[DOSSIER] Expertise à l’international 1/4

Quand l'expert franchit les frontières

Quand l'expert franchit les frontières
MICHEL STAGNARA © DR

Les acteurs de l'expertise français s'organisent pour étendre leur activité au-delà de l'Hexagone. Premier marché cible : les assureurs opérant en France pour le compte d'entreprises internationales. D'autres perspectives s'offrent à ceux qui sauront élargir leur horizon. Panorama des modèles possibles.

Distributeur dont les entrepôts ont été endommagés lors du tsunami du 11 mars 2011 au Japon, industriel en manque de composants à la suite des inondations d'octobre 2011 en Thaïlande, grande marque dont les boutiques ont été détruites lors d'un séisme en Nouvelle-Zélande : les dernières grandes catastrophes naturelles ont montré à quel point l'économie française pouvait être touchée par un événement à l'autre bout du monde. Elles ont aussi mis en lumière le rôle que doivent jouer, directement ou indirectement, les experts français intervenant dans le cadre de programmes d'assurance internationaux. « En accompagnant leurs clients dans leurs développements à l'international, les assureurs présents en France ont amené l'expertise à se développer au-delà de l'Hexagone », rappelle Yves Legoux, président de la Compagnie des experts agréés (CEA).

Une filiale à l'étranger ne peut pas vivre uniquement de la clientèle française, elle doit aussi se développer sur le marché local.

Philippe Donaint, directeur de Texa Global Solutions

À chacun sa stratégie

Si les grands risques assurés depuis la France constituent le marché phare de l'expertise au niveau international, certains acteurs empruntent d'autres voies. Le cabinet Erget intervient pour des assureurs étrangers, notamment ceux présents dans les pays émergents. Même approche pour Naudet DB et A et Equad RCC, implantés depuis 2011 en Afrique via leur actionnaire Eufex. Exporter son savoir-faire auprès d'acteurs étrangers est une piste qu'explorent aussi Saretec ou le groupe CET, par le biais de prestations connexes à l'expertise : audit énergétique ou bilan de patrimoine immobilier pour l'un, conseil en gestion de sinistres pour l'autre.

Mais il ne faut pas négliger l'Europe. « La réglementation autorise les assureurs européens à opérer en libre prestation de service, pratique qui commence seulement à se développer dans les risques des particuliers et des PME, mais qui devrait prendre de l'ampleur », estime Michel Stagnara, président d'Adenes et de Seri LWM. Expertiser une résidence sur la Côte-d'Azur couverte par un contrat britannique ou un entrepôt en Italie propriété d'une PME assurée par une police française sont autant de situations auxquelles les experts doivent se préparer. Pour Michel Stagnara, « si nous ne le faisons pas, ce sont des acteurs d'autres pays d'Europe qui géreront ces dossiers ».

S'appuyer sur un acteur international

+ Élargir rapidement son périmètre

- Peu de places à prendre

Le marché de l'expertise s'est structuré dans les pays anglo-saxons autour de grands groupes internationaux, parmi lesquels Cunningham Lindsey, implanté dans soixante-dix pays, dont la France. Les autres ténors du marché n'interviennent pas directement dans l'Hexagone, mais nouent des partenariats exclusifs avec des acteurs français, leur offrant ainsi la possibilité d'acquérir rapidement une dimension internationale. Texa travaille ainsi avec Crawford, et Polyexpert vient de s'associer avec McLarens Young International.

Ces partenariats ne dispensent pas de recruter des spécialistes des missions internationales. Texa Global Solutions (TGS), entité chargée des grands comptes et de l'activité internationale de ce groupe, dispose ainsi d'une équipe constituée d'une vingtaine d'experts expérimentés. « Qu'elles soient traitées par l'un de nos correspondants sur place ou directement par un expert français qui se rendra sur le lieu du sinistre, les missions que nous gérons au niveau international nécessitent de bien comprendre les spécificités locales, ainsi qu'un important travail de coordination, afin de produire une prestation répondant aux attentes de nos clients français », souligne Béatrice Grandury, responsable du département international de TGS.

S'associer à des multinationales de l'expertise permet en parallèle d'être missionné en France sur des dossiers provenant de l'étranger. Toutefois, cette formule implique de s'adapter au fonctionnement, aux outils et aux évolutions stratégiques de ses partenaires et offre donc peu de marges de manoeuvre.

Créer un réseau transfrontalier

+ Maîtriser la stratégie

- La structuration et l'animation du réseau

Au lieu de rejoindre une structure existante, certains ont préféré bâtir leur propre réseau. Il s'agit d'un travail de longue haleine. L'aventure VRS Adjusters, à laquelle a participé Michel Stagnara (lire encadré p. 30), a commencé en Europe dans les années 80, avant de devenir mondiale. Sélectionner des partenaires qui leur ressemblent, préserver l'esprit entrepreneurial, maîtriser la stratégie du réseau sont autant de raisons qui amènent des experts français à orchestrer des synergies au-delà de leurs frontières.

« Pour constituer une alternative aux structures anglo-saxonnes à l'international, notamment dans les pays émergents, nous avons noué des partenariats avec des acteurs locaux que nous sélectionnons en fonction de leur activité et de leur profil : des sociétés leaders, détenues par des personnes physiques, avec lesquelles nous pouvons maintenir des relations directes et auxquelles nous pouvons apporter des compétences sectorielles pointues », explique Ludovic Redier, président d'Erget, qui a fédéré ses partenaires au sein d'Erget Global Claim Services. « Nous coordonnons les activités et nous pilotons le développement du réseau à travers des hubs [plates-formes] régionaux animés par des salariés d'Erget », ajoute-t-il.

De telles initiatives nécessitent du temps et de l'énergie, mais également des moyens, afin de doter la structure des procédures et des outils qui lui permettront de remplir ses missions. En 2002, VRS Adjusters (dont sont membres Seri LWM et Naudet DB et A en France) s'est constitué en société de droit américain, dont les actionnaires sont les entreprises fondatrices. Parallèlement à ces géants se créent des réseaux plus informels via les relations commerciales que nouent les acteurs français avec leurs pairs à l'étranger. Engimo, filiale du groupe Prunay spécialisée en risques industriels, travaille avec des correspondants en Allemagne, en Autriche et en Belgique. Ces liens ouvrent certes des portes, mais ils ne suffisent pas à se doter d'une envergure mondiale.

S'implanter directement

+ Autonomie stratégique

- Un investissement difficile à rentabiliser

Ouvrir des bureaux à l'étranger est une option peu prisée. Issus de regroupements de libéraux et constitués en sociétés détenues par des experts, « les acteurs français ont eu, longtemps, des structures financières qui ne leur ont pas permis de mener des projets d'implantation à l'étranger », note Yves Legoux, de la CEA.

Hormis Saretec, qui dispose d'une filiale en Espagne, le groupe Prunay et Texa, présents au Maghreb, ou encore Naudet DB et A et Equad RCC en Afrique, rares sont les sociétés françaises installées à l'étranger. Au début des années 90, le groupe Texa a ouvert une filiale en Pologne, mais cette dernière a cessé ses activités il y a quelques années. « Une filiale à l'étranger ne peut pas vivre uniquement de l'activité provenant de la clientèle française, il faut aussi qu'elle se développe sur le marché local, ce qui implique de mobiliser des ressources importantes. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi de travailler avec un partenaire, Crawford », explique Philippe Donaint, directeur de Texa Global Solutions (TGS).

Face aux investissements qu'une telle aventure représente, certains intervenants optent pour des formules intermédiaires. Ainsi, Erget s'est associé à un groupe africain pour créer une coentreprise, Erget SCT Africa, qui intervient jusqu'au Moyen-Orient. De son côté, le groupement Union d'experts se lance dans la franchise pour évoluer à l'étranger (lire page 31).

S'implanter dans un autre pays nécessite aussi une connaissance pointue des spécificités locales de l'expertise. Acquérir une structure semble donc une option plus réaliste. Peu de rapprochements transfrontaliers se sont réalisés jusqu'à présent. Néanmoins, cela pourrait changer à l'avenir...

TROIS ACTEURS, TROIS APPROCHES

  • MULTINATIONAL, MAIS LOCAL CHRISTOPHE FOURNIAL, RESPONSABLE DU DÉPARTEMENT GLOBAL et INTERNATIONAL, CUNNINGHAM LINDSEY FRANCE

« Filiale d'un groupe international, nous nous appuyons sur une organisation, des procédures et des outils unifiés, avec la possibilité de mobiliser rapidement des ressources pour un sinistre d'ampleur et des compétences pointues pour des dossiers complexes. L'exercice du métier étant différent selon le pays, nous avons créé un département d'une vingtaine de personnes en France, dont dix experts (certains de formation anglo-saxonne), pour répondre aux attentes des clients français dans le cadre de leurs dossiers internationaux. »

  • FÉDÉRER DES ENTREPRENEURS MICHEL STAGNARA, PRÉSIDENT D'ADENES ET DE SERI LWM, COCRÉATEUR DU RÉSEAU VRS ADJUSTERS

« Face aux structures intégrées, VRS Adjusters s'est constitué à la fin des années 80 autour de sociétés indépendantes, avec pour objectif de mutualiser nos moyens tout en conservant une grande réactivité au niveau local. Européen à l'origine, le réseau s'est étendu dans 74 pays, en conservant cet esprit entrepreneurial et en développant des outils communs : base de données des procédures locales, contrôle qualité, systèmes informatiques pour la collecte et la transmission de données, etc. »

  • CONQUÉRIR UN MARCHÉ LOCAL JEAN-PAUL GALINET, DE SARETEC

« L'activité du groupe Saretec en Espagne a démarré en 2000 avec l'ouverture d'une agence et s'est développée ensuite avec l'acquisition d'une société spécialisée en expertise transports. Aujourd'hui, la filiale intervient pour le compte d'assureurs européens dans l'ensemble de la chaîne logistique. Ouvrir une filiale est une piste intéressante, à condition d'avoir suffisamment de matière à traiter au quotidien et d'être en mesure de prendre en compte les spécificités locales dans les domaines de l'assurance et de la réglementation. »

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