[DOSSIER] Réassurance 2/3

Quand la crise redistribue les cartes

Pour l'heure, le marché se reconfigure en douceur et continue de panser ses plaies en attendant des jours meilleurs... jusqu'à quand ?

Alors qu'au dehors les éléments se déchaînent, le calme plat règne sur le marché. Un an après son annonce, la fusion entre PartnerRe et Paris Re est aujourd'hui finalisée. « Nous avons pu nous développer à une période du cycle où la croissance organique était plus difficile à réaliser. Ce rachat nous a permis d'accélérer notre développement, de diversifier notre portefeuille, de renforcer nos équipes et de disposer de nouvelles implantations comme par exemple à Miami », se félicite son directeur général, Emmanuel Clarke. Propulsée numéro quatre du marché en termes de base capitalistique, la nouvelle entité prétend proposer aujourd'hui au marché « l'offre alternative dont il avait besoin ».

Cette reprise faisait suite à une autre, celle du rachat, pour 1,7 milliard de dollars, d'IPC Re par le Bemurdien Validus Re au cours de l'été 2009. Depuis, aucune autre fusion notoire n'est intervenue sur un marché de la réassurance qui connaît plutôt une phase de consolidation soft qu'une croissance externe agressive.

Concentration au sommet

La crise semble même surmontée pour le numéro deux du marché mondial qui peaufine aujourd'hui sa restructuration. Swiss Re est dans la dernière phase de rapatriement de nombre de ses activités à Zurich. L'implantation française de Swiss Re n'a pas été épargnée par ce plan d'économies globalisé au niveau du groupe, estimé il y a un an à 150 millions de francs suisses. Cette vague de suppressions de postes à Paris ou leur rapatriement en Suisse a concerné différentes activités comme l'informatique, la communication ou encore la comptabilité financière et technique, désormais centralisées à Zurich. Cependant, Swiss Re se défend de se désengager du marché français. Bien au contraire, comme le souligne Ivo Hux, directeur général de Swiss Re à Paris : « Nous avons renforcé nos équipes commerciales et maintenu la souscription des traités ou encore la gestion de sinistres à Paris, donc les fonctions sont en contact quotidien avec les clients. » Le marché français et ses spécificités sont en effet attractifs pour le deuxième réassureur mondial qui y voit des potentiels : « Il existe des champs de croissance tels que les risques récoltes, où nous sommes impliqués ou encore la dépendance. Le régime cat' nat' va lui-même subir des changements en connaissant un rôle accru du marché privé où nous sommes également très actifs ». Cependant, de façon plus générale, Swiss Re n'est pas totalement tiré d'affaire et il lui faudra du temps pour regagner le cran de notation supplémentaire dont il a besoin. « Nous sommes aujourd'hui au purgatoire et devons être patients ; notre sortie est certainement liée aux résultats de 2010, au rachat de notre dette à Berkshire Hathaway en 2011, et à la gouvernance de Stefan Lippe », convient Ivo Hux.

Le marché de la réassurance fait preuve d'une étonnante stabilité, alors que la concentration se poursuit. Comme le note l'Apref, l'Association des professionnels de la réassurance en France, les cinq premiers acteurs détiennent désormais la moitié des parts de marché et le poids des dix premiers a presque triplé depuis 1980, constituant 58 % du marché mondial. Un marché mondial qui s'est multiplié par deux en vingt ans pour atteindre 190 milliards de dollars, mais qui, depuis trois ans, reste étonnamment atone.

80 réassureurs

Aussi l'apparition pour la deuxième année consécutive d'une multitude de nouveaux réassureurs fait-elle figure de diversion. L'émergence de nouveaux réassureurs fait toujours suite à une crise, que l'on songe à la crise de la RC des années 80, à Andrew, au WTC ou à Katrina, qui ont chacun amené leur lot de Bermudiens et autres générations de réassureurs. Or, cette fois, il ne s'agit pas de crise mais d'une réaction à différents facteurs. Désormais, les Bermudiens ne sont plus seulement focalisés sur les cat' nat' et diversifient leurs activités, triplant leur mise sur le marché mondial à 9,1 % de parts de marché. Les réassureurs de la zone Asie-Pacifique s'imposent eux aussi, profitant des opportunités qu'offre à la réassurance un marché d'assurance local dynamique. Comme le note l'Apref, ces réassureurs sont parvenus à hisser en dix ans leurs parts de marché de 7,8 à 10,7 %. Quant à l'Amérique, l'érosion des réassureurs du Nord de 25 % en 1998 à 21 % dix ans plus tard s'effectue au profit du Sud du continent, où la libéralisation du marché brésilien crée un appel d'air. Et ce ne sont pas moins de quatre-vingts réassureurs, dont des entités régionales, qui se pressent sur un marché prometteur, alors que se préparent les JO 2016 et de la Coupe du monde de football (2014).

Parmi ces nouveaux acteurs du marché brésilien, Ariel Re a reçu l'agrément, au début de l'été, par l'organe régulateur Susep pour ouvrir un bureau à Rio de Janeiro. Thomas Rothenberger, responsable de la souscription, déclare : « Le Brésil est un marché important de l'Amérique latine, dans lequel nous sommes heureux de commencer des opérations. Nous sommes déjà en train d'identifier les opportunités dans le pays, mais aussi dans toute la région. » Les souscriptions seront suivies par le bureau de Zurich (Suisse). Deux nouveaux réassureurs ont vu le jour dans cette ville depuis le début de l'année.

Les petits bousculent les grands

Ces dernières-nées, Catlin et Amlin, émanations de la Lloyd's, ont trouvé pied sur le continent pour y développer des activités européennes où les réassureurs irlandais ont opéré une poussée avec 2,7 % de parts du marché mondial. Implantée jusqu'à présent dans dix pays européens, Catlin était principalement active en IARD. Elle est à l'exemple de ces assureurs qui, avec un capital suffisant, souhaitent se diversifier dans la réassurance, plus garante de stabilité que la finance. C'est ainsi que Tokio Marine a annoncé au début de l'été vouloir renforcer ses activités en réassurance avec de nouveaux bureaux en Suisse et en Australie. En Suisse toujours, peu avant Catlin, Amlin Re a été fondée à Zurich par Philippe Regazzoni, ancien membre du directoire de Swiss Re, rejoint par quatre managers du numéro deux mondial. Cette émanation de la société éponyme londonienne et bermudienne est destinée, selon ses fondateurs, à briser le monopole des grands réassureurs en Europe.

Le socle de la réassurance se morcelle en une multitude de petits acteurs, mais sans ébranler le monolithe des grands groupes. « Les petits créent plus les cycles que les grands, parce qu'ils nous lancent des défis ; mais nous avons appris à vivre avec eux !, lance Ivo Hux. À la différence que nous ne sommes pas prêts à jouer dans tous les cycles avec tout le monde ni à souscrire à perte dans certaines branches et certaines zones ! ». Autrement dit, ces nouveaux arrivants ne chambouleront pas l'ordre du marché mais l'inquiéteront juste ce qu'il faut par la surabondance de capacités qu'ils suscitent.

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