Réseaux sociaux d'entreprise : décloisonner pour mieux communiquer et innover

Réseaux sociaux d'entreprise : décloisonner pour mieux communiquer et innover

Pour digitaliser leurs activités, les assureurs doivent numériser leurs processus et acculturer leurs collaborateurs. En s’appuyant sur les réseaux sociaux d’entreprise, ils proposent à leurs équipes d’avoir une organisation transversale et de participer à l’innovation grâce à l’intelligence collective.

«Les réseaux sociaux d’entreprise constituent le socle de la transformation digitale. Les assureurs doivent changer leur organisation, apprendre de nouveaux métiers et devenir plus agiles. Les réseaux sociaux d’entreprise (RSE) en permettant la mise en réseau des acteurs de l’entreprise apportent cette agilité. C’est un catalyseur d’innovation », affirme avec conviction Arnaud Rayrole, directeur général du cabinet Lecko et auteur d’une étude sur les réseaux sociaux d’entreprise en France. Ainsi, il souligne qu’un RSE peut être utilisé par des équipes pour travailler sur un projet commun, comme le confirme Isabelle Mougeolle- Tetu, responsable de la plateforme collaborative Corus de Covéa, qui a lancé son RSE fin 2014 pour les trois enseignes du groupe : « L’espace du réseau social permet de mettre tous les documents de référence, créer des fils de discussion, coécrire ou enrichir des fichiers en ayant l’historique des différentes versions... ». Résultat, les équipes utilisant une communauté, réduisent alors largement l’utilisation de l’e-mail, ce qui génère des gains de productivité non négligeables.

LES RSE EN CHIFFRES

80%

Des sociétés du CAC 40 ont au moins un RSE. Pour 75% des sociétés du CAC 40, il existe un RSE transversal au Groupe accessible à tous les collaborateurs.

20%

Seulement des espaces créés sur les RSE sont pérennes et portent de nouveaux usages collaboratifs.

80%

Des communautés sont le fruit de l’initiative des animateurs de celles-ci (seul ou avec leurs collègues). 15% sont des communautés commandées par la hiérarchie. 5% des CM prennent le relais d’initiatives engagé par les d’autres.

71%

Des espaces performants sont le fruit de l’initiative de l’animateur de la communauté.

 

Partager l’information

Mais le RSE c’est aussi le partage d’informations et de bonnes pratiques au sein de différentes communautés. Ainsi, chez Axa France la direction juridique a récemment partagé sur le RSE ONE les principes du droit d’auteurs avec tous les collaborateurs. « Il y a eu des débats et donc une vraie sensibilisation à cette thématique : comment réutiliser des photos, des textes... Depuis, nous avons beaucoup moins besoin d’intervenir suite à la publication de contenus soumis au droit d’auteur. Au-delà du phénomène d’apprentissage important, les juristes ont pu mettre en avant leur métier et la valeur ajoutée qu’ils pouvaient apporter », explique Emmanuel Frizon de Lamotte, responsable Innovation participative et Réseau social d’Axa France. Il est aussi possible de poser une question à la communauté lorsque l’on est confronté à un nouveau cas, pour savoir si certains membres ont déjà connu une situation similaire. « Le réseau social d’entreprise est un accélérateur de résolution de problèmes. La réactivité est souvent très rapide et les réponses opérationnelles et efficaces. En outre, une information fournie par un pair a beaucoup plus d’impact que si elle est reçue par une institution ou la voie hiérarchique », résume Pascal Compet, directeur au sein du cabinet de conseil Weave.

Décloisonner l’entreprise

Le RSE facilite et même encourage la transversalité, en reliant les personnes par centre d’intérêt. « Les collaborateurs vont ainsi au-delà de leur propre service, ou entité. D’ailleurs, sur leur profil, leur niveau hiérarchique n’est pas précisé. Cela permet un vrai décloisonnement des échanges qui ne passent plus systématiquement par la hiérarchie », raconte Brigitte Cachon, directeur communication corporate et développement durable de Crédit agricole Assurances, dont le RSE a été généralisé auprès de tout le groupe, en juin 2014, après un pilote de six mois. Des échanges numériques sur des communautés initient d’ailleurs parfois des réunions physiques de personnes qui se sont connues via le réseau. Cela a été cas chez Crédit agricole Assurances pour une communauté sur la relation client à l’international.

Booster l’innovation

De plus, « avoir accès à de nouvelles personnes via le réseau nourrit les réflexions », souligne Brigitte Cachon. Un salarié peut ainsi réunir d’autres personnes autour d’une idée ou d’un projet qui lui tient à coeur. « Le RSE donne la capacité aux collaborateurs les plus mobilisés et les plus imaginatifs de fédérer leurs collègues. Ce mode d’organisation émergeant permet de laisser les plus motivés agir et de les intégrer dans le fonctionnement de l’entrel’entreprise », résume Arnaud Rayrole. Ainsi lors du défit Innov’Axa, les collaborateurs ont déposé 387 idées via le réseau social en moins de deux mois. « Sans ONE, nous serions probablement beaucoup moins innovants, car l’innovation naît de l’effervescence et des conversations permanentes. C’est en cela que le RSE est un véritable accélérateur. Mais pour que la collaboration et le décloisonnement prennent, le réseau doit naturellement être le prolongement d’une culture d’entreprise et d’une volonté forte exprimée par la direction générale », ajoute cependant Emmanuel Frizon de Lamotte. En permettant d’ouvrir les silos, la collaboration devient moins verticale et plus horizontale. « Ainsi, le management repose davantage sur la responsabilisation, l’autonomie et la confiance et les managers deviennent des coordinateurs de potentiel. À terme, les RSE favoriseront donc plus de créativité grâce à cette autonomie des collaborateurs. Cependant il faut qu’ils s’en emparent, ce qui n’est pas forcément simple pour tout le monde », souligne Isabelle Mougeolle- Tetu de Covéa.

Le RSE un outil d’avenir

Le RSE doit être véritablement perçu comme un outil de travail et non un gadget récréatif. C’est pourquoi les collaborateurs d’Axa, pour accéder à leurs applications métiers d o i vent tou t d’abord se connecter à ONE. « La plateforme est intégrée à notre intranet. Cela permet de passer le message que lorsque l’on est sur le RSE, on travaille ! Car collaborer, partager de l’information c’est aussi travailler. Et si un manager venait à faire la remarque que ses collaborateurs vont sur le RSE et ne travaillent donc plus exclusivement pour lui, je lui expliquerai très simplement que sur ONE ce sont potentiellement plus de 14 000 personnes qui peuvent contribuer à la performance de son équipe ! », note Emmanuel Frizon de Lamotte. Certains collaborateurs contribuent beaucoup plus que d’autres sur le RSE. Il faut savoir mettre en avant leur travail, et favoriser un environnement bienveillant. « Le moteur de leur participation est souvent le besoin de reconnaissance. Cela leur donne une visibilité par rapport à leur hiérarchie ou leur entreprise », explique Pascal Compet. Si cette motivation est bien entretenue, il entraînera à sa suite d’autres collègues. Cependant « Il faut faire preuve de patience. Au moins neuf à douze mois sont nécessaires pour constater une éventuelle évolution des comportements », note Arnaud Rayrole. Le RSE n’est qu’un outil et pas une baguette magique...

Pascal Compet, directeur au sein du cabinet Weave : «Acculturer les collaborateurs au digital»

  • Pourquoi les assureurs investissent-ils dans les RSE ?
Chez les assureurs classiques, au mieux 3 à 5% des clients se servent de leur espace sur Internet pour faire des actes de gestion. L’enjeu des assureurs est qu’ils l’utilisent beaucoup plus. Mais pour que leurs clients deviennent des e-clients il faut que leurs salariés soient des e-salariés. Car, un collaborateur qui n’est pas digital ne peut pas inciter le client à le devenir lui-même. Le réseau social d’entreprise a donc comme objectif majeur l’acculturation des collaborateurs au digital, en leur montrant comment travailler autrement. C’est un préalable à la digitalisation de l’entreprise.
  • Quels sont les pièges ?

La plupart des grandes entreprises, quel que soit leur secteur d’activité sont équipées aujourd’hui d’un RSE. Cependant 90 % de celles qui en sont pourvues, selon Gartner, indiquent que cela n’a pas apporté les bénéfices qu’elles en attendaient. Il y a une insuffisance dans l’accompagnement et l’animation quand l’outil technique est mis en place. Les entreprises sous-estiment de façon très importante les besoins humains. De plus, les objectifs des communautés ne sont souvent pas assez ciblés. Enfin, le management a encore des réserves face au RSE qui est transversal. Il se sent partiellement dépossédé de son pouvoir, et, certaines activités de ses collaborateurs lui échappent. C’est une vraie révolution “copernicienne” ! »

Propos recueillis par Claire Chevrier

 

Un Intranet ++

  • Entreprise : Klésia
  • Nom du RSE : Osmose
  • Lancement officiel : juillet 2012
  • Utilisateurs potentiels : 3 000 collaborateurs.

Créer un avantage compétitif

  • Entreprise : Axa France
  • Nom du RSE : ONE
  • Lancement officiel : novembre 2012
  • Utilisateurs potentiels : plus de 14 000 (en France).

Bâtir une identité commune

  • Entreprise : Covéa
  • Nom du RSE : Corus
  • Lancement officiel : octobre 2014 pour MMA et MAAF, et janvier 2015 pour GMF
  • Utilisateurs potentiels : 25 000 collaborateurs.

« Ce qui participe à la réussite d’un RSE »

Selon l’objectif du RSE (créer des communautés d’équipe ou de projet, ou des communautés de partage de bonnes pratiques, de veille, d’innovation) les actions menées favorisent plus ou moins le développement de celui-ci.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-François Rimoux, directeur de la Communication de Klésia

«Les collaborateurs, comme sur Facebook, peuvent ouvrir une page personnelle, se présenter, contacter d’autres collaborateurs. Nous avons la possibilité de gérer des communautés mais actuellement, elles sont créées et animées uniquement par la direction de la communication. Nous y faisons de l’information descendante. Les collaborateurs devraient, dans un second temps, pouvoir eux aussi y contribuer. 36 % d’entre eux ont rempli leur fiche, alors que beaucoup ont probablement un profil Facebook. Cependant, la sphère professionnelle ne peut pas imposer l’usage du RSE et doit compter sur le volontariat. Par ailleurs, demander de l’aide sur un RSE ne me semble pas une démarche facile, car, culturellement, les Français ont peur de paraître en position de faiblesse.»

 

Isabelle Mougeolle-Tetu, responsable de la plateforme collaborative Corus de Covéa

«Notre RSE s’inscrit dans le projet d’entreprise du groupe. Les trois entités ont des sites qui sont dispersés sur toute la France. Corus donne la possibilité de se retrouver dans un seul et même lieu. Il va aider à la convergence des trois enseignes. C’est une manière de créer une identité commune. Il permettra également de développer notre efficacité en améliorant nos modes de travail grâce à une plus grande fluidité de l’information via des bases de connaissances et des bonnes pratiques partagées. Nous tablons également sur le développement de l’innovation, les RSE étant un vecteur de collaboration entre les personnes. Corus devrait aussi nous permettre de réaliser des économies sur les coûts de déplacement, en facilitant le management d’équipe à distance, en envoyant et en recevant moins d’e-mail...»

 

 

Emmanuel Frizon de Lamotte, responsable Innovation participative et Réseau social d’Axa France

« Deux ans après le lancement de notre réseau social d’entreprise ONE, nous nous demandons comment nous travaillions sans. Il a initié un mouvement très important sur le partage des connaissances et le décloisonnement des différentes entités du groupe. Par exemple, les régleurs de sinistres ont créé une communauté internationale de bonnes pratiques où ils échangent régulièrement pendant 2 h sur quatre problématiques. Il y a aussi un changement de posture : auparavant, les collaborateurs recherchaient de l’information et étaient surtout demandeurs, aujourd’hui quand ils ont une information intéressante, ils la partagent de plus en plus avec leur communauté. Notre capacité à échanger et à partager collectivement l’information sera un avantage compétitif. Les outils du RSE en cela sont de vrais accélérateurs. »

Accepter de transformer ses habitudes n’est pas une question de génération : avoir envie de partager n’a rien à voir avec l’âge !

Brigitte Cachon, directeur communication corporate et développement durable de Crédit agricole Assurances

Avec le RSE on gagne en agilité en mobilisant d’autres liens que ceux de la hiérarchie. Cela nécessite cependant du temps.

Arnaud Rayrole, DG de Lecko, cabinet de conseil en organisation.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 06 décembre 2019

ÉDITION DU 06 décembre 2019 Je consulte

Emploi

Mission Handicap Assurance

Mission Handicap Assurance

Postuler

Natixis Assurances

Cadre technique Indemnisation Auto H/F

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Réseaux sociaux d'entreprise : décloisonner pour mieux communiquer et innover

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié