[DOSSIER] Catastrophes et réassurance 5/5

Stéphane Pallez, PDG de CCR : « Faire évoluer la chaîne de couverture des risques cat' »

Stéphane Pallez, PDG de CCR : « Faire évoluer la chaîne de couverture des risques cat' »

Stéphane Pallez défend la valeur ajoutée de CCR dans la modélisation des catastrophes et la circulation de l'information sur ces risques. Elle invite les assureurs et les réassureurs à se positionner pour mieux les couvrir, même si la réponse passe d'abord par les risk-managers.

Les assureurs et réassureurs ont annoncé que des événements comme Oklahoma et les inondations de l'Est européen n'étaient pas de nature à dynamiter leur budget grands risques au premier semestre. Est-ce le signe d'une bonne maîtrise des risques de pointe ?

Si dans un pays comme l'Allemagne seuls 30% des personnes sont couvertes contre les risques naturels et qu'en plus d'un montant de 4 à 6 Md€ de dommages assurés, l'État allemand doit débloquer un fonds de 8 Md€ pour financer les réparations, on peut se demander si le rôle des assureurs et des réassureurs ne serait pas de proposer des solutions permettant de faire évoluer la chaîne de couverture de ces risques.

En attendant le déluge

  • Rouvert à l'occasion de Xynthia, puis des inondations dans le Var en 2010, la réforme du régime d'indemnisation des cat' nat' se fait attendre. Son calendrier n'a pas été réactualisé par Bercy, qui se refuse à toute déclaration sur un délai. Rien ne permet donc de dire si ce projet, qui ouvrait la porte à une plus grande flexibilité du régime (prime additionnelle modulée pour les grandes entreprises, clauses d'exclusion pour la subsidence, révision des conditions de déclaration de l'état de cat' nat'), verra le jour.
  • Tandis que la France tergiverse, la couverture inondation se structure outre-Manche. Fin juin, l'Association of British Insurers (ABI, l'équivalent britannique de la FFSA) et le gouvernement se sont mis d'accord pour la création, à l'été 2015, d'un pool inondation, dénommé Flood Re.

Est-ce que l'on constate, sur ces marchés pourtant matures, une insuffisance de couverture ?

En apparence oui. Il existe sur ces marchés matures des capacités et des techniques susceptibles de répondre à ces enjeux. Je m'étonne que les assureurs et les réassureurs n'y voient pas d'opportunité, car il y a, de toute évidence, un marché à développer. Loin de moi l'idée d'imposer le système français comme seul modèle d'organisation, mais il faut reconnaître qu'il offre une réponse possible à ce problème. Chaque marché doit trouver le système politico-socio-économique qui lui convient.

Le spectre d'intervention de CCR s'étend au-delà des cat' nat', notamment aux risques terroristes. Vous définissez-vous dans un rôle central auprès des acteurs du marché ?

Notre légitimité vient du cumul de nos missions d'intérêt général avec l'expérience d'une entreprise insérée dans le marché. C'est ce qui fait l'ADN de CCR et nous donne une certaine responsabilité. Nous devons utiliser cette position et notre accès à certaines informations pour une meilleure compréhension globale. Nous avons, au profit de nos cédantes, investi dans la modélisation des catastrophes naturelles, et avec l'État nous partageons nos analyses, notamment pour inciter à la prévention. Pour le risque terrorisme, l'appréhension est différente, et la modélisation ne peut reposer ni sur la fréquence ni sur la probabilité. Aussi, nous tentons de simuler des événements afin d'en améliorer la compréhension.

Ce partage de l'information est également la vocation de l'Observatoire national des risques naturels (ONRN), inauguré en début d'année et dont CCR est partenaire. Quel bilan dressez-vous de ces six premiers mois ?

L'ONRN peut être considéré comme une plate-forme à deux titres. En premier lieu, il recense l'information pertinente sur les cat' nat' et fournit des indicateurs de risques au niveau du territoire français. Nous disposons déjà de premiers indicateurs sur les inondations, approche que nous étendrons bientôt à d'autres périls. En deuxième lieu, l'ONRN recense les acteurs participant à la gestion et à la connaissance des risques afin de créer des synergies. Je suis très satisfaite de l'avancée de la première version du site, et la deuxième version devrait être présentée dès le mois de décembre prochain, lors des Assises nationales des risques naturels à Bordeaux.

La première leçon de Fukushima aura été que les entreprises sont encore plus mondialisées qu'elles ne le croient.
Notre légitimité vient du cumul de nos missions d'intérêt général avec l'expérience d'une entreprise insérée dans le marché.

Les risques cat' sont-ils susceptibles de faire évoluer les schémas d'assurance et de réassurance ?

Nous avons vu, avec l'exemple des inondations en Thaïlande en 2011, qu'une appréhension juste du risque cat' constitue un enjeu macroéconomique. Si les Thaïlandais souhaitent continuer à développer leurs parcs industriels, il faut que leur couverture soit désormais en adéquation avec le risque. Les catastrophes naturelles par les chocs qu'elles représentent déclenchent ou accélèrent ce type de réflexions globales.

Ces retours d'expérience permettent-ils une meilleure résilience des réassureurs et la création de nouvelles couvertures ?

La réassurance est là pour couvrir des risques de fréquence rare. Fondamentalement, un réassureur doit être résilient, par sa solidité financière ainsi que par sa capacité à intégrer l'évolution des risques. Cela suppose donc une réinjection des retours d'expérience. En ce qui nous concerne, nous avons intégré les leçons de la Thaïlande dans notre politique de souscription. Fukushima, au Japon, a également été un révélateur de l'interdépendance des chaînes de production mondiale pour les entreprises et le marché de l'assurance.

On peut donc parler d'une évolution de la chaîne de risques...

Les catastrophes naturelles mettent de toute évidence des coups de projecteur et provoquent des réveils assez brutaux sur l'évolution de certains risques et sur la possibilité de trouver des couvertures adéquates. Cependant, la réponse ne peut venir à elle seule des assureurs et des réassureurs. Ce sont les risk-managers qui doivent d'abord identifier précisément les risques à couvrir. La première leçon de Fukushima, renforcée par la Thaïlande, aura été que les entreprises sont encore plus mondialisées qu'elles ne le croient.

Au-delà de ces risques de pointe, spectaculaires, la véritable préoccupation des cédantes ne serait-elle pas aujourd'hui le risque de fréquence et le cumul des risques ?

En ce qui concerne les catastrophes naturelles, nous avons effectivement le sentiment que la fréquence augmente, tout au moins en ce qui concerne le territoire français où les événements de moyenne importance se multiplient. Le marché offre en partie des solutions pour y répondre. Cependant, les cédantes ont un recours constant à CCR, car le système cat' nat' répond bien au niveau du risque tel qu'elles le perçoivent.

Gareat, modèle de couverture structurée

  • Seuls 20 pays, dont 11 européens, disposent d'un montage national d'assurance et de réassurance du terrorisme. L'OCDE a créé, il y a trois ans, une plate-forme de ces pools afin de suivre l'évolution des programmes nationaux et d'améliorer les solutions d'assurance et de réassurance. Avec le Gareat, la France a opté pour un schéma de co-réassurance comprenant une couverture illimitée avec garantie d'État.
  • Le paramètre retenu est un seuil de capitaux assurés à 20 M€ qui détermine la classification entre « grands risques » et « risques petits et moyens », et dont dépend l'obligation de souscrire ou non. Sous 20 M€, la cédante peut souscrire individuellement ou, depuis le 1er janvier, de manière collective pour bénéficier de la garantie d'État pour une couverture illimitée.

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