Les réassureurs européens se frottent les mains

Ils restent discrets, mais beaucoup sont ravis. Relativement peu touchés par les soubresauts actuels, nombre de réassureurs disposent en outre de trésors de guerre substantiels.

Le coût du capital actuellement, c'est le prix de l'eau dans le désert. Et je n'ai qu'un camion-citerne ! » La formule est de Denis Kessler, PDG de Scor, en référence aux besoins en capitaux qui vont émerger chez les assureurs. Il faut dire que le réassureur français avait décidé, « avant la crise », d'accumuler du cash. Et aujourd'hui, son trésor de guerre est confortable : 3,1 MdE disponibles, auxquels viendront s'ajouter 800 ME d'ici à fin 2008 et 1,5 MdE à la fin 2009. Scor n'a pas racheté d'actions et a suivi, ces dernières années, une politique d'investissements de « bon père de famille ». Pour Denis Kessler, l'industrie de l'assurance est peu exposée au risque de contagion. « Le concept d'"assuranceroute" [en référence à la banqueroute] n'existe pas. Même en 2001, il n'y avait eu qu'une faillite de réassureur - un Japonais. »

Swiss Re a tout de même des obligations aux États-Unis...

Chez Swiss Re, on explique que toutes les précautions sont prises pour piloter de très près le portefeuille d'investissements. « Nous avons diminué nos positions critiques, qui ne constituent plus que 2 % en actions. Et nous avons accru nos mesures de protection ("hedging"), qui s'élèvent à 18,75 milliards de francs suisses [12 MdE], pour assurer la valeur de nos positions », avance le réassureur helvétique. Si l'on observe le détail de ses positions, Swiss Re n'est pourtant pas à l'abri de surprises désagréables : 33 % de son portefeuille d'obligations « corporate » financières (banques, banques d'investissements, etc.) se situent... aux États-Unis. « Il s'agit de nos positions les plus critiques, mais notre diversification géographique et la qualité des notations des émetteurs en limitent les effets négatifs. »

... Et Munich Re est exposé dans l'affaire Lehmann

Les réassureurs allemands, qui ont toujours suivi une politique d'investissements très conservatrice et stricte, s'estiment aujourd'hui récompensés. « Il y a peu de temps encore, certains se moquaient de notre rendement sur nos actifs - qu'ils jugeaient trop faibles. Eh bien, aujourd'hui, nous en sommes très heureux ! » ironise Michael Able, porte-parole de Munich Re. Car le réassureur persiste en annonçant garder le cap vers un bénéfice par action d'au moins 18 E d'ici à 2010. Par ailleurs, le rendement sur le capital doit être fixé à 15 % au moins. Certes, en convient Michael Able, Munich Re détient des actifs au sein de la Hypo Real Estate, la banque menacée de faillite fin septembre et sauvée de justesse par l'État allemand et un consortium de banques. Mais il ne s'agit, rappelle-t-il, que d'obligations hypothécaires. Régulées par l'État, elles sont très encadrées et ont l'avantage d'être plus stables que les actions. Chez Lehmann, Munich Re dispose d'actifs pour 350 ME (brut avant impôt) ; il s'agit de son exposition, et non de pertes, précise Michael Able, qui, pour sa part, croit que Munich Re a une capacité à rebondir : « Nous allons sortir renforcés de cette crise, car les prix vont augmenter et surtout, le marché va prendre conscience de la valeur de nos produits. »

Une hausse des taux à deux chiffres, selon Hannover Re

C'est également l'avis de Hannover Re : « La perte de capital qu'ont subi les assureurs va les conduire à avoir besoin de davantage de couvertures en réassurance », estime Gabriele Handrick, porte-parole de Hannover Re. En conséquence, le quatrième réassureur mondial table sur une hausse des taux à deux chiffres, même pour les couvertures industries, la RC des dirigeants (lire aussi p. 23) et la RC produits. Dans les autres secteurs, les particuliers notamment, il faudra s'attendre à des hausses de 5 % à 8 %, selon Hannover Re.

Le groupe de Hanovre qui se veut rassurant sur son assiette financière, demeurée selon lui intacte, n'en avoue pas moins être touché par la crise financière, au vu des quelque 19 MdE d'actifs dont il dispose. En effet, si ses expositions au sein des instituts à problèmes, tels Lehmann Brothers et AIG, restent minimes, « la crise des marchés des capitaux va se faire ressentir sur notre résultat sur placements d'actifs du troisième et, certainement, du quatrième trimestres par des provisions pour des dépréciations d'actifs », poursuit Gabriele Handrick. Elle ajoute : « Il est nécessaire de procéder à des provisions pour dépréciations d'actifs en raison de la forte chute des actions. Et sur très peu de valeurs à revenu fixe, nous allons devoir également provisionner. » Cependant, Hannover Re modère l'impact de ces opérations sur un portefeuille constitué à 80 % de valeurs à revenu fixe et à 9 % d'actions.

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