Les réassureurs confrontés à des vents contraires

Les réassureurs confrontés à des vents contraires

La baisse continue des tarifs en P&C a pesé en 2016 sur la rentabilité technique des grands réassureurs, tandis que les taux bas se sont répercutés sur le rendement de leurs actifs financiers. Mais leur diversification et leur solidité financière leur permettent de résister.

Les voyants ne sont pas au vert pour les acteurs de la réassurance. Résultat opérationnel et bénéfice net en baisse, ratio combiné qui se dégrade : s’ils se targuent d’afficher des «résultats satisfaisants», «l’environnement difficile» de l’année 2016 n’a pas gâté les réassureurs. À commencer par les taux bas persistants, qui se traduisent par une moindre rentabilité de leurs actifs financiers. Scor affiche ainsi pour l’année écoulée un taux de rendement de ses actifs de 2,9%, contre 3,1% en 2015. Munich Re enregistre un rendement de 3,2% sur ses actifs et Swiss Re de 3,4%. « Rapportée à la taille des actifs des réassureurs, la baisse graduelle des taux de rendement financier, compris entre 2,5 et 3,5% en moyenne, contribue généralement à la baisse du résultat net», expli­que Lotfi Elbarhdadi, directeur ­senior chez Standard & Poor's Global Ratings.

Une tendance qui devrait se poursuivre en 2017, estime-t-il, car «on ne peut pas encore savoir si la remontée des taux sera importante et durable». Le PDG de Scor Denis Kessler se montre, lui, plus optimiste, estimant que le réassureur français est bien positionné pour profiter de la remontée des taux aux États-Unis grâce, notamment, à la composition de son portefeuille dont 48% des actifs sont libellés en dollars. Il estime que le taux de rendement de ses actifs devrait s’établir entre 2,7 et 3,2% en 2017. Dans cet environnement de taux bas, les réassureurs sont contraints d’aller chercher de la rentabilité technique sur leur cœur de métier, mais cela n’est pas aisé compte tenu de la baisse continue des tarifs enregistrée depuis 4 ans sur le marché de la réassurance de biens et de responsabilité (P&C). Un cycle baissier entretenu par une «concurrence aiguisée» ­– les fonds de pension ayant investi le marché de la réassurance –, les capacités en capital élevées des réassureurs et des catastrophes naturelles peu importantes.

Coût plus élevé des catastrophes naturelles

Toutefois, 2016 marque un retour à la normale en matière de catastro­phes naturelles. Après des ­années à la sinistralité très faible, les réassureurs globaux ont été exposés à une série de sinistres moyens : le séisme au Japon en avril 2016 (5 Md $ de pertes ­assurées), les feux de forêt au Canada en mai (3,5 Md $), puis, au quatrième trimestre, le tsunami en Nouvelle-Zélande et l’ouragan Matthew aux États-Unis (2,5 Md $ de pertes assurées). Si le budget s’est avéré inférieur à ce qui avait été projeté (10 % des primes ­selon Standard&Poor’s), le coût des catastrophes naturelles est plus élevé : 175 Md $ de dommages dont 50 Md $ de pertes assurées en 2016, contre 100 Md $ de dommages dont 30 Md $ de pertes ­assurées en 2015. Un montant «supérieur à la moyenne des dix dernières années», met en avant Ivan Bokhmat, analyste equity chez Barclays. Alors que les repri­ses de provisions avaient jusqu’ici soutenu les résultats des réassureurs, leur contribution commen­ce à être moins importante. «La consommation des ­réserves contribue à amortir les chocs, mais c’est une manne qui va finir par s’épuiser», prévient un connaisseur du marché. Conjuguée au coût des catastrophes naturelles et à une moindre contribution des boni de réserves, la baisse tarifaire a contribué en 2016 à dégrader les ratios combinés : de 7,8 points pour Swiss Re, de 6 points pour Munich Re et de 2 points pour Scor.

Pour Benoît Valleaux, analyste equity chez Natixis, «la tendance à la baisse des reprises de provisions devrait tendre à rapprocher les ratios combinés de leur niveau normalisé, et ainsi mieux refléter la profitabilité économique réelle». «Les ratios combinés ­publiés jusqu’à présent restent dans la fourchette de nos attentes pour le secteur. Nos notes sont AA- avec perspective stable pour les grands réassureurs européens les plus diversifiés», ajoute Lotfi ­Elbarhdadi. C’est là que réside l’atout des réassureurs mondiaux multilignes et multizones : la ­diversification de leur portefeuille et une plus grande sélection des risques leur permettent de résister aux vents contraires.

  • - 21,7 % La baisse du bénéfice net de Swiss Re en 2016
  • - 6 % La baisse du bénéfice net de Scor en 2016
  • -16 % La baisse du bénéfice net de Munich Re en 2016

Diversification et sélection des risques

Scor va ainsi chercher des poches de croissance, aux États-Unis en P&C où le Français est sous-­représenté, ainsi qu’en Asie sur les risques biométriques (mortalité, invalidité). Swiss Re réduit ses capacités dans certains segments en IARD, misant sur le ­segment vie et santé qui échappe à la pression tarifaire, et se concentre sur les transactions sur mesure pour des grands clients. «Les ­acteurs mondiaux béné­ficient d’avantages concurrentiels en termes de taille, d’expertise, de diversification et de solidité financière. Ils peuvent ­aller chercher de la ­rentabilité sur des métiers ou des pays où ­l’activité reste profitable et miser sur la relation de long terme avec les cédan­tes», souligne Benoît ­Valleaux.

2017, fin d’un cycle baissier ?

Pour 2017, Denis Kessler se montre optimiste : «Après un cycle en dommages très baissier et violent, il semblerait d’après les renouvellements en janvier que les prix se stabilisent», commentait le PDG de Scor lors de la présentation de ses résultats annuels. Munich Re a également enregistré une légère baisse de prix sur les primes renouvelées en janvier, de près de 0,5%, contre une érosion de 1% l’année précédente. Mais il est encore trop tôt pour parler de retour à la normale, selon les observateurs du marché. «On assiste à une décélération de la baisse des tarifs par rapport aux années précédentes, mais cette baisse devrait continuer en 2017», explique Lofti ­Elbarhdadi qui table sur une baisse pouvant atteindre jusqu’à 5%. Les renouvellements de ­traités de réassurance en janvier ont montré une baisse de prix comprise entre 4 et 6%, souligne Ivan Bokhmat (Barclays). La baisse tarifaire devrait «continuer à mettre sous pression les ratios combinés des quatre grands réassureurs» en 2017, estime-t-il.

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