Pourquoi Rapid’Pare-Brise affole le marché du bris de glace

Pourquoi Rapid’Pare-Brise affole le marché du bris de glace
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C’est un marché qui pèse 1 Md€ en France. 900 M€ proviennent de la garantie bris de glace incluse dans les contrats d’assurance automobile au prix de 40 à 50 € par an. Non content de baisser structurellement depuis 2011 pour se situer autour de 2,2 millions d’interventions annuelles, le marché du remplacement et de la réparation de vitrage est désormais chahuté par les pratiques « libertaires » d’un nouvel entrant : Rapid’Pare-Brise. Jusque-là régi par quelques enseignes nationales agréées par la majorité des compagnies et mutuelles (France Pare-Brise, Carglass, Mondial Pare-Brise…), le marché pourrait imploser face aux méthodes de ce réseau dirigé par David Vrel. Que lui reproche-t-on ? D’avoir gagné, en trois ans d’existence, 5 % de part de marché et créé 180 centres sans agrément, mais avec une méthode trop consumériste. Rapid’Pare-Brise offre, en effet, le montant de la franchise et/ou des cadeaux d’une valeur de 100 €/TTC. À ces largesses commerciales s’ajoute un fonctionnement comptable nébuleux. « Une fois les réparations effectuées, la facture émise à l’intention du client ne fait pas apparaître la franchise restant due par ce dernier ou le geste commercial dont il bénéficie. Il en résulte qu’en réalité le coût de l’offre promotionnelle n’est pas supporté par Rapid’Pare-Brise, mais par l’assureur », résume Xavier Horent, délégué général du Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), dans un courrier adressé à Rapid’Pare-Brise le 13 avril. Missive qui précise que le syndicat patronal s’autorise à « faire valoir les droits de la profession par tout moyen approprié, y compris la voie judiciaire (…) pour “pratiques déloyales” ». Un affolement justifié. Car par-delà l’ingéniosité marketing de cet oustsider, ses agissements posent des questions de fonds. De légalité du dispositif, d’abord, puis de sa gangrénisation potentielle aux activités de dommages autos... Explications.

Un marché en émoi ?

Les 40 M€ de chiffre d’affaires de Rapid’Pare-Brise en 2015 ont été « gagnés sur notre dos ! », résume un directeur de mutuelle d’assurance qui a le sentiment de cofi­nan­cer un système qui tue le sien ! « Les offres promotionnelles ne sont possibles que grâce à des tarifs pratiqués qui sont nettement supérieurs à la moyenne du marché », ajoute-t-il. Un pare-brise, seul, coûte environ 50 % plus cher à un assureur dans un centre non agréé et chez Rapid’ Pare-Brise, la majoration serait de 60 %.

Peut-on offrir la franchise ?

Tendance marketing en vogue chez les concessionnaires et les enseignes de vitrage, plutôt loca­les, ce geste commercial n’est pas légal. Le jugement prononcé par le tribunal de Tours le 12 septembre 2014 l’expri­me clairement. Selon l’article L. 121.1 du code des assurances, « L’assurance relative aux biens est un contrat d’indemnité, l’indemnité due par l’assureur à l’assuré ne peut donc pas dépasser le montant de la valeur de la chose assurée au moment du sinis­tre. Le principe indemnitaire qui résulte de ces dispositions s’appli­que de façon systématique et direc­te. Il interdit donc à l’assureur de verser à l’assuré une somme supérieure au dommage souffert par celui-ci ». Donc si « Les conditions particulières dudit contrat précisent que le coût de la franchise est fixé à un taux de 15 % des dommages en cas de bris de glace, il doit donc être déduit de l’ensem­ble de ces dispositions légales et contractuelles qu’en cas de remplacement d’un pare-brise suite à un bris de glace, la mutuelle X est tenue de verser à l’assuré Y une indemnité représentant une quotité de 85 % des dommages subis ».

  • 80 % Marge moyenne brute de l’enseigne sur un pare-brise.
  • 22 M€ Montant facturé par Rapid’Pare-Brise aux assureurs en 2014 (le double en 2015).
    Source : document interne d’un franchisé Rapid’Pare-Brise

Jusqu’à quel prix un cadeau est-il raisonnable ?

La tablette Samsung d’une valeur de 100 €/TTC offerte par Rapid’ Pare-Brise fait débat. Auparavant, un commerçant ne pouvait légalement dépasser, en cadeau, 5 % de la valeur du bien vendu – le bon vieux principe du cadeau Bonux – mais le législateur a, depuis, entériné une autre limite juridique : le cadeau doit être « raisonnable » ! Concept pour le moins flou...

Saisie par différents assureurs, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) aurait visité plusieurs centres de l’enseigne sans constater d’anomalie. Dans les coulisses, il se dit que la DGCCRF ne veut pas statuer pour des faits qui bénéficient au consommateur en période de vache maigre.

Comment le marché peut-il répliquer ?

En faisant traîner les factures émanant de Rapid’Pare-Brise, rendant impossible pour l’ensei­gne la pratique de la cession de créances, mais aussi en ayant recourt à des expertises indépendantes sur pièce. Et surtout, en s’entendant collectivement pour faire valoir l’application stricte du principe indemnitaire. Auquel cas, ce que les assureurs jugeront surfacturé par Rapid’Pare-Brise devra être acquitté par l’assuré, comme un dépassement d’honoraires…

Quels sont les risques systémiques ?

Un clivage du marché du bris de glace entre ceux qui travaillent avec les assureurs dans une logi­que de rabais et de prix tenus contre un volume d’affaires et ceux qui travaillent sans les assureurs avec une liberté tarifaire inflationniste aux dépens de ceux-ci. L’envolée des prix se traduirait rapidement par celle du montant de la prime bris de glace (un directeur d’enseigne de vitra­ge prédit pas moins d’une multiplication par deux en 10 ans) avec le risque que les assu­rés n’y souscrivent donc plus… Un vrai cercle vicieux. Pire, cette prati­que pourrait se répandre à la collision, la réparation, etc. « Ce serait un état cancéreux généralisé », alerte le directeur des réseaux de prestataires d’une mutuelle. Surtout, aujourd’hui, où le nombre d’assurés autos couverts (environ 32 millions) est déjà jugé insuffisant.

David Vrel répond aux accusations !

  • Double et sur-facturation
    « L’évaluation de nos réparations est encadrée en amont par un logiciel X Glass et en aval, à l’occasion du contrôle des cabinets d’expertise missionnés par les compagnies d’assurances. Nous respectons les temps préconisés, le prix des pièces constructeur et notre taux horaire se situe dans la moyenne des taux constatés chez les prestataires non-agréés. Nous avons fait une étude économique et nous nous situons 9 fois sur 10, moins cher que le leader du marché et quasiment tout le temps moins cher que les constructeurs non-agréés. Concernant l’avoir effectué a posteriori notre mode de facturation témoigne de notre volonté d’individualiser le prix de la réparation des cadeaux promotionnels et démontre ainsi que le coût est supporté par l’enseigne en déduction de sa marge. »
  • Actions, réactions
    « Pour 2016, nous mettons en place une charte qui nous permettra de garder de bonnes relations avec les assureurs. Nous organisons également la mise en place d’un logiciel commun pour contrôler toutes les factures établies par l’ensemble du réseau. Nous garantissons à vie, la réparation des impacts lors d’un remplacement de pare-brise. Nous mettons également en place, à nos frais, une assurance bris de glace (casse et vandalisme) d’un an pour tous les pare-brise posés dans nos ateliers, ce qui constitue une nouvelle fois une source d’économie pour les assurances en termes de sinistre bris de glace. » 

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