[DOSSIER] Assurance de personnes : les temps forts de Reavie 2016 7/8

Quel système de santé pour demain ? L’analyse de Claude Evin (REAVIE 2016)

Quel système de santé pour demain ? L’analyse de Claude Evin (REAVIE 2016)

L’ancien ministre de la Santé était le premier invité du débat de l’association REAVIE, qui s'est tenu jeudi 13 octobre. Avec des idées tranchées sur les enjeux du système de santé d’aujourd’hui… et de demain.

Claude Evin était l’invité d’honneur du 27e congrès REAVIE ce jeudi 13 octobre, en étant le premier intervenant à participer au débat de l’association REAVIE. L’ancien ministre de la Santé et ex-directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, désormais avocat, s’est prêté au jeu des questions/réponses avec les membres de l’association sur l’avenir du système de santé français, aux fondations chamboulées par la réglementation, le vieillissement de la population ou encore les nouvelles technologies.

(Photos : Claire Latour)

L’actuelle ministre de la Santé, Marisol Touraine, s’est réjoui de la prochaine fin du "trou de la Sécu", a introduit le président de l’association REAVIE Henri Laurent, alors que le déficit de la Sécurité sociale pourrait devenir un excédent à compter de 2018. Une «très mauvaise présentation» de la question des déficits sociaux, estime M. Evin : «Les dépenses de santé augmentent de 3 à 4% par an là où l’Ondam, pour 2017, n’est fixé qu’à 2,1%», laissant donc place à un horizon structurellement déficitaire. «Il n'y a pas de perspective de fin des régimes santé complémentaire, ce n'est pas économiquement envisageable» a-t-il également assuré.

Deux autres défis majeurs doivent être, selon M. Evin, bien intégrés avant d’imaginer l’avenir proche du système de santé français : les inégalités, bien plus sociales et territoriales qu’économiques, et la montée en charge des maladies chroniques – notamment les personnes souffrant d’affections de longue durée (ALD). «Leur prise en charge est complexe et nécessite une collaboration d’acteurs de différents types : or, aujourd’hui, le parcours de soins reste difficile à mettre en œuvre, notre système étant justement trop cloisonné entre ces acteurs».

«Tous les acteurs parlent beaucoup et régulièrement de prévention… mais peu en font !». La prévention, «parent pauvre des lois de financement de la Sécurité sociale», comme l’estime le président de Ciprés Assurances Laurent Ouazana ? Claude Evin n’analyse pas autrement la situation. Alors que l’impact des politiques de prévention est difficile à quantifier, avec des effets à long terme, les organismes complémentaires ont selon l’ancien ministre leur place dans leur déploiement, de même que les entreprises, les deux étant au plus proche des patients. Et avec des mesures moins généralistes qu’actuellement.

La problématique des données de santé a été soulevée par le directeur général du réseau de soins Carte Blanche, Jean-François Tripodi. «Deux secteurs sont régulièrement pointés du doigt dès qu’on touche aux données de santé : les assurances et les laboratoires pharmaceutiques,» note M. Evin, des intentions suspectes étant régulièrement allouées aux assureurs – Generali Vitality est l’un des exemples les plus récentes de cette crispation. Pas question toutefois, avec le big data et l’essor de technologies et algorithmes toujours plus efficaces, de négliger cet océan informationnel. «Les données de santé sont nécessaires à la construction des politiques de santé, pour tous les acteurs : ne pas s’en servir est frustrant !», a rappelé M. Evin. Et d’ajouter : «Je suis convaincu que les assureurs complémentaires jouent un rôle en matière de santé publique».

Le système de santé a besoin d’être «mieux ordonné», a souligné M. Evin, interrogé par le directeur général adjoint d’Axa Dominique Nadal sur la place des réseaux de soins : «nous aurons besoin de plateformes de services, notamment pour le traitement des maladies chroniques (…) C’est en tout cas un sujet qui s’imposera de plus en plus». Et si les syndicats de médecins sont toujours clairement opposés aux réseaux (et certains politiques), reconstruire la relation de confiance avec eux sera d’autant plus important, «en leur expliquant qu’ils ont des intérêts communs».
 

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