[DOSSIER] Le régime catastrophes naturelles 2/3

Les raisons qui font craindre la hausse des tarifs

Les raisons qui font craindre la hausse des tarifs
AFP IMAGEFORUM Le premier semestre 2011 a été marqué notamment par le tsunami au Japon
Fragilisés par les catastrophes en série de ce début d'année, les réassureurs n'en détiennent pas moins toutes les ressources financières et techniques nécessaires pour continuer d'offrir toutes les capacités au marché. Plus que jamais, la saison cyclonique ou toute autre catastrophe supplémentaire sont considérées comme éléments déclencheurs susceptibles de provoquer un retournement du marché. Revue des motifs poussant à la hausse des tarifs.

L'Asie donne le la

Les premiers renouvellements de l'année l'ont clairement signalé. « Au Japon, les tarifs cat' nat' ont augmenté de 60% en moyenne. Cependant, certains Japonais ont demandé à ne renouveler qu'au 1er juin, voire au 1er juillet, afin de pouvoir revoir les conditions », déclare André Arrago, membre du directoire d'Hannover Re, qui doit déjà faire face à une ardoise de plus de 600 M€. Comme au pays du Soleil-levant, les cédantes australiennes et néo-zélandaises, à court de couverture, ont eu recours au pay-back. En effet, n'étant pas illimitées ni prévues pour deux événements, leurs capacités se sont vite trouvées épuisées. Dans ces régions, les augmentations de prix se situent entre 50 et 75%.

Après deux ans de baisse, le rebond

Index des prix purs catastrophe de guy carpenter (base 100 = 1990),

principaux événements ayant entraîné des hausses de tarifs

et montants des dommages assurés (en milliards de dollars)

À chaque événement important a suivi une hausse des prix.

Compte tenu des catastrophes du premier semestre 2011,

les tarifs devraient donc repartir à la hausse

Les États-Unis lui emboîtent le pas

Ces successions de catastrophes auront un effet ricochet sur l'Europe. Cependant, comme le remarque Bruno Costes, directeur de la réassurance d'Allianz France, « on peut imaginer que les couvertures tremblements de terre et inondations augmentent lors des renouvellements en Europe, mais dans une moindre proportion que ce qui a été observé au Japon. L'étalement géographique et dans le temps contribuera à effacer cette sinistralité du début d'année ».

Toutefois, l'impact psychologique de ces événements est indéniable. Ce facteur pèsera sur les renouvellements aux États-Unis et en Europe. « Les tendances tarifaires ont nettement changé en mai, en juin et au début juillet. Aujourd'hui, nous pouvons parler d'un point d'inflexion ; la réaction du marché est claire. Cela s'explique tout d'abord par le fait que, psychologiquement, les marchés répondent toujours à une certaine peur et, cette année, l'adage enough is enough est clairement exprimé », note Emmanuel Clarke, directeur général de PartnerRe, qui souligne que « les événements au Chili et en Nouvelle-Zélande l'année dernière, puis au Japon, en Nouvelle-Zélande, en Australie, et plus récemment les tornades aux États-Unis cette année, ont bien sûr eu un impact sur la rentabilité des acteurs du marché ».

LA MODÉLISATION TIRE AUSSI LES TARIFS VERS LE HAUT

Le tsunami au Japon tout comme le tremblement de terre à Christchurch ont échappé aux modélisations. Les programmes de réassurance n'avaient pas été calibrés pour des événements d'une telle amplitude. Les failles des systèmes vont-elles entamer la confiance du marché ? Ainsi, un réassureur qui tient à garder l'anonymat relève que, sur le portefeuille français, un modèle RMS indique plus d'exploitations agricoles à Paris intra-muros qu'en Corse ! Hormis cette méfiance, il n'en reste pas moins que les prochains modèles devraient pousser le curseur des tarifs vers le haut. La version 11 du modèle RMS vient d'ailleurs de sortir aux États-Unis, avec à la clé une réévaluation à la hausse de la sinistralité. Quelle que soit la crédibilité que le marché lui accorde, elle ne pourra que conforter la tendance haussière des prix de la réassurance.

Reconstituer le trésor de guerre

Les années se suivent, mais se ressemblent moins. En 2010, les réassureurs, recapitalisés après la crise économique et financière, disposaient d'un trésor de guerre, aujourd'hui entamé. Au premier trimestre de cette année, tous les grands réassureurs, à l'exception d'Hannover Re qui a annoncé un bénéfice de 52 M€, ont subi des pertes : 948 M€ pour Munich Re, 461 M€ pour Swiss Re et 80 M€ pour Scor.

Mais, comme le souligne Philippe Renault, directeur général du courtier en réassurance Guy Carpenter, « les réassureurs ne sont affectés à ce jour qu'au niveau de leurs résultats. Pour l'instant, le marché des couvertures catastrophes reste équilibré entre l'offre et la demande, et nous pouvons y exercer normalement notre métier. Il n'existe pas de problème de capacité, et l'offre semble évoluer globalement dans le sens d'une participation plus harmonieusement répartie dans les différents niveaux des programmes ».

Il n'en demeure pas moins que, fragilisés, les réassureurs aspirent à un retour à une profitabilité normalisée. Leur revendication est d'autant plus assurée qu'il suffirait d'une violente saison cyclonique aux États-Unis pour rompre ce statu quo précaire. « Un ou deux grands courtiers ont déclaré que nous sommes à un tournant du cycle », témoigne Ivo Hux, directeur général de Swiss Re à Paris, qui attend cependant encore un événement emblématique pour voir une hausse des prix significative.

LES CÉDANTES PIÉGÉES PAR DES RÉTENTIONS TROP ÉLEVÉES ?

Les réassureurs pourraient tirer profit de l'incapacité de nombreuses cédantes à augmenter leurs rétentions comme elles l'ont fait par le passé en fonction des prix des couvertures de réassurance ; les capitaux ayant augmenté, elles pouvaient se permettre de conserver une exposition plus importante. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. « Face à la fréquence de la survenance, les rétentions cumulées posent des problèmes. Cela amène à réfléchir à une autre structure de protection des rétentions », remarque Ivo Hux, directeur général de Swiss Re Paris, citant le recours à une protection non proportionnelle des rétentions (XL Agregate), particulièrement en ce qui concerne les séries d'événements climatiques. « Les compagnies d'assurances songent à cette solution, car le moindre incident peut avoir une conséquence sur le ratio combiné. Aussi, même avec des prix en hausse, on ne va pas voir obligatoirement des rétentions augmenter », ajoute-t-il.

Les exigences de capital de Solvabilité 2 comme alibi

Ce n'est pas tant leur capitalisation qui préoccupe les sociétés que leurs capacités à rémunérer leur capital face à cette sinistralité importante et à des marchés financiers encore incertains. Ce défi est d'autant plus difficile à relever que, comme le remarque Victor Peignet, directeur général de Scor Global P et C, « les sociétés doivent, en dépit des impacts de cette sinis-tralité exceptionnelle, continuer à manager leur capital et détenir une flexibilité financière suffisante en prévision d'exigences de capital accrues par les nouvelles règles de solvabilité ». À la recherche de la rentabilité perdue, le marché fait preuve de peu d'élasticité. Et les réassureurs se déclarent d'ores et déjà peu sensibles à d'éventuels atermoiements de cédantes.

« La saison des ouragans n'a pas encore commencé mais nous pouvons d'ores et déjà dire que nous attendons des hausses de prix en raison des sinistres récents dans des branches globales comme les cat' nat' ou des secteurs comme l'industrie », affirme notamment Heike Trilovsky, directrice de la Corporate Underwriting chez Munich Re. « Au bout de cinq années de baisses tarifaires, il était difficilement concevable que les réassureurs ne réagissent pas à la série de sinistres majeurs des derniers trimestres et il y a manifestement aujourd'hui une vraie tendance de fond dans les marchés », renchérit Victor Peignet, citant des augmentations de prix de l'ordre de 10 à 15% en moyenne sur les programmes exposés aux États-Unis, pouvant aller jusqu'à 35% pour des programmes sinistrés. Outre la forte sinistralité, les réassureurs vont abattre deux autres arguments sur la table des négociations : la nouvelle version du modèle RMS et la limite des rétentions.

Ceci étant dit, auprès des couvertures conventionnelles, les cessions de quotes-parts et les titrisations sont des exemples de la diversification des outils et des contreparties.

PRÉVISIONS D'ÉVOLUTION TARIFAIRE ÉTABLIE PAR ALLIANZ
  • Événements naturels : de - 3% à + 5% selon la sinistralité de fin d'année
  • Auto : stable
  • Dommages : - 5%
  • RC : - 3%

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