Résultats 2015 de Groupama : place à la stratégie commerciale?

Résultats 2015 de Groupama : place à la stratégie commerciale?

Ses performances économiques de 2015 l’attestent : Groupama sort du cycle de restauration de son bilan, entamé il y a quatre ans, au lendemain de sa craise financière. Redressé et aminci, le groupe revient sur le terrain du développement.

Reconstituer les marges techniques en dommages pour compenser la baisse des rendements financiers ; ­repenser le modèle économique de l’épargne pour s’adapter à un environnement de taux bas ; préparer Solvabilité 2, notamment en termes d’allocation d’actifs ; ­investir dans l’économie ouverte axée sur les nouveaux usages via, entre autres, des accords avec des start-up (WeFarmUp, Unilend…) : tels étaient les quatre piliers stratégiques élaborés par Groupama au lendemain de son hécatombe financière de 2011. Exposé à la dette grecque et globalement surexposé en termes d’actions, le groupe d’assurance mutualiste essuyait alors une perte record de près de 1,8 Md€, respectant, in extremis, ses exigences réglementaires avec une marge de solvabilité de 107 %. « Nous avons atteint nos objectifs ! », a ainsi déclaré Thierry Martel, directeur général de Groupama, le 17 mars dernier, à la présentation des résultats annuels du groupe. Nommé à l’automne 2011, en pleine crise, en remplacement de Jean Azéma, il arborait le satisfecit du capitaine qui a rempli sa mission.

Course à la rentabilité

De fait, avec un taux d’endettement de 10,2 % qui a baissé de 1,4 point par rapport à 2014 ; des fonds propres qui ont progressé de 2 % pour s’établir à 8,2 Md€ et surtout un résultat net en hausse de 43 % à 368 M€, il régnait, à l’annonce du bilan, comme une odeur de fin de cycle. C’est simple, de -78 M€ en 2012, le ­résultat opérationnel a bondi à 163 M€ en 2015. Depuis deux ans, déjà (voir ci-contre), Groupama redessine ses muscles en jouant toutefois plus au pompier qu’au stratège. La preuve par la vente massive d’activités, d’actifs (Groupama Seguros, Gan Eurocourtage, Cesvi France…), et d’actions (Bolloré, Société générale, Medio­banca, Veolia environnement…), par l’arrêt du développement tous azimuts à l’international (présence réduite et exclusivement européenne) et la maîtrise drastique des frais généraux dans toutes les entités et sur tous les postes de coûts, passés de 183 M€ d’économies en 2012 à 401 M€ l’an dernier ! ­L’obsession de la vertu technique s’est notamment traduite par un relèvement, en 2015, des tarifs auto de 2 % et de 3,5 % en MRH, en pleine concurrence post-loi ­Hamon... Et malgré cette démarche volontairement rigoriste, Groupama a subi des vents contraires. D’abord, l’instabilité réglementaire en Turquie qui autorise la réouverture des ­sinistres anciens en RC auto. L’assureur a dû renforcer ses provisions de 100 M€ (presque le double de 2014 !). Coût : 5,7 points de ratio combiné supplémentaires l’an dernier. Puis, l’environnement de taux bas qui s’est ­traduit, de son côté, par 2 points de ratio combiné. Ratio, au final, stable à 99,2 % et même 97,9 % en France. C’est dire si, en excluant ces éléments, les fondamentaux ont été ­redressés.

L’amorce d’une dynamique commerciale

Cette gestion méticuleuse des risques porte donc ses fruits, mais ne saurait durer sans finir par grever la dynamique commer­ciale de l’assureur vert à l’heure où les cartes se rebattent dans le secteur. Stable à 13,7 Md€ (répartis entre 7,1 Md€ en non-vie et 6,3 Md€ en vie dont 10,7 Md€ en France), le chiffre d’affaires démontre de façon trop criante que la rentabilité a primé sur le développement entre 2012 et 2015. Mais la dynamique pointe. En assurance vie, la transformation active du portefeuille dans une approche patrimoniale a opéré. Les encours en unités de compte (UC) en épargne individuelle ont été portés à 20,7 %. C’est mieux que la moyenne de la profession. « En collecte d’UC, nous sommes à 40 % depuis début 2016 », insiste Fabrice Heyriès, directeur général adjoint du groupe, depuis le renouvellement du Comex, le 18 juin.

Sur la complémentaire santé collective – un challenge – Groupama a enregistré 30 M€ de baisse sur l’individuel et 75 M€ de hausse sur le collectif, soit un solde de 40 M€. « Nous avons gagné 50 000 affaires nouvelles », détaille Thierry Martel qui mise surtout sur les partenariats stratégiques pour servir son développement. C’est le cas de l’accord signé le 8 octobre dernier par Amaguiz avec la société de financement du constructeur Renault (10 000 contrats d’assurance vendus par les concessionnaires à ce jour) et, très récemment, avec Orange pour créer la banque mobile 4.0. Thierry Martel la promet « résolument disruptive, dans une approche de bancassurance », ajoutant que « la valeur ne viendra pas de la plateforme, mais de la relation commerciale avec le client ». Actuellement, 26 groupes de travail planchent sur la construction de cette offre prévue pour 2017. Le premier chapitre, peut-être, de l’histoire que ­Groupama – solidifié – doit maintenant écrire.

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