[DOSSIER] Climat 10/10

Quatre leviers pour maîtriser la charge climatique

Le poids croissant des événements climatiques pénalisent les résultats techniques des assureurs en MRH. Dans ce contexte, le secteur revoit son approche tarifaire du risque et réoriente sa politique de souscription.

Les assureurs auront eu la main lourde en matière de hausses tarifaires en 2015 pour la multirisque habitation (MRH). Entre 2 et 5% pour le gros des portefeuilles, et bien au-delà (de 5 à 10%, voire plus) pour les risques exposés aux aléas climatiques ou pour les contrats sous-tarifés. Les causes de ce rattrapage tarifaire sont connues. Depuis les tempêtes Lothar et Martin de 1999, la charge liée aux événements naturels plombe les résul­tats techniques. Avec un ratio combiné à 104% en 2013, les assureurs se heurtent à un marché de la MRH structurellement déficitaire, à l’exception de 2011 où le ratio combiné est ressorti à 99%. Pire, rien qu’en 2013, la fréquence des sinistres de la garantie tempête, grêle, neige (hors cat’ nat’) a bondi de 40%, soit la plus forte progression toutes garan­ties confondues cette année-là selon les chiffres de la FFSA. Un phénomène d’autant plus préoccupant que depuis trois ans, à l’intensité des tempêtes s’ajoute la récurrence de minicats’, dont la charge cumulée affecte lourdement les résultats et pour lesquelles les traités en réassurance ne sont pas déclenchés faute d’atteindre le seuil requis.

Dès lors, les marges de manœuvre des assureurs sont limitées. Certes, le tarif constitue le principal levier, mais tous n’y ont pas recours dans les mêmes proportions, selon que leurs stratégies sont centrées sur la conquête de parts de marché ou la rentabilité immédiate. Reste que la question du retour à l’équilibre technique ne saurait être uniquement tarifaire.

Voici quatre autres leviers :

1. Jouer sur la prévention

En France, le code des assurances prévoit deux régimes d’assurances obligatoires en matière de risque naturel : la garantie tempête, grêle, neige (TGN) et la garantie catastrophe naturelle. À la différence de la tempête, le prix de la garantie cat’nat’ est fixé par les pouvoirs publics de manière uniforme. Depuis le 1er septembre 1999, il s’élève à 12% des primes dommages du contrat multirisque habitation contre 5,5% en 1982. Ce taux est appliqué sur la cotisation hors taxes. « Une fois le coût du risque modélisé pour chacune des garanties du contrat MRH – incendie, dégât des eaux, vol, responsabilité civile, tempêtes... –, l’assureur applique un taux de 12% de la prime commerciale correspondant à du dommage », souligne Vincent Guien, responsable tarification du pôle IARD d’Actuaris. L’assureur, qui ne dispose pas de marge de manœuvre tarifaire sur ce taux fixé réglementairement, est tenu d’isoler au plan comptable les 12% de surprime encaissée. Conformément à la loi du 13 juillet 1982 qui crée le régime cat’ nat’ en France, la charge de sinistres est alors répartie en quote-part (50-50) en cas de survenance d’une catastrophe naturelle (inondations, sécheresse, raz-de-marée...), entre CCR, réassureur détenu par l’État, et l’assureur. Cette méthode de tarification est, depuis plus de dix ans, régulièrement remise en cause par les assureurs favorables au principe d’une modulation de la prime cat’ nat’ selon le degré d’exposition au risque et des efforts de prévention mis en œuvre par les assurés et les pouvoirs publics, comme cela est le cas au Royaume-Uni par exemple. Mais l’état reste attaché à la mutualisation du risque, craignant un désengagement progressif des assureurs dans les zones surexposées.

Une franchise modulable pour les sinistres récurrents
En cas de catastrophe naturelle, une franchise légale reste à la charge de l’assuré. Elle s’élève à 380 € pour les biens à usage d’habitation et non professionnels. La franchise est modulée à la hausse en fonction du nombre de constatations intervenues pour le même risque au cours des cinq dernières années précédentes. Elle est doublée au troisième arrêté de catastrophe naturelle (760 €), triplée au quatrième (1 140 €) et quadruplée pour les suivants (1 520 €).

« La modulation de la prime cat’ nat’ pour les particuliers est un faux débat », Laurent Montador directeur général adjoint de CCR catastrophes naturelles

« La modulation de la prime catastrophes naturelles peut avoir ses vertus pour les entreprises ou les collectivités locales, mais, en revanche, c’est un faux débat au niveau des contrats d’assurance dommages aux particuliers. La prime cat’ nat’ ne représente en moyenne que 20 € par contrat MRH. Dès lors, décliner le principe d’une modulation de prime sur des niveaux de prime aussi faible aurait peu d’effets d’incitation individuelle à la prévention ou à la protection contre un risque climatique. Pire, la gestion d’un tel système pourrait même s’avérer plus coûteuse en termes de gestion pour les sociétés d’assurance en contrepartie des bénéfices escomptés. Il est fondamental que le régime cat’ nat’ continue de reposer sur la solidarité nationale avec une large mutualisation. »

2. Sophistiquer la tarification du risque tempête, en employant une modélisation séparée

Fait surprenant, il n’existe pas de définition officielle, encore moins sectorielle, d’une tempête. Chaque société d’assurance précise la sienne dans les conditions générales des contrats. Le calcul du coût de la garantie tempête a longtemps été réalisé grossièrement. « Comme il s’agissait d’événements exceptionnels, les assureurs ne disposaient pas d’historique pertinent pour tarifer de manière précise. Par ailleurs, les montants engendrés n’étaient pas à l’origine d’une remise en cause des équilibres techniques de la branche, les bonnes années compensant les rares années sujettes à un événement de forte intensité.

Les garanties incendie, dégâts des eaux et vol concentraient alors la quasi-totalité de l’attention analytique », note Vincent Guien d’Actuaris. Problème : le tarif obtenu sur cette garantie n’était pas segmenté finement, peu en lien avec le risque sousjacent. Depuis cinq ans et face à la multiplication des événements climatiques de type tempête – Quinten (2009), Klaus (2009), Joaquim (2011), Dirk (2013) – et de similitudes en termes de trajectoires géographiques, cette garantie fait de plus en plus souvent l’objet d’une modélisation à part entière. « La modélisation repose de plus en plus sur une segmentation qui tient compte des critères du risque sous-jacent, tout en conservant une dimension de mutualisation importante, justifiée davantage par des enjeux commerciaux. Ainsi, les locataires comme les propriétaires d’appartements, peu exposés aux risques naturels, supportent financièrement une partie du risque des propriétaires de maison, qui concentrent à eux seuls près de 90% de la charge de sinistres », explique Vincent Guien.

L’équilibre technique n’est pas atteint sur les propriétaires de maisons. Un déficit toléré par les assureurs, selon Vincent Guien : « La plupart des assureurs acceptent d’appliquer des tarifs dégradés sur cette cible parce que le propriétaire de maison est un client à forte valeur ajoutée dont le niveau de vie le place plus facilement en capacité de souscrire d’autres contrats (auto, santé, assurance vie...) et se caractérise par une fidélité à l’assureur plus importante, enjeu majeur dans un contexte de concurrence accrue. »

« La maîtrise de la charge de sinistres passe par des mesures de simplification », Franck le Vall ois directeur de l’indemnisation chez Allianz France

« Au cours des années récentes, nous avons constaté une augmentation tendancielle du nombre des événements climatiques engendrant une hausse de la sinistralité. En réponse, il nous fallait une procédure adaptée, qui nous permette, en amont de l’événement, de mobiliser nos équipes ainsi que nos prestataires (experts, réparateurs...) et d’en informer nos agents généraux et nos clients. Pour cela nous avons conclu un partenariat avec Météo France afin de disposer d’informations et de prévisions météo en temps réel nous permettant de qualifier l’impact de l’événement en matière de dommages potentiels. En 2014, c’est plus de 1,5 million d’e-mails et SMS qui ont été envoyés à nos clients et agents généraux dans ce cadre. En aval de l’événement climatique, la maîtrise de la charge sinistres et la satisfaction client passent par la mise en œuvre immédiate de mesures adaptées : allongement des délais de déclaration, versement facilité pour les acomptes, rehaussement du seuil d’expertise et augmentation de la capacité d’intervention des réparateurs dans les zones concernées. Cette approche a fait la preuve de son efficacité au regard des retours clients. »

3. Utiliser la réassurance pour se prémunir du cumul de sinistres

C’est l’un des leviers à actionner en réponse à l’augmentation du risque de fréquence de sinistres liés à la tempête. À la différence du régime des catastrophes naturelles où l’on peut calculer sinistre par sinistre la part relative à CCR et celle relative aux cédantes, les événements de type tempêtes sont couverts de manière agrégée, la plupart du temps, par des traités en excédent de sinistre ou excess. « Ces traités se composent d’une priorité, charge conservée par la cédante, et d’une portée, à la charge du réassureur. Cette portée peut être illimitée, mais peut aussi faire l’objet d’une limitation. Dans ce dernier cas, l’assureur devra assumer le montant de charge excédant la somme de la priorité et de la portée », explique Vincent Guien. Jusqu’à présent, les assureurs pensaient être suffisamment couverts par leurs rachats en réassurance traditionnelle, avec pour principale variable d’ajustement leur niveau de rétention. Mais face à la récurrence de nombreuses tempêtes d’intensité assez faible dont les montants se situent généralement en deçà des seuils de déclenchement des traités, ces derniers ont revu leur stratégie. En l’espace de trois ans, ils se sont dotés de traités les protégeant de la fréquence des petits et moyens événements climatiques et non plus seulement contre l’intensité des catastrophes. Dès lors, une nouvelle appréhension des rétentions s’impose au sein des compagnies où les outils de type stop loss ou aggregate, spécifiquement tempête ou multipéril, ont le vent en poupe (lire glossaire). « Pour pouvoir maintenir des coûts de réassurance stable dans un contexte où les réassureurs sont eux aussi fortement impactés par la recru­descence des événements climatiques, il y a un équilibre à trouver entre ce qui est cédé aux réassureurs et ce qui est conservé par l’assureur en termes de coût du risque », avance Vincent Guien. Schématiquement, l’assureur teste l’impact d’une augmentation de la priorité, qui d’un côté allégerait le coût de la réassurance, mais qui de l’autre générerait une hausse de sa charge en cas de survenance d’un événement climatique. À noter que dans la modélisation tarifaire, le coût de la réassurance représente généralement entre 5 et 10% de la prime payée par le client.

Glossaire
  • Stop loss : traité de réassurance prévoyant que le réassureur prend en charge la part de l’ensemble des sinistres qui dépasse le ratio sinistres à primes du portefeuille concerné.
  • Couverture aggregate : couverture de la capacité cumulée du montant total de plusieurs sinistres ou événements. Elle induit généralement une notion de franchise cumulée ou additionnelle faisant intervenir la réassurance après un nombre de sinistres défini.

« La réassurance fait partie intégrante d’un éventail plus large de solutions », Philippe derieux, DG délégué d’Axa Global P&C et directeur réassurance du groupe Axa

« Dans un contexte d’accumulation de mini-événements climatiques, les couvertures de fréquence (stop loss ou aggregate) peuvent constituer de bonnes options pour couvrir le cumul de sinistres. À condition qu’elles ne se révèlent pas trop coûteuses. D’une manière générale, la réassurance fait partie d’un éventail plus large de solutions pour limiter l’impact d’une augmentation régulière de sinistres sévères et locaux, en parallèle à d’autres solutions telles que la politique de tarification ou la recherche de l’équilibre du risque brut avant cession en réassurance. »

4. Saisir l’opportunité du géocodage pour renforcer la surveillance de son portefeuille

Derrière l’effet gadget, l’essor des techniques de géocodage (méthode qui consiste à affecter des coordonnées géographiques, longitude et latitude, à une adresse) séduit des assureurs soucieux de gagner en visibilité sur leurs expositions. En l’absence de données historiques pertinentes en interne pour cartographier finement les zones à risques, ils se tournent volontiers vers ces outils de modélisation que leur proposent notamment les courtiers en réassurance. « En croisant les données de géocodage, les données d’urbanisme, de coûts de reconstruction et le portefeuille de l’assureur, il devient alors possible de déterminer le coût potentiel en cas d’événement climatique sur une zone et avec une intensité données », précise Vincent Guien. L’enjeu : assainir le portefeuille en limitant l’exposition dans la zone exposée à l’aléa climatique. L’apport de cette technologie vise ainsi davantage à réorienter la politique de souscription qu’exercer un impact direct sur la tarification des contrats. La course en tête sur le marché de l’habitation se disputera donc sur le niveau d’accès à l’information. « Le coût et la complexité de l’intégration des outils de géocodage font qu’à ce stade, seuls les leaders du marché sont dotés de moyens leur permettant d’influer sur leur politique de souscription pour limiter le risque inhérent aux événements naturels », rappelle Vincent Guien. De là à envisager d’individualiser le risque à la maison près, la tentation serait grande pour certains acteurs. Quitte à tomber dans l’écueil de la non-assurance pour des zones tendues à l’instar de Draguignan, cible d’inondations à répétition entre septembre et décembre dernier. Mais pas pour tout le marché. Certains continuent délibérément de souscrire dans les zones touchées au nom du principe de mutualisation auquel ils sont attachés dans leur gestion de portefeuille. Et misent sur d’autres leviers pour le pilotage de leur résultat technique.

« Un détricotage du principe de mutualisation n’est pas à l’ordre du jour », Floréal Sanchez, chargé de mission IARD du groupe Macif

« La récurrence des mini-événements climatiques nous préoccupe. Rien que sur l’exercice 2014, les charges liées aux événements climatiques ont représenté un coût de plus de 200 M€. Pour autant, un détricotage du principe de mutualisation au niveau du groupe Macif n’est pas à l’ordre du jour. Plus nous regarderons avec attention l’évolution de ces événements et de nos résultats, mieux nous anticiperons. Aujourd’hui, il n’est pas prévu que la Macif se livre à des calculs qui viseraient à exclure des sociétaires sur la base de leur localisation géographique. L’application de coefficients de majoration tarifaire non plus. En 2012, lors des débats sur le projet de réforme du régime des catastrophes naturelles, Gérard Andreck, alors président de la Macif et du Gema, s’est battu, parfois en opposition avec la FFSA , pour que le principe de mutualisation soit préservé. »

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Fourniture, livraison et gestion de titres restaurant pour le Centre de Gestion de ...

Centre Gestion Fonction Publique Territ.des P. Atl. Maison des Communes

18 août

64 - PAU

Services d'assurances pour la commune de Vinon-sur-verdon.

Ville de Vinon sur Verdon

18 août

83 - VINON SUR VERDON

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Quatre leviers pour maîtriser la charge climatique

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié