[DOSSIER] Catastrophes et réassurance 2/5

Les catastrophes changent de nature, la réassurance retrouve la sienne

Les événements climatiques extrêmes et fréquents ainsi que les catastrophes du fait de l'Homme placent la réassurance face à de nouvelles inconnues, l'obligeant à recouvrer pleinement son rôle de stratège et de pilote.

Ya-t-il un « après-Fukushima », comme il y a eu un « après 11-septembre » ? La catastrophe qui a secoué le Japon au mois de mars 2011 a, de toute évidence, provoqué un nouveau paradigme dans le marché de la réassurance. Car au-delà de la menace nucléaire, le tsunami a soulevé une vague de dommages dont le marché ignorait jusqu'alors l'existence : des pertes d'exploitation et autres carences fournisseurs survenues dans le sillage de l'événement. Aujourd'hui, la corrélation entre les catastrophes naturelles et industrielles n'est plus à prouver. Derrière cette prise de conscience, la notion de catastrophe elle même a pris de nouveaux contours que les réassureurs s'appliquent à redéfinir.

À chaque mutation, une réponse appropriée

Élargissement du spectre des catastrophes La réassurance appréhende sa souscription non plus par risques mais par territoire et par branche. Interconnexion des risques Les réassureurs et les courtiers améliorent la qualité de leurs données clients. Absence de sinistralité et d'historique en cat terroriste et cat pandémie La modélisation privilégie l'approche par scénarios. Catastrophes du fait de l'Homme (man-made disasters) Les différents maillons de la chaîne de risques doivent être identifiés et répertoriés. Fréquence des événements Les réassureurs et les courtiers mettent au point des produits spécifiques de protection contre le cumul de risques.

Modélisation tous azimuts

  • Au fur et à mesure que le spectre des catastrophes s'élargit, la modélisation recule ses champs d'investigation. Le caractère très localisé des cat' ainsi que leur interconnectivité réclament une modélisation de plus en plus affinée et une méthodologie appropriée au type d'événements, de telle sorte que réassureurs et courtiers en réassurance différencient leurs outils de probabilité et de survenance.
  • Guy Carpenter a mis en place une modélisation de type géocoding, avec des scénarios jour/nuit permettant aux cédantes d'identifier de façon plus précise leurs expositions. Après les tremblements de terre, puis Icare, dédié aux risques industriels (lire l'Argus de l'assurance N° 7309 du 19 avril), Aon Benfield France publiera, à la fin de l'été, son développement « vents Europe ».

Approche par scénarios

« Pour une entreprise d'assurances, un accident d'avion peut avoir un impact significatif en termes de résultats. C'est pourquoi nous aidons les cédantes à identifier leur exposition aux catastrophes quelle que soit leur nature », expose Franck Pinette, CEO de l'activité vie européenne chez Guy Carpenter. Le risque pandémie, qui fait l'objet chez ce courtier en réassurance d'approches par scénarios, figure également au rang des catastrophes. « Au-delà du seul risque décès, c'est tout un tissu économique qui peut être paralysé par une pandémie », confirme Marcel Kahn, directeur général du groupe MACSF, spécialisé en risques médicaux.

Redimensionner le risque

La modélisation n'est pas étrangère à cette évolution dans la prise en compte des risques cat'. Aussi, qu'ils concernent les risques industriels ou une rupture de barrage rongé par la maladie du béton, les modèles mettent à jour les divers maillons de la chaîne de risques. Jusqu'au terrorisme. « Les " catastrophes du fait de l'homme " sont traitées dans le Livre vert de la Commission sur les catastrophes au même titre que les cat' nat'. Elles demandent cependant un traitement à part, n'ayant pas les mêmes fréquences, sévérité et surtout conséquences », constate François Vilnet, président de l'Association des professionnels de la réassurance en France (Apref). Et d'ajouter qu'en matière de risques technologiques ou politiques, « les modèles ont du mal à mettre à jour les divers maillons de la chaîne de risques ». Dans ce contexte, le nucléaire émerge à nouveau au registre des catastrophes. Avec un caractère d'urgence, puisque la Cour des comptes a souligné, dans son rapport de janvier 2012, une couverture de ce risque insuffisamment dimensionnée et structurée.

Des spécialistes du renseignement

Face à l'élargissement et à la complexification du spectre des catastrophes, le marché adapte son approche et affûte ses outils de souscription. « Déjà, l'après-Fukushima avait donné lieu à des renouvellements étonnamment contrastés entre les régions touchées et le reste du monde. La réassurance est aujourd'hui à la diversification par territoire et par branche », confirme Catherine Bourland, directrice générale d'Aon Benfield France. Et de relever qu'en tant que courtier, une anticipation sur ces réactions dissociées du marché s'impose plus que jamais. Emmanuel Clarke, directeur gé-néral de PartnerRe, note, lui aussi, que « l'impact local joue prioritairement sur les redres-sements tarifaires. Une chose est sûre, si impact des inondations de ce printemps il y a, il aura des effets par branches, voire par cédantes ».

Stephan Knipper, PDG d'Axis Re, confirme aussi cette approche différenciée du risque cat' : « La Thaïlande et la Nouvelle-Zélande ont mis en évidence le manque de données clients de qualité. En Europe, grâce à la modélisation et à la qualité de nos données clients, nous pouvons affiner notre approche, telle une horloge suisse. »

Les cédantes, très demandeuses, jouent le jeu. « Les membres de notre syndicat professionnel appellent à plus de différenciation en fonction des risques et souhaitent un accord sur la liste des phénomènes naturels éligibles. Ce n'est pas seulement une question de tarification. Cette démarche vise également un travail de prévention », déclare Marcel Kahn, en tant que président de la Réunion des organismes d'assurance mutuelle (Roam).

De nouveaux territoires

La discipline, voire la maturité, dont fait preuve l'ensemble des acteurs est d'autant plus remarquable que le marché se trouve en situation de surcapacités. Tout au moins en ce qui concerne les risques catastrophes identifiés comme tels. Alors que la titrisation bat son plein (voir tableau) les nouveaux venus tels Peak Re, Golf Re et particulièrement Q-Re caracolent sur les marchés catastrophes traditionnels avec pour ambition de se mesurer aux réassureurs historiques.

Cependant, il serait faux d'affirmer que ce marché surcapacitaire est saturé. La nouvelle approche des catastrophes dévoile des pans de marché encore inexplorés. En témoigne André Arrago, membre du directoire d'Hannover Re : « Le Japon pourrait se réassurer davantage en zone de pointe, et en Californie il serait possible d'étendre les achats de réassurance en risques de tremblements de terre. Il en est de même pour les mégacités comme Pékin ou Shanghai, où les risques d'inondations devraient être mieux couverts. » Et d'enchaîner : « L'Asie est de manière générale le secteur le moins réassuré, alors que c'est le continent le plus exposé aux catastrophes naturelles. » L'analyse est partagée par Swiss Re, qui vient d'annoncer vouloir forcer son expansion sur ce continent, n'excluant pas des opérations de croissance externe.

Cette sous-couverture en réassurance n'est pas que géographique, ni propre aux cat' nat'. Elle touche également les autres types de périls : risques industriels ou pandémie. Du reste, la carence en réassurance est aussi d'ordre structurel. Ainsi, si le risque de pointe semble bien maîtrisé, particulièrement en Europe, le cumul des sinistres demeure le talon d'Achille des cédantes, car il affecte directement leur rétention.

Maîtriser la fréquence

Conscient de ces besoins, le marché élabore des solutions. Ainsi, Guy Carpenter a mis au point un produit - nom de code Phoenix - non pas dédié à un péril spécifique, mais au risque de récurrence lui-même. « Le but est de concevoir une réassurance simple et de court terme (douze mois). Ce délai a un intérêt manifeste pour les cédantes puisqu'elles ont ainsi la démonstration immédiate de l'efficacité de la réassurance », décrit Philippe Renault, PDG de Guy Carpenter France. Et de préciser : « Cette couverture des risques de fréquence peut être très utile par exemple dans la branche auto, lors d'hivers très froid avec du verglas. Nous avons beaucoup travaillé sur les recherches des nombreuses corrélations possibles. » Une approche plus que jamais d'actualité. La fréquence des risques de moyenne intensité vient à nouveau de se vérifier au cours de ces six dernières semaines, avec le déferlement sur l'Europe d'inondations, de tornades, de grêle et même de tremblement de terre.

" " Philippe Renault, PDG de Guy Carpenter France

L'aggiornamento thaïlandais

  • Si l'Allemagne s'interroge sur l'opportunité d'une assurance inondation obligatoire, la Thaïlande a tiré les leçons de ces catastrophes qui avaient révélé l'écart entre la valeur assurée des biens et leur valeur réelle, dopée par la croissance du pays. « Le niveau des risques pris n'avait pas été calculé. Les traités ne comportaient pas de plafonnement de limite par événement. Ce qui revenait à une souscription de chèques en blanc ! », décrit Stéphane Pallez, PDG de CCR.
  • Les grands réassureurs n'ont pas fait faillite, mais cela a mis certains assureurs ou réassureurs locaux en situation délicate. « Les plus gros acteurs travaillent aujourd'hui à des systèmes de mesure de leurs risques par région, un mode d'appréhension du cumul de leurs risques », constate Stéphane Pallez.

La couverture des risques de fréquence peut être très utile dans la branche auto, lors d'hivers très froid avec du verglas.

Philippe Renault, PDG de Guy Carpenter France

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Prestations de services en assurances.

Ville de Caluire et Cuire

19 mai

69 - CALUIRE ET CUIRE

Prestations de service d'assurances diverses

Ville de St Gervais les Bains

19 mai

74 - ST GERVAIS LES BAINS

Prestations d'assurance.

Centre hospitalier Pierre Oudot

19 mai

38 - BOURGOIN JALLIEU

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Les catastrophes changent de nature, la réassurance retrouve la sienne

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié