[DOSSIER] Réassurance 2/3

Réassurance, le règne des géants

Réassurance, le règne des géants
tommasourbinati/GettyImages et l’Argus de l’assurance

Alors que la pression tarifaire se maintient et que la concurrence s’intensifie, les grands réassureurs les plus diversifiés tirent leur épingle du jeu. Le contexte difficile encourage les fusions-acquisitions et la concentration du secteur.

Lorsque ­l’environnement est hostile, les espèces qui survivent sont celles qui s’adap­tent le mieux. Et si la théorie de Darwin s’appliquait également au marché de la réassurance ? Plus concurrentiel, ­celui-ci subit à la fois des taux bas qui érodent les rendements ­financiers, et des tarifs baissiers en dommages qui pèsent sur la rentabilité technique, ce qui se ressent sur les ratios combinés. Une pression tarifaire qui devrait se poursuivre, en l’absence de catastrophes majeures (on ne connaît pas encore précisément les conséquences des cyclones Harvey et Irma) : lors des renouvellements du 1er juin 2017, les prix sont repartis à la baisse de 5,1 % selon l’index du courtier JLT Re.

Dans ce contexte, « les réassureurs, plus diversifiés en matière de lignes de business et de géographie, sont en meilleure position pour naviguer sur le cycle baissier que les réassureurs moyens, concentrés sur les risques d’assurance de biens », relève Lotfi Elbarhdadi, analyste chez Standard & Poor’s. Le numéro un mondial Swiss Re a ainsi décidé de se mettre en quête d’opportunités de croissance dans le secteur de la réassurance vie et santé, a annoncé son CEO lors de la présentation de ses résultats semestriels. Ses motivations paraissent limpides : cette division a vu son bénéfice croître de 4 % au premier semes­tre, tandis que celui de la réassurance de biens et de responsabilité (P&C) décroche de 37 %. Les stratégies des réassureurs deviennent « plus différenciées », relève Philippe Renault, PDG de Guy Carpenter France (lire interview p. 75).

Scor, numéro 5 mondial, bénéficie d’un positionnement spécifique aux États-Unis, où il ambitionne de regagner les parts de marché perdues en dommages dans les années 1990. « Les États-Unis sont aujourd’hui le moteur de notre croissance en P&C, confirme Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C. Nous avons l’ambition de nous positionner sur le marché américain comme le réassureur P&C de premier plan que nous sommes partout ailleurs. »

L’émergence de la réassurance alternative, capable d’offrir des prix très attractifs, peut conduire les assureurs à faire pression sur les tarifs. D’autant que « les cédan­tes constatent une bonne renta­bilité globale des réassureurs, et, en l’absence de sinistre significatif sur leurs secteurs, il est tout à fait ­naturel qu’elles maintiennent une exigence de baisse de tarif », ­estime Bruno Costes, ­directeur technique entreprise et réassurance d’Allianz France. Les ­acteurs de plus petite taille, ­spécialisés sur les risques catastrophes, pourraient donc se retrou­ver fragilisés par la concurrence des marchés financiers.

Philippe Renault, Président-directeur général de Guy Carpenter France
« Nous n’avons jamais été aussi proches de repositionnements stratégiques »

  • Depuis au moins six ans, les réassureurs évoluent dans un marché surcapacitaire, avec des prix orientés à la baisse. Comment s’adaptent-ils ?
    Jusqu’ici, le marché de la réassurance réagissait de manière plutôt homogène. Dans un contexte très concurrentiel, avec l’émergence de la réassurance alternative (NDLR : instruments financiers...) qui offre une capacité nouvelle, on observe désormais des stratégies de plus en plus différenciées et affirmées. Les réassureurs se retirent d’une branche donnée ou développent des activités très ciblées. Ils répondent aussi à la demande nouvelle des cédantes qui recherchent davantage de qualité dans leur couverture.
  • Est-on à l’aube d’un changement de modèle ?
    La difficulté aujourd’hui est de savoir ce qui pourra contenir la baisse tarifaire. Il est certain qu’elle ne pourra pas se prolonger indéfiniment, car les réassureurs ne pourront plus financièrement l’absorber. Cela va les conduire à repenser leur stratégie, car des activités rentables, hier, ne le seront plus demain. Cela devrait encourager les opérations de croissance externe et de fusions-acquisitions pour changer d’échelle et, donc, la consolidation du secteur. Nous n’avons jamais été aussi proches de repositionnements stratégiques.

Les gagnants et les perdants

« Les insurance linked securities (ILS) se développent, principalement sur des risques faciles à modéliser, tels que les ouragans aux États-Unis. Ils ne peuvent pas encore appréhender des risques plus complexes sans l’aide d’importantes équipes de souscripteurs, et ne peuvent donc pas concurrencer aussi facilement les réassureurs traditionnels sur ces risques », ­explique Graham Coutts, analyste chez Fitch ­Ratings. « Le modèle du réassureur se contentant d’ap­porter uniquement de la capacité financière est dépassé », acquiesce Lotfi ­Elbarhdadi de Standard & Poor’s.

Pour les réassureurs de taille moyenne, il est donc urgent de se diversifier, sous peine de se voir rayer de la carte. « Willis Re a été sollicité par les réassureurs bermudiens pour les accompagner dans une démarche de diversification. Ils s’ouvrent à la souscription de branches longues. Cela s’est récemment traduit par une entrée plus significative de ces acteurs en Europe, par exemple sur le marché automobile », témoigne Thierry Myara, directeur général de Willis Re à Paris. « C’est un peu la guerre d’usure aujourd’hui. Dans ce marché plus fragile et plus fragmenté, il y aura des gagnants et des perdants. Les réassureurs de taille moyenne sont dans une position difficile, car ils ont les mêmes coûts que les grands, mais ne bénéficient pas des mêmes ­économies d’échelle », juge un acteur du secteur.

Fusions-acquisitions

Les réassureurs du tier 2 optent de plus en plus pour la croissance externe et le rapprochement avec d’autres acteurs. La vente du ­Bermudien Catlin à l’Américain XL Group en 2015 a ainsi permis de constituer un groupe diver­sifié, qui se hisse aujourd’hui au 15e rang de la réassurance mondiale (voir ­tableau p. 72). Au cours des dix-huit derniers mois, on a recensé pas moins de 22 Md\$ d’opé­rations de fusions-acquisitions. Le Japonais Sompo s’est offert le Bermudien Endurance en mars pour 6,3 Md\$. En juillet, c’était au tour du Canadien Fairfax de ­racheter le Bermudien Allied World pour 4,9 Md\$. La concen­tration est-elle inéluctable ? « L’enjeu pour le tier 2 est de grossir et de rejoindre le tier 1 », analyse un connaisseur du marché. Dans ce marché à la physio­nomie chan­geante, les grands réassureurs ne sont pas non plus épargnés par les secousses ­tarifaires. Plutôt que de se plier à la pression des cédantes, ils font valoir leur expertise. « Nous réservons notre capacité et nos services pour les clients qui sont prêts à débourser le prix idoine », assure Walter Eraud, directeur général de Swiss Re France. Avec l’entrée en ­vigueur de Solvabilité 2 qui pousse à une gestion plus fine des risques et les exigences ­accrues d’optimisation du capital, « les cédantes achètent plus intelligemment », relève un autre réassureur. Finies les « couvertures sleep ­easy », achetées par habitude. Les demandes deviennent plus sophistiquées, nécessitant du cas par cas.

Centré sur le client

« Avant, la réassurance était ­perçue comme une branche autonome permettant de protéger le bilan. Aujourd’hui, sous Solva­bilité 2, la réassurance est un des leviers dont dispose la direction générale et elle est intégrée dans sa stratégie », explique Walter Eraud.

Les grands réassureurs réinventent donc la relation avec les cédantes, misant sur une approche client centric . « Aujourd’hui, une part grandissante des réassureurs raisonne en termes de clients, et non plus de tranches ou de program­mes de réassurance. Ils ­regardent leur relation élargie sur l’ensemble des affaires conclues ensemble », souligne Thomas Kroely, membre du comité de direction de Willis Re Paris. « La plupart des réassureurs disposent désormais d’un account executive dédié à Axa qui traite l’ensemble de nos programmes et anticipe nos besoins », témoigne Guy Van Hecke, responsable de la réassurance d’Axa Global P&C. Le début d’un nouveau modèle ?

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