[DOSSIER] Crise en Chine : l’assurance et la réassurance [...] 2/5

Pierre Planchon (EY) : «Réassureurs et assureurs subiront les effets indirects de la crise chinoise»

Pierre Planchon (EY) : «Réassureurs et assureurs subiront les effets indirects de la crise chinoise»
Selon Pierre Planchon, associé chez EY, «le contexte devrait encourager les banques centrales à repousser le terme de leurs programmes d’assouplissement quantitatif («QE»), qui ont pour principal effet de maintenir les taux d’intérêts à des niveaux très bas». © Wilfried Foultier

Avec la sévère correction boursière observée lundi 24 août dernier, les investisseurs ont exprimé leurs inquiétudes sur le ralentissement de l’économie chinoise et ses répercussions sur l’activité mondiale. L'assurance mais aussi la réassurance pourraient, si la situation s'enracinait, en subir les effets directs et indirects sur leurs bilans… Explication avec Pierre Planchon, associé responsable secteur assurance EY (Ernst & Young).

Il est communément admis que la réassurance est un secteur faiblement dépendant de la situation macro-économique. Comment cela s’explique-t-il ?

Lorsque l’on parle de décorrélation de la réassurance avec la situation économique générale, il est, le plus souvent, fait référence à la qualité des résultats techniques, laquelle est essentiellement influencée par les grands événements catastrophiques et les risques émergents. En cas de survenance de l’un ou de l’autre, l’offre en réassurance se raréfie, entraînant mécaniquement un renchérissement des prix et, in fine, une amélioration des résultats techniques. Lorsque cette rentabilité accrue attire de nouveaux investisseurs et de nouvelles capacités, les prix se mettent à baisser. De ce point de vue-là, la crise boursière chinoise est complètement anecdotique. Le ralentissement annoncé de l’économie chinoise depuis plusieurs trimestres n’a pas non plus d’impact direct sur les résultats techniques des réassureurs.

Il n’empêche. Au regard de leurs expositions sur les marchés asiatiques, le ralentissement de la croissance en Chine peut-il peser sur les bilans consolidés des réassureurs ?

Sur la partie financière, les réassureurs appliquent, au regard de leurs obligations réglementaires et règles de bonne gestion, un principe de congruence [alignement cohérent entre les actions, NDLR] entre leurs investissements et leurs engagements dans une zone économique donnée. Ainsi, les actifs asiatiques ne sont pas censés couvrir des engagements pris aux Etats-Unis ou en Europe et inversement. Il faut donc resituer les faits économiques à leur juste mesure : la Chine, en dépit de sa croissance vertigineuse ces dernières années, ne représente que quelques pourcents des primes d’assurance et de réassurance. Pas de quoi remettre en cause les rendements attendus sur les bilans consolidés mondiaux des réassureurs en 2015. De la même manière, les investissements en actions chinoises des réassureurs restent marginaux, sachant que ces derniers ainsi que les assureurs ont déjà allégé leurs investissements actions du fait des réglementations prudentielles européennes (Solvabilité 2). Enfin, pour être comptabilisées en résultat, encore faudrait-il que les pertes enregistrées soient durables. Ce qui n’est pas encore le cas.

Faut-il craindre, comme le prédit Jacques Attali, un effet contagion de la Chine aux autres pays émergents ?

C’est seulement sur le volume d’affaires des réassureurs que la crise chinoise peut avoir un effet notamment de contagion sur les autres Bric [Brésil, Russie, Inde, Chine, NDLR], en particulier en dommages. En biens et responsabilités, la réassurance est étroitement corrélée à l’activité des assureurs IARD, laquelle est tributaire de l’activité économique, donc de la croissance. Dans les pays émergents, on assure d’abord les biens. Ce n’est que lorsqu’une véritable classe moyenne se structure que l’assurance de personnes (incapacité, invalidité, décès épargne…) perce. Dès lors, seul un ralentissement de la croissance du business des réassureurs dommages ayant des activités en Asie pourrait être à déplorer. D’autant que les groupes internationaux ont eu récemment tendance, en dommages, à investir d’autres zones que l’Asie, au premier rang desquels l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Le ralentissement de la croissance économique mondiale peut-elle peser sur les programmes d’assouplissement quantitatif menés par les banques centrales (Fed, BCE..) ?

Le contexte devrait en effet encourager les banques centrales à repousser le terme de leurs programmes d’assouplissement quantitatif («QE»), qui ont pour principal effet de maintenir les taux d’intérêts à des niveaux très bas, ce qui ne permet pas aux assureurs et réassureurs de dégager des rendements sur leurs actifs investis (obligations pour l’essentiel). Les réassureurs et les assureurs auront surtout à supporter les effets indirects de la baisse de la croissance chinoise.

L’économie de la Chine : quelle est son poids ?

- Population : 1,34 milliard d’habitants

- 1re puissance économique mondiale depuis décembre 2014. La Chine représente 16,5% de l’économie mondiale (exprimée en pouvoir d’achat réel), contre 16,3% pour les Etats-Unis.

- Le PIB (Produit intérieur brut) a été multiplié par 20 en vingt ans à plus de 9 000 Md$, soit la moitié du PIB des Etats-Unis.

- Commerce : 4 000 Md$ d’échanges mondiaux en 2013. Premier exportateur mondial.

- Croissance : Elle est attendue en-dessous de 7% en 2015, soit le niveau le plus faible sur les 30 dernières années.

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