[DOSSIER] Dossier : Salaires dans l'assurance 2/3

Rémunération dans l'assurance : une politique salariale délicate

Rémunération dans l'assurance : une politique salariale délicate
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Les entreprises du monde de l’assurance n’ont augmenté les salaires que de 1,6 % en 2015, et ne prévoient pas mieux en 2016. Leur objectif : récompenser surtout les collaborateurs les plus performants, et conserver dans leurs enveloppes budgétaires des marges de manœuvre suffisantes afin d’investir sur les nouveaux profils liés au digital.

Encore raté ! Pour la deuxième année consécutive, les prévisions de revalorisation des salaires dans l ’assurance n’ont pas été conformes à la réalité. Il y a un an, Altedia annonçait que les budgets d’augmentation devaient progresser de 2 % en 2015. Douze mois plus tard, le cabinet de conseil – qui s’appuie sur 135 500 fiches de paie du secteur pour établir son enquête – indique que les entreprises n’ont finalement relevé cette année les salaires que de 1,6 %. Principale cause de ce recul : une conjoncture économique toujours morose. Après avoir progressé de 0,7 % au premier trimestre, la croissance française a été nulle au deuxième trimestre.

2%

Prévision des budgets d’augmentation pour 2015.

1,6%

augmentation globale (générale plus individuelle) des salaires dans l’assurance en 2015.

1,6%

Prévision des budgets d’augmentation pour 2016.
Quant aux prix à la consommation, ils ont stagné entre septembre 2014 et septembre 2015 selon les statistiques de l’Insee. « Les entreprises ont un certain manque de visibilité sur l’avenir. Elles cherchent donc à maîtriser au mieux leurs pratiques de révisions salariales », observe Vincent Cornet, directeur rémunération globale au sein d’Aon Hewitt. Il estime toutefois que la majorité des salariés du secteur devraient se réjouir de voir leur rémunération progresser, même de façon minime, vu que « l’in ation actuelle est à un niveau inférieure au taux d’augmentation salariale ».

La rigueur est de mise

Toutes les professions n’ont en eff et pas cette chance. Jugez plutôt : plus d’un tiers des fiches métiers d’Altedia (voir pages suivantes) affi chent un salaire total médian… en baisse par rapport à 2014 ! « Beaucoup de seniors de l’assurance partent aujourd’hui à la retraite. Or, la plupart du temps, ils sont remplacés par des juniors moins bien rémunérés », explique un expert en ressources humaines. De manière générale, la rigueur est de mise dans le secteur. Près de 50 % des négociations annuelles obligatoires (NAO) se sont conclus cette année sans qu’aucun accord entre les employeurs et les syndicats ne soit trouvé. Un chiffre loin d’étonner les acteurs interrogés pour ce dossier, puisque pour eux, les entreprises sont progressivement passées d’une politique où elles cherchaient la paix sociale à une politique où elles tentent dorénavant d’ajuster les coûts aux nouveaux enjeux du secteur. « La transformation digitale ainsi que les contraintes réglementaires liées à Solvabilité2 et l’ANI ont conduit à un éclatement de la chaîne de valeurs dans l’assurance. Les compagnies sont désormais obsédées par la performance. Elles n’hésitent plus notamment à externaliser un certain nombre d’activités de gestion, celles-ci étant réalisées à un moindre coût », précise Olivier Arroua, cofondateur de Selenis, cabinet de conseil spécialisé dans les secteurs banque, assurance et protection sociale.

Dans une logique de maîtrise des coûts, la tendance est toujours ainsi à l’individualisation des rémunérations. L’ensemble des sociétés du panel d’Altedia – soit 60 entreprises du secteur – pratiquent des augmentations individuelles. Une généralisation qui concerne même de plus en plus de non-cadres. Le pourcentage de bénéfi ciaires est passé de 28 % à 38 % en un an, avec une enveloppe budgétaire également en hausse (de 0,9 % à 1,1 %). Objectif de cette manoeuvre : récompenser – et fi déliser – les collaborateurs les plus compétitifs.

Des augmentations au mérite...

« La tendance est clairement aujourd’hui aux efforts mesurés. Pour autant, même si les entreprises du secteur font des économies sur certains métiers, elles tentent de conserver des marges de manoeuvre a n d’investir sur des pro ls plus en ligne avec leurs attentes actuelles », précise Th ierry Mageux, business development director de Robert Half Financial Services. Dans leur viseur : les métiers numériques apparus depuis un an dans le secteur (voir L’Argus du 17 avril 2015), tels les data scientist, directeur de la transformation digitale ou encore web designer, et pour lesquels aucune grille salariale n’est véritablement encore établie.

Ce fin dosage de politique salariale au profi t de nouvelles fonctions ou de collaborateurs performants ne signifie pas, pour autant, que l’assurance doit être perçue comme un secteur moins généreux, selon les experts du marché. « Plus la panoplie des formes de rémunération est large (fixe, variable, intéressement, participation, plan d’épargne…), moins le salaire de base est prééminent dans le package. L’augmentation de la rémunération globale n’est pas alors uniquement le re et de celle du salaire de base », indique Vincent Cornet, d’Aon Hewitt.

Or, justement dans l’assurance, les « à-côtés » sont légion. Ainsi, 97 % des entreprises ayant un accord ont versé de l’intéressement en 2015 au titre de 2014, pour un montant moyen équivalent à 2 500 € pour les cadres. De plus, 70 % des sociétés ont désormais mis en place un Plan d’épargne pour la retraite collec tive (Perco), le plafond médian de cet abondement étant fixé à 850 €.

... compensées par de nombreux avantages sociaux

Selon Altedia, près d’une entreprise sur deux du secteur accorde plus de jours de congés payés que l’obligation légale ou que la convention collective en vigueur, les cadres et non-cadres bénéfi - ciant également de 13 jours de RTT par an. Autant de bons arguments certainement utilisés par les directions des ressources humaines pour compenser cette année leur prudence sur les rému nérations.

« Peu d’évolution des salaires de base » JULIE SÉRON, consultante chez altedia

En termes de budget d’augmentation, les entreprises du monde de l’assurance s’alignent de plus en plus sur les pratiques observées dans d’autres secteurs avec une enveloppe à 1,6 %. On constate peu d’évolution des salaires de base du secteur. Les entreprises sont davantage en réflexion sur les éléments variables individuels et collectifs, tels que la part variable ou encore l’intéressement. De même, les périphériques de rémunération comme le Compte épargne temps (CET) ou le Plan d’épargne pour la retraite collective (Perco) sont des dispositifs de plus en plus mis en place au sein des entreprises.

La transformation digitale ainsi que les contraintes réglementaires liées à solvabilité 2 et l’aNi ont conduit à un éclatement de la chaîne de valeurs dans l’assurance. Les compagnies sont désormais obsédées par la performance.

Olivier Arroua, cofondateur de Selenis

Sur les 48 fiches métiers présentées par altedia, trois des cinq plus fortes progressions des salaires médians totaux concernent la même fonction : gestionnaire de contrats santé. « Dans le cadre de la généralisation de la complémentaire santé, on est passé majoritairement d’une gestion de contrats individuels à celle de contrats collectifs. Or, de nombreux acteurs – notamment les mutualistes – n’étaient pas présents sur ce marché et ont dû acquérir les compétences nécessaires. Conséquence de quoi, les entreprises du secteur n’hésitent pas à mettre le prix pour recruter des profils de gestionnaires, qui sont par ailleurs sur-sollicités et donc plus rares », explique Olivier Arroua. Concernant les deux autres métiers dont les rémunérations ont nettement augmenté en l’espace d’un an, à savoir gestionnaire d’indemnisation et souscripteur, le cofondateur de cabinet de conseil selenis précise que : « Dans une logique d’amélioration de la performance, tous les métiers qui peuvent aujourd’hui influer sur la rentabilité technique des contrats d’assurance sont valorisés ».

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