Rendez-vous de Septembre : les réassureurs à la recherche du prix d'équilibre

Rendez-vous de Septembre : les réassureurs à la recherche du prix d'équilibre
Entrée du casino de Monte-Carlo, l’un des lieux d’accueil des traditionnels «Rendez-vous de septembre».

La 59e édition des « Rendez-vous de septembre » (RVS) de Monte-Carlo s’est achevée dans un contexte tarifaire toujours tendu pour les réassureurs en dommages, quoiqu’en fin de cycle. Signe que le secteur serait proche d’un prix technique équilibré ?

Avec ses quelque 2 800 participants, le millésime 2015 des « Rendez-vous de septembre » de Monte-Carlo a une nouvelle fois affiché complet. Comme de tradition à cette période de l’année, le deuxième plus grand rassemblement du Rocher après le Grand prix de Formule 1, a ouvert le bal des négociations tarifaires en vue des renouvellements des traités P&C (biens et responsabilités) de janvier 2016. Le tout dans une atmosphère relativement calme… trop même. « Nous approchons d’une fin de cycle, le marché est très calme », confiait un observateur du marché entre deux négociations. Pour d’autres, cette édition a, au contraire, été l’occasion de remettre la notion de tarif au centre des discussions : « On recommence à parler de prix de façon plus sporadique. Pendant des années, c’était un non-sujet », souligne un réassureur allemand. Quant aux cédantes, « Elles veulent encore tirer parti d’un marché baissier en diminuant les tarifs et les rétentions », explique Bruno Costes, directeur de la réassurance d’Allianz France. Peut-être même pour la dernière année.

8%

Le niveau de rendement moyen des fonds propres (ROE) des réassureurs attendu en 2015, selon les estimations de Standard & Poor’s, contre 12 % en 2014.

423 Md$

Le montant, en 2014, des fonds propres des réassureurs.
Source : S&P

34%

Taux de rétrocession moyen des réassureurs en 2014, soit 9 points de plus qu’en 2010.
Source : Amlin PLC

Ainsi, d’après les projections de Standard & Poor’s (S&P), les tarifs de réassurance dommages, en particulier « cat », devraient certes connaître un nouveau repli, dans le prolongement des renouvellements de juillet 2015, mais dans une proportion moindre, dans une fourchette comprise entre 0 et -5 %. Surtout, tous les segments dommages ne devraient pas être concernés par cette baisse tarifaire, comme le précise Simon Dufour, directeur général de la succursale de Munich Re à Paris : « Des segments résistent mieux que d’autres notamment ceux qui sont difficiles en termes de calculs d’expositions à l’image de la RC ». D’aucuns voient dans ce ra­len­tissement général l’atteinte d’un bas de cycle : « L’essoufflement de ce cycle baissier signifie que l’industrie approche des prix techniques », relève Lotfi Elbarhdadi, directeur groupe assurance chez S&P. Un sentiment partagé par les leaders du marché : Torsten Jeworrek, membre du conseil d’administration de Munich Re, note une « intensité décroissante » des tarifs là où Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C, parle « de ralentissement de la baisse des tarifs ».

Pourtant, malgré ces incantations, les fondamentaux n’ont guère changé d’une année à l’autre dans un marché « soft » où la demande continue de dicter l’offre. Les raisons sont connues : excès de capacités, afflux massif de réassurance alternative (68 Md\$ de collectés au cours du premier semestre 2015, selon Aon Securities), croissance organi­que difficile sur les marchés matures… il reste que « les discussions concernant la capacité ont désormais tendance à autant porter sur la qualité et la pérennité que sur la taille. La question de savoir si celle-ci “appartient” au réassureur ou si elle a été empruntée sur les marchés secondaires revient plus fréquemment », selon Victor Peignet, pour qui le poids de la réassurance alternative (cat bonds, ILS, side-car…) ne devrait, à terme, pas aller au-delà d’un plafond de 30 % des capitaux totaux.

Dernier RVS avant Solva 2

Au-delà de la question centrale des tarifs, certaines cédantes profitent des RVS pour réaménager leurs programmes afin qu’ils soient plus efficients dans un environnement Solvabilité 2. à quatre mois de l’entrée en vigueur de la directive, « beaucoup de compagnies viennent avec une idée concrète calée sur Solvabilité 2 et une analyse fine des risques et besoins. Certaines d’entre elles se sont livrées à des calculs poussés sur l’impact de la réassurance sur leurs fonds propres », observe Ivo Hux, directeur France, Benelux et Suisse de SwissRe. Un constat partagé par Bruno Costes, d’Allianz France : « Une partie des assureurs cherchent en plus à optimiser le capital sous Solvabilité 2. Cela oblige le réassureur à tendre vers des solutions sur mesure pour les cédantes car ce capital dépend des types de risques souscrits par celui-ci, ce qui n’était pas le cas sous Solva 1 ». Ce qui laisse augurer quelques changements dans les mois à venir, en particulier sur le marché français. Et pour cause : dans la formule standard, les traités de réassurance non proportionnels – majoritaires en France en non-vie – ne sont pris en compte que de manière forfaitaire et limitée à trois branches : l’incendie, la RC générale et la RC auto. Sans compter que le caractère annuel de ces traités n’est pas toujours adapté aux engagements de long terme des assureurs.

Vers la création d’un risk manager France ?

L’idée de doter la France d’une organisation publique chargée de gérer et prévenir les risques majeurs fait son chemin. Défendue par les grands réassureurs et l’association de Genève – think tank réunissant 90 des plus grands assureurs et réassureurs mondiaux – elle a connu ces dernières semaines une nouvelle impulsion de la part de l’association des professionnels de la réassurance (Apref). Dans une synthèse publiée à l’occasion des « Rendez-vous de septembre », l’association professionnelle observe que les « pays vont devoir s’adapter à une récurrence plus forte de sinistres plus importants et aléatoires » notamment pour des risques climatiques, agricoles, nucléaires, terroristes qui « pourraient coûter quelques dizaines de points de PIB national ». Sans compter qu’« en situation budgétaire tendue, il est plus difficile pour les pouvoirs publics de supporter l’aléa », note Simon Dufour de Munich Re.

Standard & Poor’s a même été jusqu’à mesurer les conséquences des cat’nat’ sur les notations souveraines. Selon ses propres simulations, l’agence de notation estime que, dans les cas les plus extrêmes, « la baisse de note serait supérieure à deux crans ». De quoi soutenir auprès des pouvoirs publics la création d’un risk manager France : « Nous demandons la mise sur pied d’une structure globale d’état [NDLR : équivalent de ce qui existe au niveau des risques financiers avec le Haut conseil pour la stabilité financière] – qui concentrerait un ensemble de données d’ordre statistique et technique, pour l’anticipation, la prévention et le suivi des risques majeurs », explique François Vilnet, président de l’Apref. Conscient qu’il s’agit là d’un « travail d’Hercule » auprès de Bercy, cette initiative aurait le mérite de redynamiser une place d’assurance et de réassurance de Paris en perte d’influence au niveau européen et mondial.

Pour les assureurs, la réassurance va au-delà de la protection des résultats. Elle est devenue un outil essentiel pour la protection et l’optimisation du capital.

Victor Peignet, DG de Scor Global P&C

Beaucoup de compagnies viennent avec une idée concrète calée sur Solvabilité 2 et une analyse fine des risques et des besoins. Certaines d’entre elles se sont livrées à des calculs poussés sur l’impact de la réassurance sur leurs fonds propres.

Ivo Hux, DG France, Benelux et Suisse de Swiss Re

Les assureurs attendent une amélioration du dispositif de la CCR , qui repose sur une quote-part à 50/50 et un stop loss annuel, afin d’obtenir une meilleure répartition des marges constituées lors des bonnes années en termes de sinistralité.

Bruno Costes, directeur de la réassurance d’Allianz France

Les cédantes vont davantage observer la réassurance sous le prisme de Solvabilité 2. Elles s’interrogent sur la manière de rendre leurs programmes de réassurance plus efficients en termes d’exigence de capital ou d’effet de diversification.

Simon Dufour, DG de la succursale de Munich Re à Paris

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 15 novembre 2019

ÉDITION DU 15 novembre 2019 Je consulte

Emploi

KAPIA RGI

Développeur Angular JS (F/H)

Postuler

KAPIA RGI

Développeur Oracle PL / SQL (F/H)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Prestations de service d'assurance en matière de frais de santé pour l'EPA Sénart.

EPA de la Ville Nouvelle de Sénart

14 novembre

77 - EPA DE SENART

Prestations d'assurance - Dommages aux biens et risques annexes.

Ville du Tampon

14 novembre

974 - LE TAMPON

RENOUVELLEMENT DU CONTRAT-GROUPE D'ASSURANCE STATUTAIRE DU CENTRE DE GESTION DE LA ...

Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale de Cayenne

14 novembre

973 - CDG 973

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Rendez-vous de Septembre : les réassureurs à la recherche du prix d'équilibre

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié