Quelle protection sociale pour les Français en 2025? (livre blanc Colombus Consulting)

Quelle protection sociale pour les Français en 2025? (livre blanc Colombus Consulting)
Marc Nabeth, Colombus Consulting

Colombus Consulting édite un livre blanc inédit sur l’avenir de la protection sociale en France, offrant une vision consolidée issue du témoignage, des analyses et des préconisations de 20 dirigeants* de groupes de protection sociale, sociétés d’assurance, mutuelles et entreprises de courtage. En cinq chapitres, le cabinet de conseil revient sur les enjeux que cette question sensible soulève, notamment la faiblesse de la prévoyance et les difficultés de financement de la dépendance.

 

Les pouvoirs publics n’ont pas souhaité s’associer à l’ouvrage. D’entrée de jeu, le manque de dialogue entre les acteurs du privé et les pouvoirs publics sur la question de la protection sociale des Français se fait criant. « C’est un premier éclairage », observe Catherine Hélaine, directrice générale de Colombus Consulting, qui a précisément voulu, en sollicitant l’opinion de 20 personnalités du monde de l’assurance* entre juin 2014 et février 2015, donner la parole aux industriels du secteur. Ecouter et retranscrire la voix de ceux dont dépendent vraiment  le fonctionnement et la pérennité d’un système qu’elle décrit, avec leur consentement, comme « illisible ».

Ce livre blanc dont l’Argus de l’assurance livre l’intégralité du contenu en exclusivité (cliquez ici pour accéder au document), c’est donc un peu le leur, mais aussi celui de Marc Nabeth, senior manager, qui a mené ces entretiens et Laurène Tallon, consultante chez Colombus Consulting qui l’a co-écrit avec lui. Pour ces experts qui ont découpé le sujet en cinq volets (fragilité du système / impacts des nouvelles règlementations / la dépendance / devenir du marché / révolution digitale), c’est aujourd’hui que se tracent les grandes lignes du système de protection sociale de demain.

L’enjeu citoyen

« J’officie beaucoup à l’international, explique Marc Nabeth, je suis intimement convaincu que la protection sociale est le garant de la démocratie libérale et que les assureurs jouent donc un rôle social et économique vital ». Il s’étonne, en matière d’état des lieux, de ce nouveau ‘french paradoxe’ qui veut que particulièrement bien couvert, le Français s’estime, en 2015, plus vulnérable que jamais. La faute à un système post-industriel datant de 1945 qui a (mal) vieilli. Le constat de son déphasage avec une société aujourd’hui sous tension démographique où hommes et femmes mènent de longues trajectoires de vie éclatées est unanimement posé.

D’après les dirigeants interrogés, deux visions sont ainsi défendues : la 1ère soutient l’idée selon laquelle notre modèle ne peut plus tenir, sur le plan financier comme de son efficience. « Mais il pose un risque politique majeur, d’où le choix de simples ajustements paramétriques, forcément insuffisants. Or, sans réforme, ce seront les FMI, BCE et Union Européenne qui finiront par imposer à la France un big bang », commente Marc Nabeth.La seconde vision met en avant la force de notre système, sa capacité de résistance à une crise financière 10 à 15 fois plus importante, « si l’on se réfère aux proportions de capital consacrées pour respecter les engagements», ajoute-t-il.

Santé, prévoyance et dépendance

Dans ce contexte, la mise en place du contrat responsable et la généralisation du tiers payant témoignent justement d’initiatives superficielles qui, selon les personnalités sondées, uniformisent la protection sociale, limitée par l’Etat dans ses réflexions au seul paramètre de la santé. La logique du plafond par l’encadrement des garanties ou du payeur aveugle que devient l’assureur privé révèle la mainmise du secteur public sur le sujet.

Secteur qui adopte une lecture horizontale, à savoir que les complémentaires n’interviennent qu’à hauteur de 14 % des remboursements, là où une lecture verticale montrerait une forte augmentation de la prise en charge des affections de longue durée par la sécurité sociale et donc des transferts massifs vers les complémentaires qui revêtent des enjeux impactants pour les assureurs.

Quant à l’Ani, « c’est une ombre portée qui cache des sujets plus structurants !, relate l’auteur du livre blanc, 96 % des Français disposent d’une protection sociale, ce n’était pas prioritaire, mais il est plus facile de s’occuper de la santé en politique qui concerne le quotidien de tous les Français que de la prévoyance ». Avec seulement 20 % de Français correctement couverts sur ce plan, c’est pourtant là que les acteurs du secteur identifient la vraie urgence. En corollaire, la dépendance pose question. Entre 4 et 8 millions de Français seraient directement touchés par celle d’un proche. « C’est l’impasse. Avec 1 200 euros de retraite moyenne mensuelle par Français et un coût des soins estimé entre 1 800 et 3 500 euros par mois adouci par une allocation personnalisée d’autonomie de 480 euros, nous sommes au pied du mur des réalités », argumente Marc Nabeth qui évoque les propositions formulées par les contributeurs de l’ouvrage :

 

  • Créer une 5ème branche au sein de l’Etat pour couvrir la dépendance (toutefois peu envisageable au regard du déficit actuel)
  • Développer l’auto-assurance
  • Inventer des produits à moins de 10 euros par mois…soit une vraie formule low-cost
  • Copier le modèle scandinave (il sous-tend une forme de mise en viager de son patrimoine financier ou immobilier à l’Etat contre une allocation à taux plein ou partiel)
  • Copier le modèle de Singapour qui prône le partenariat public-privé via la mise en place d’une assurance quasi-obligatoire au cahier des charges très précis
  • Inclure automatiquement les garanties dépendance dans la complémentaire santé comme en Israël (déjà développé par certaines mutuelles 45)

« Une position claire et précise de l’Etat serait la bienvenue », glisse donc l’expert de Colombus.

Concentration et privatisation

Autant de questions sur des fondamentaux de la protection sociale qui débouchent sur une seule interrogation : va-t-on vers une inéluctable privatisation de la prévoyance, de la santé et de l’épargne retraite ? Réponse : partiellement. « Nous pourrions assister à une privatisation cachée par l’effet du regroupement des acteurs », explique Marc Nabeth. D’ici 2020, il pourrait, en effet, ne rester que 20 mutuelles. Fini le mono-produit, bonjour la protection globale et le multi-équipement.

« Ces regroupements s’accompagnent d’un éclatement des idéologies actuelles. Ces futurs multi-spécialistes auront tous une vision similaire de ce que doit être un assureur  et l’ambition de couvrir l’assuré dans toutes les dimensions des risques », résume Laurène Tallon, consultante au sein du cabinet. Le dernier volet de l’ouvrage s’attarde donc sur la transformation digitale en cours, l’immixtion progressive des objets connectés (instrument de mesure, outil d’assistance…) et le changement de braquet à mener en terme de politique de ressources humaines (féminisation, rajeunissement…).  

Les pistes

Les assureurs interrogés proposent donc – avec des divergences  – pêle-mêle et entre autres, les pistes d’amélioration suivantes :

 

  • Devenir des agrégateurs de services et non plus seulement des payeurs de sinistre en personnalisant leurs offres, notamment grâce à l’apport des nouvelles technologies (télémédecine, domotique…),
  • Simplifier et rationnaliser leur système (moins de niveaux de couverture, meilleure lisibilité des contrats…) avec l’espoir, parallèlement, que l’Etat stabilise la règlementation,
  • Industrialiser leur processus et organisations pour réduire les coûts et les inefficacités internes,
  • Développer les réseaux de soins afin de sortir de la position de payer aveugle en aidant l’assuré à diminuer son « reste à charge » et d’optimiser l’équilibre technique et financier de leurs programmes d’assurances santé (+ 6 points minimum de ratio combiné seraient ainsi gagnés, mais l’efficacité de ces réseaux reste tributaire des niveaux de garanties définis),
  • Etre audible auprès des pouvoirs publics, à l’instar du lobby bancaire, pour démontrer la valeur ajoutée du régime complémentaire et cesser, à cette fin, de se disperser à travers de multiples fédérations (FNMF, FNIM, CTIP, GEMA, FFSA, AFA…),
  • Œuvrer à une meilleure articulation du régime obligatoire et du régime complémentaire via une nouvelle répartition des rôles entre les pouvoirs publics et le privé,
  • Responsabiliser et accompagner l’assuré en faisant montre de pédagogie, notamment au sujet de la prévoyance (finance assurantielle, offres, prévention…),
  • Partager les risques entre acteurs publics et privés selon une nouvelle segmentation  à définir (ex : risques circonstanciels pour les assureurs, génétiques pour l’Etat…),
  • Proposer de nouvelles couvertures liées à la fluctuation des revenus afin de lutter contre le risque de décrochage par une approche assurantielle la fois sociologique et technique,
  • Développer de nouveaux produits innovants pour financer la dépendance et la retraite
  • S’ouvrir à l’international


« Des bouleversements majeurs sont à attendre des progrès de la génétique et de la technologie médicale en général avec autant de risques d’anti-sélections que d’initiatives spectaculaires », exprime Marc Nabeth. Mais ça, ce sera demain.

*André Renaudin et Philippe Dabat (AG2R La Mondiale), Sylvain Coriat (Allianz), Philippe Barret (Apicil), Philippe Risbourg (Actil), Bruno Rousset (April), Didier Weckner (Axa France), Lucie Taleyson (Axa solutions collectives), Magaly Simeon (CNP Assurances), Stéphane Dedeyan (Generali), Sylvain Merlus (Groupama Centre-Atlantique), Bruno Céron (Harmonie Mutuelle/Kalivia), Isabelle Hébert (MGEN), Arnaud Boudesseul et Gustave Pelzer (MIIIR), Patrick Degiovanni (Pacifica), Frédéric Côme (SMIP- Macif), François-Xavier Albouy (Planet Guarantee), Edouard Bidou (Groupe Prevoir), Pierre-Alain de Malleray (Santiane) et Pascal Pigot (Uneo).
 

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