La réassurance face aux scénarios de l'extrême

Ouragans, tremblements de terre, inondations, attaques terroristes nucléaires : les cédantes etles réassureurs ne font pas que se donner des frissons. À l'invitation du courtier Willis Gras Savoye Re, ils revoient leur anticipation de ces risques extrêmes.

« Gérer l'avenir au présent » : ce programme de réflexion proposé le 6 septembre par Willis Gras Savoye Re, l'un des principaux courtiers mondiaux en réassurance, entendait permettre aux assureurs et réassureurs d'anticiper sur les conséquences des risques extrêmes et de leur impact financier. « Il y a trois ans, nous avions déjà évoqué les risques d'inondations et le terrorisme. Nous avons noté depuis cette date de nombreuses évolutions », observe Luc Malâtre, directeur général de WGSRE.

Les évolutions ne concernent pas seulement la recrudescence des catastrophes naturelles et humaines de ce début d'année. L'environnement financier, avec la survenue de la crise et bientôt l'application de Solvabilité 2, change lui aussi la donne dans bien des domaines. L'Apref (Association des professionnels de la réassurance en France) a également fait allusion à ce nouvel environnement dans la récente édition de son livre blanc sur la réassurance du terrorisme en France.

Le défi posé par le terrorisme nucléaire

Moins présent dans les esprits que les grandes catastrophes naturelles ou les défaillances humaines à grande échelle comme le naufrage de la plate-forme Deepwater Horizon, le terrorisme nucléaire ne représente pas moins un risque extrême. Le sommet de Washington, en avril dernier, l'a même défini comme principale menace pour les pays développés. Raison de plus pour les assureurs et les réassureurs, qui ont accompagné le développement de la filière nucléaire depuis les années 1950, de se pencher sur une extension du Gareat à toutes les branches et une mutualisation globale entre tous les assurés et la branche spécifique terroriste. Ce dispositif présenterait pour les cédantes et leurs réassureurs une meilleure garantie (couverture du bilan avec une seule rétention) et une meilleure sécurité (primes en réserve et encadrement des indemnisations). Car les besoins sont importants. Ainsi, une attaque sur une installation nucléaire, identifiée par l'Apref au rang des quatre scénarios possibles - et déjà vécue en France à Creys-Malville en 1982 - causerait 200 Md$ de dommages. Une bombe artisanale, de 100 à 300 Md$. Quant aux deux autres scénarios - la confection d'une bombe nucléaire à partir d'éléments subtilisés et l'utilisation d'une bombe nucléaire volée -, ils provoqueraient des dégâts de l'ordre de 800 Md$ sur une ville comme New York. Et qu'on ne taxe pas l'Apref de catastrophisme. L'IAEA (l'Agence internationale de l'énergie nucléaire) a recensé plus de 2 000 incidents (vols de matériaux fissiles) depuis 1993. D'où l'urgence pour François Vilnet, président de l'Apref, « d'une coordination commune au niveau de l'Europe ».

Cinq millions de Français menacés par les inondations

Le Lloyd's s'est lui aussi lancé dans la rédaction d'une combinaison de 17 scénarios basés sur des catastrophes naturelles et humaines (maritimes, satellites, politiques, tempêtes, ouragans...). Cette compilation devrait permettre d'élaborer des tests sur la résistance du marché aux sinistres majeurs dans ce secteur. Pour Paul Nunn, directeur du management exposition aux risques, « ce cadre standardisé fournit un outil mettant en évidence la concentration des risques et constitue un standard de stress tests pour les investissements en capitaux ». À cette approche déterministe, WGSRE a préféré un modèle stochastique appliqué à une méthode de modélisation hydraulique 2D des crues. « Trente pour cent des communes françaises sont soumises aux inondations, soit 5 millions d'habitants concernés », rappelle Emmanuel Figuereau, directeur analytique chez WGSRE pour justifier l'analyse de vulnérabilité des sites en débit et en hauteur de submersion permettant « aux cédantes d'optimiser leurs stratégies de couverture et aux réassureurs d'améliorer la structuration de l'offre ».

Dans un tout autre registre, Axa a axé ses investigations sur les risques opérationnels selon une définition conforme à celle de Solvabilité 2. L'assureur français a défini un canevas se différenciant de l'appréhension des risques dommages et financiers par son champ d'action (litiges avec les actionnaires, grève, risque pandémique, attaque terroriste à Paris, litiges avec les autorités antitrust, sabotage informatique...)

Les cat' bonds appelés à la rescousse

Face à la multiplicité de ces menaces, les réassureurs recourent de plus en plus à un transfert des risques aux marchés financiers. Ce procédé leur permet de repousser les frontières de l'assurabilité et réduit le risque de contrepartie du réassureur. Reste à savoir si, comme le remarque Jean-Marc Radureau, directeur de Munich Re France, « ces ILS (Insurance Linked Securities)(1) sont une alternative ou une diversification de la réassurance traditionnelle ».

À en croire l'article 101 (5) de la directive de Solvabilité 2, elles trouvent en tout cas leur place : « Les entreprises d'assurance et de réassurance tiennent compte de l'impact des techniques d'atténuation des risques lorsqu'elles calculent le capital de solvabilité requis ». La réassurance ne serait donc plus le seul instrument de lissage des résultats et elle peut être complétée par des techniques de titrisation et des produits dérivés. L'autorité de contrôle prudentiel (ACP) s'est penchée de manière plus générale sur la prise en compte des catastrophes dans Solvabilité 2, et notamment sur les moyens de modéliser ces risques. Or la directive, dans le cadre de QIS5 (cinquième et dernière étude quantitative d'impact qui s'achèvera fin octobre), exige que les expositions soient connues à une très petite échelle (département). La charge « catastrophe » se calcule tout d'abord sur la base de scénarios « bruts » de réassurance, auxquels sont appliqués au cas par cas un programme propre conduisant à un scénario net. Cela afin d'obtenir une simulation des traités. Mais le procédé n'échappe pas à la complexité. Il existe, comme l'observe Laurent Voignac, chargé de mission à l'ACP, quelque 163 000 coefficients de corrélation !

1. Les cat' bonds en sont le modèle le plus connu, avec actuellement 12 Md$ en capacité de cat'nat'. Le volume de nouvelles émissions cumulé en 2010 s'élève à 2,4 Md$.

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