Rapprochement Malakoff Médéric - La Mutuelle générale : la fin d'une idylle

Rapprochement Malakoff Médéric - La Mutuelle générale : la fin d'une idylle
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Le rapprochement entre Malakoff Médéric et La Mutuelle générale n’aura pas lieu. Si les interrogations sont réelles sur les causes de la rupture, elles le sont tout autant sur ses conséquences.

Le communiqué est tombé le 10 mai peu avant 20 heures. « Le conseil d’administration de l’Association sommitale de Malakoff Médéric a décidé de renoncer au projet de rapprochement avec La Mutuelle générale […] ». C’est le Medef qui a poussé à la rupture, soutenue par la seule CGT (lire ci-dessous). « C’est un immen­se gâchis », déplorait un représentant syndical, évoquant l’énergie et l’argent dépensés dans ce projet de rapprochement.

La Mutuelle générale (LMG) s’est contenté de quelques lignes le lendemain où elle écrit avoir « pris acte de la décision de Mala­koff Médéric ». Une décision qui réduit à néant près de quatre ans d’efforts de la mutuelle pour assoir son développement. Dès qu’il est apparu clairement que son rapprochement avec le groupe Mornay ne survivrait pas à la fusion de celui-ci avec D&O pour donner naissance à Klesia, La Mutuelle générale s’est enquise d’un partenaire solide. Son appel à candidature officialisé en 2013, la mutuel­le retiendra in fine, en septembre 2014, Malakoff Médéric au détriment de son homologue paritaire Huma­nis. « Je ne connais pas de groupe mutualiste qui ait suffisamment de fonds propres pour assurer un développement en prévoyance », justifie alors le président de La Mutuelle générale. Patrick Sagon est convaincu que la généralisation de la complémentaire santé va laminer les marges et qu’il n’y aura point de salut hors la diversification.

Et sur le papier, le projet a du sens. L’ensemble constitue un des premiers groupes d’assurance de personnes avec un chiffre d’affaires de quelque 4,6 Md€, réalisé auprès des entreprises et des particuliers. La taille critique nécessaire souhaitée depuis plusieurs années par le délégué général du groupe paritaire, Guillaume Sarkozy. Et plus qu’un mariage, il s’agit d’une allian­ce à trois puisqu’un partenariat est prévu avec La Banque postale, dont le réseau de proximité est envié.

Tension avant séparation

Seule ombre au tableau : les dirigeants. Beaucoup s’interrogent alors sur la capacité du président de La Mutuelle générale, Patrick Sagon, et du délégué général de Malakoff Médéric, Guillaume Sarkozy, à partager le pouvoir. Mais sur le front de l’assurance, le groupe de protection sociale est trois fois plus important que la mutuelle. Une réalité que traduit le protocole de rapprochement signé le 22 janvier 2015, qui énonce « 25 conditions suspensives » à remplir au plus tard le 31 décembre 2015. La Mutuelle générale détiendra seulement un tiers des sièges dans le conseil d’administration de la future Société de groupe d’assurance mutuelle (Sgam). Les deux autres tiers reviendront à Malakoff Médé­ric, répartis, paritarisme oblige, à égalité entre employeurs et organisations salariés. Ce vérouil­lage de la Sgam en charge de la stratégie du groupe n’empêchera pas pour autant la crise. Malgré les avertissements inter­nes, qui coûteront notamment son poste à Dominique Trébuchet, alors directeur général en charge des finances et des systèmes d’information de Malakoff Médéric, La Mutuelle générale a obte­nu beaucoup de postes-clefs. Président de la Sgam, Patrick Sagon fait parti des dirigeants effectifs. « Nous avons été trop gourmands », reconnaît un cadre dirigeant de la mutuelle.

« Chacun des deux pensait manger l’autre, et tout d’un coup Sarkozy s’est rendu compte qu’il était en train de se faire avoir », analyse un bon connaisseur du dossier. Après six mois de fiançail­les sans nuage, la belle entente a disparu. Et la tension va se cristalliser sur le choix du systè­me d’information, jusqu’au clash entre Guillaume Sarkozy et le directeur général délégué de la mutuel­le, Stanislas Bressange. Les partenaires sociaux repren­nent alors la main en catastrophe et découvrent un chantier qui ne correspond pas à la feuille de route de janvier. Considérant que son comportement met en danger le projet, ils décident fin novem­bre d’écarter Guillaume Sarkozy de la direction opérationnelle du groupe. Il reste une poignée de conditions du protocole à remplir, mais les deux parties sont obligées, par un avenant signé fin décembre, de se donner six mois supplémentaires pour réussir.

Dans une déclaration de janvier, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC et FO réaffirment « leur volonté commune de finaliser le rapprochement entre Malakoff Médéric et LMG ». Un groupe dit Massena, composé d’administrateurs des deux parties, est chargé d’aplanir les points de frictions : système d’information, politique commer­ciale, gouvernance... Mais pas de succès possible sans l’accord d’un Medef, de plus en plus hésitant. Et à mesure que l’échéance du 30 juin se rappro­che, le doute s’installe, jusqu’à ce fameux conseil d’admi­nistration du 10 mai, où le chef de file du patronat Bernard Lemée annonce l’opposition de son organisation à l’avenant n° 2 négocié par le groupe Massena.

Le communiqué publié par Mala­koff Médéric invoque un problème de calendrier au regard des contraintes imposées par Solvabilité 2. Mais les réels motifs semblent ailleurs. Est-ce la peur de perdre le contrôle du groupe dans la mesure où le patronat n’aurait détenu qu’un tiers des sièges dans la Sgam ? Ou alors une perte rédhibitoire de confiance envers les dirigeants mutualistes ? Certains voient dans cette ruptu­re l’influence au sein du Medef d’un monde de l’assurance peu favorable à la constitution d’un puissant concurrent…

Un autre mariage ?

Reste à savoir comment vont évoluer les relations entre les différents acteurs. Le communiqué laisse la porte ouverte à des discus­sions avec La Mutuelle générale, voire avec La Banque postale afin de « développer des coopérations commerciales ». Selon une déclaration commune des organisations syndicales, en date du 10 mai, le devenir du partenariat avec La Banque postale, concernant le développement en assurance santé et la gestion d’actifs (lire ci-dessus), est « une question primordiale pour l’avenir de Mala­koff Médéric ». Cela dit Mala­koff Médéric, désormais dirigé par Thomas Saunier, (lire L’Argus n° 7458) peut vivre seul : le groupe possède de solides fondamentaux, notamment en termes de fonds propres. La rupture avec La Mutuelle générale n’a fait que relancer les rumeurs quant à un rapprochement avec son homologue Humanis. Certains administrateurs patronaux seraient à la manœuvre. Mais ce scénario est loin de faire l’unanimité du côté des syndicats chez Malakoff-Médéric. « Ce n’est absolument pas notre plan B », lâche l’un d’entre eux qui rappelle au passa­ge qu’un tel ensemble dépas­serait très largement, en retraite complémentaire, la barre des 30 % fixée par l’Agirc-Arrco. La situation paraît plus complexe pour La Mutuelle générale. Sa problématique de diversification demeure entière, or les rapprochements avec les groupes paritai­res s’avèrent, à l’expérience, ardus et, par ailleurs, Patrick Sagon ne s’est pas fait que des amis au sein du monde mutualiste en expliquant privilégier les groupes de protection sociale pour leur professionnalisme. « Plus aucune mutuelle ne souhaite travailler avec lui », commen­te un responsable mutualiste. La solution pourrait venir du monde des mutuelles d’assurance, en quête de diversification sur l’assurance de personnes et en pleine recomposition : Macif et Matmut viennent à leur tour… de rompre leurs fiançailles !

Le « passage en force » du Medef

La décision de stopper le projet de rapprochement avec La Mutuelle générale n’a fait l’objet d’aucun vote du conseil d’administration de l’association sommitale de Malakoff Médéric, le 10 mai dernier. L’ordre du jour ne prévoyait qu’un point d’étape. Certes l’opposition affirmée du Medef et de la CGT au nouveau protocole négocié avec les administrateurs mutualistes condamnait le projet, mais certains syndicats favorables à la poursuite de la négociation ont vu dans le communiqué de rupture publié en fin de journée un « passage en force » du patronat.

Deux partenariats très structurants pour l’avenir

  • Depuis le 30 avril 2016, La Banque postale asset management (LBPAM) a totalement absorbé Fédéris gestion d’actifs, filiale de Malakoff Médéric. Lors de cette opération, le groupe paritaire est devenu actionnaire à hauteur de 5 % de LBPAM, 5e acteur français sur ce marché avec 177 Md€ sous gestion.
  • À la suite du partenariat en santé collective signé avec Malakoff Médéric et La Mutuelle générale, La Banque postale distribue, dans son réseau, depuis le 2 avril 2015, une offre à destination des TPE/PME. Dans le cadre de cet accord, Malakoff Médéric est entré à hauteur de 14 % au capital de La Banque postale assurance santé, rejoignant ainsi La Mutuelle générale (35 %) et La Banque postale (51 %).

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