[DOSSIER] Les courtiers des principales entreprises françaises [...] 11/14

Radioscopie internationale : le risk management en quête de recon naissance au Maroc

Radioscopie internationale : le risk management en quête de recon  naissance au Maroc
Mountasser Fassi Fihri, président d'honneur de l'Association marocaine pour le risk management (Amrim)

La première génération de risk managers a introduit la culture du risque dans les grandes entreprises du pays, encore peu familières avec les enjeux de ce domaine. Réunis au sein d'une association professionnelle, ils veulent faire passer l'idée qu'une prise en compte des facteurs de risque peut être une source de valeur pour l'entreprise.

Été 2011, Khourigba, Maroc. La principale réserve de phosphate au monde s'embrase. Les tensions sociales font des dizaines de blessés et près de 50 millions de dirhams de dégâts (environ 4,53 ME). Pour éteindre les braises de la révolte, l'Office chérifien des phosphates (OCP), premier employeur de la région, promet la création de plus de 5 000 emplois, une formation à destination de 15 000 jeunes et un soutien aux porteurs de projet. Attablé dans un café chic de Casablanca, Mehdi Taam, responsable risk management à l'OCP, a participé à toutes les réunions de crise : « Nous avons été très impliqués dans la gestion de cet événement et l'élaboration d'un plan d'action. Depuis la création de la fonction il y a cinq ans, c'est la première grosse crise à laquelle nous avons été confrontés. »

De nombreuses entreprises sensibilisées

À l'image de Mehdi Taam, ils sont désormais quelques dizaines d'ingénieurs, diplômés d'écoles de commerce ou de troisième cycle d'économie à incarner cette première génération de risk managers marocains. En l'absence de recensement fiable, il est difficile d'estimer leur nombre exact. Peut-être 70, selon l'Association marocaine pour le risk management (Amrim). Dès sa création, en avril 2008, cette association s'est fixé pour objectif de promouvoir la nouvelle discipline.

Quatre années plus tard, le chemin parcouru semble énorme. « La plupart des grandes entreprises marocaines sont désormais dotées d'une cartographie des risques et de plans de suivi », détaille volontiers Kamal Sayah, vice-président de l'Amrim et directeur des risques opérationnels et du contrôle permanent de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG).

PAROLES DE RISK MANAGERS

Ils sont jeunes. Ils ont fait leurs études en France ou au Maroc et incarnent aujourd'hui cette première génération de risk managers en poste dans les grandes entreprises du royaume.

« UNE FINE CONNAISSANCE DE L'ENTREPRISE EST INDISPENSABLE AU RISK MANAGER DONT LA MISSION EST, À PARTIR DES CONNAISSANCES INDIVIDUELLES DE L'ENTREPRISE, DE CRÉER UNE CONNAISSANCE COLLECTIVE ET UNE CULTURE DE LA GESTION DU RISQUE. »

Mehdi Taam, responsable risk manager au sein du groupe OCP, leader mondial de l'industrie des phosphates (4 Mds$, soit 3,15 Mds€ de chiffre d'affaires en 2010)

« CHAQUE ANNÉE, LA SOMED ÉTUDIE DES DIZAINES DE PROJETS D'INVESTISSEMENT. STRUCTURER UNE DÉMARCHE D'ANALYSE DES RISQUES PEUT GÉNÉRER UNE ÉNORME VALEUR AJOUTÉE. »

Fatima-Zahra Jaidi, directeur audit interne et risk management à la Somed, société d'investissement (2 Mds de dhiram, soit 0,18 Md€ de chiffre d'affaires consolidé en 2010)

« NOUS BENCHMARKONS RÉGULIÈREMENT NOTRE DISPOSITIF DE GESTION DES RISQUES AVEC CELUI DE NOTRE ACTIONNAIRE MINORITAIRE, DANONE. JE RESTE PERSUADÉ QU'UNE MEILLEURE MAÎTRISE DES RISQUES EST UN ÉLÉMENT DE VALORISATION DE L'ENTREPRISE. »

Adil Benkirane, directeur audit et risk management à la Centrale laitière, acteur majeur de l'industrie laitière au Maroc (6,3 Mds de dhiram, soit 0,57 Md€ de chiffre d'affaires en 2010)

 

Développer de bonnes pratiques de gouvernance

Assimilé à un établissement public de crédit, la CDG détient 120 filiales, dont certaines bancaires. L'obligation de suivre le risque sur une base consolidée a accéléré, à la fin des années 90, le déploiement au sein du groupe d'un dispositif de contrôle et de suivi des risques. « Mais, au-delà de la pression réglementaire, la volonté de mettre en place de bonnes pratiques de gouvernance a également primé », insiste Kamal Sayah. L'enjeu est, il est vrai, de taille dans un pays à l'économie ouverte et qui multiplie les accords de libre-échange.

Comme à la CDG, cette volonté s'est exprimée dans de grands groupes, tel l'Omnium nord-africain (Ona), principal groupe industriel et financier privé du Maroc absorbé fin 2010 par la Société nationale d'investissement. Mountasser Fassi Fihri en a été le premier risk manager, et c'est d'ailleurs sous son impulsion que l'Amrim a vu le jour. Celui qui est désormais consultant à la tête de Decisio Consulting, cabinet de conseil et d'ingénierie spécialisé dans l'aide à la décision et le management des risques, distingue trois catégories d'entreprises dans lesquelles la mise en place de processus de gestion des risques a été accélérée. Il y a d'abord celles qui sont soumises à la pression réglementaire. À partir d'avril 2007, les directives se succèdent et concernent tour à tour banques, compagnies d'assurances, associations de micro-crédit et sociétés de Bourse. Désormais, toutes ont mis en place un processus de risk management. « Près de 70 % des entreprises qui se sont converties au risk management sont issues de ces secteurs », estime Mountasser Fassi Fihri. Mais, au-delà de la contrainte des directives, certaines entreprises dont l'activité est naturellement exposée aux risques - le secteur minier, le transport aérien ou la monétique, par exemple - ont également pris les devants. À l'image de l'OCP, dotée de cette fonction dès 2006. Enfin, la troisième catégorie de « bons élèves » concerne les entreprises qui, sous l'impulsion d'un management moderne ou de bailleurs de fonds soucieux de voir renforcer les règles de gouvernance au sein des sociétés dans lesquelles ils investissent, se sont intéressées à ce sujet.

DEUX QUESTIONS À...

Mountasser Fassi Fihri, président d'honneur de l'Association marocaine pour le risk management (Amrim)

« Promouvoir la culture de la gestion des risques »

Quels sont les objectifs poursuivis par l'Amrim ? L'association a été créée en avril 2008, réunissant dès le départ seize entreprises aussi bien du secteur public que du secteur privé et ne représentant pas exclusivement les intérêts des banques et des compagnies d'assurances. Le risk management étant une discipline nouvelle, l'objectif était alors de faire la promotion de cette culture de la gestion des risques dans les entreprises et de contribuer au développement de la discipline à l'échelle internationale. Quels sont aujourd'hui les projets de l'Amrim ? Au cours de la première année suivant sa création, l'association s'est montrée très active en matière de communication et d'organisation d'événements. Des partenariats ont été établis avec différentes écoles pour le développement de la certification ARM au Maroc. L'Amrim a également développé des liens avec l'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (Amrae) et la Fédération européenne de risk management (Ferma). À l'image de la fonction, qui doit encore s'affirmer, la vie de l'association a aussi connu quelques vicissitudes. Mais parce que l'intérêt pour cette discipline ne se dément pas, l'association doit se montrer à la hauteur et être capable de répondre aux attentes. Nous espérons que l'année 2012 marquera véritablement la relance de nos travaux.

 

Les PME s'y mettent

« Le vent est favorable », confirme Kamal Sayah. Signe supplémentaire, la mise en place depuis trois ans d'une commission prévention des risques au sein de la Confédération générale des entreprises du Maroc (Cgem), le patronat marocain. « Même les PME, qui représentent 85 % des entreprises au Maroc, se montrent plus sensibles à la gestion des risques. Cependant, il est nécessaire de trouver la bonne formule pour aborder cette problématique. Il est plus aisé de leur parler de risques opérationnels que de risk management », explique Mountasser Fassi Fihri.

Selon l'Amrim, trois familles de risques préoccupent actuellement les entreprises. La première est celle qui a trait au contrôle interne et à la fiabilité des informations financières. Les risques industriels - accidents du travail, incendie - constituent la deuxième catégorie. Enfin, les risques financiers, notamment ceux relatifs au crédit, sont également un sujet de préoccupation. « Rares sont cependant les entreprises qui traitent ces risques dans leur globalité », tient à souligner Mountasser Fassi Fihri. Car, il faut bien le rappeler, la fonction de risk manager au sein des entreprises est encore récente. Selon Kamal Sayah, « le grand défi est d'arriver à s'imposer comme un facteur de création de valeur, et non pas uniquement comme un poste de dépense supplémentaire au sein des entreprises ».

Le challenge est de taille, restrictions budgétaires obligent. Toutes les fonctions de contrôle sont examinées à la loupe afin d'éviter les doublons. Un défi que la première génération de risk managers marocains se montre incontestablement prête à relever.

LA RÉGLEMENTATION, UN FACTEUR D'ACCÉLÉRATION POUR LA MISE EN PLACE DE LA FONCTION

- 13 avril 2007 Une directive de la banque centrale du royaume, Bank al-Mahgrib, oblige les établissements bancaires à se doter d'un processus de gestion des risques.

- 26 août 2008 La Direction des assurances et de la prévoyance sociale (Daps), chargée de la réglementation et du contrôle des organismes d'assurances, édite une note circulaire à destination des compagnies d'assurances sur le contrôle interne et la gestion des risques.

- 16 septembre 2009 Une nouvelle directive de Bank al-Mahgrib porte sur les associations de micro-crédit.

- Janvier 2010 Le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) incite les sociétés de Bourse à se doter d'une cartographie des risques

 

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