérénité sur le sujet, d’où le maintien de sa perspective stable sur le secteur de l'assurance vie en France. L’agence justifie sa position par plusieurs facteurs. D’abord, les statistiques mensuelles de l’AFA montrent que les niveaux de collecte brute restent assez élevés, et Moody’s estime qu’elle devrait se maintenir car « l’assurance vie reste un produit attractif comparée aux autres formes d’épargne ». Ce d’autant que la fiscalité de l’assurance vie devrait rester épargnée (la perspective des présidentielles n’incite guère à une réforme de grande ampleur). Or, c’est notamment en raison de ces pressions autour de la fiscalité que Moody’s avait eu une perspective négative sur le secteur par le passé. Ensuite, même si la tendance est à une hausse tendancielle des retraits sur les contrats (de l’ordre de +4% par an depuis 2007) et que cela devrait se poursuivre tant pour des raisons économiques que démographiques, la collecte nette reste relativement stable, de l’ordre de 10 à 30 Md€ par an. Un niveau jugé « gérable » par l’agence. « Rapportés à 1500 Md€ d’encours, ces 10 à 30 Md€ de collecte nette ne posent guère de problème de réinvestissement », avance Benjamin Serra.

Pas d’inquiétude sur les taux garantis en France

Enfin, la France n’a pas de problème de taux garantis, contrairement à l’Allemagne. Avec des taux garantis de l’ordre de 0% sur les nouveaux contrats et de 1% en moyenne sur les anciens, « les assureurs sont en mesure de faire face aux garanties, même s’ils servent en pratique des rendements supérieurs », poursuit l’analyste. Autrement dit, oui les taux bas ont un impact sur la rentabilité du secteur vie en France, mais non, il n’y a pas de risque sur le solvabilité. Du moins pas pour l'instant. « Le vrai risque, c’est une remontée brutale des taux d’intérêt. Dans ce cas alors oui, il y aurait un vrai risque pour le secteur, y compris pour sa solvabilité », conclut Benjamin Serra.

Retrouver la cartographie de Moody's sur le risque de taux d'intérêts dans le Digest de l'Argus

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