Résultats 2015 : Zurich à l'heure des sacrifices

Résultats 2015 : Zurich à l'heure des sacrifices
©Frederic Maigrot/REA

Zurich, le troisième assureur mondial derrière Allianz et Axa, peine à remonter la pente après plusieurs années difficiles sur son cœur de métier. Et l’avenir s’annonce musclé, sous la houlette de Mario Greco, qui vient tout juste de redresser Generali aux forceps.

Depuis 2012, et le choc de l’ouragan Sandy, Zurich est surveillé de près par les analystes financiers. En effet, le troisième assureur mondial se fait distancer par ses concurrents, Allianz et Axa. Le rendement des fonds propres (ROE) de l’assureur suisse s’établit à 6,4 % en 2015, contre 12,5 % pour Allianz et 14,1 % pour Axa. Or, l’amélioration du ROE était l’un des objectifs du plan stratégique 2014-2016. « Nous avons déjà pris des mesures drastiques pour améliorer la rentabilité, mais il est peu probable que le groupe atteigne son objectif de rendement des fonds propres de 12 à 14 % en 2016 », a confirmé en février 2016 Tom de Swaan, président du conseil d’administration et président intérimaire de décembre à mars.

2015, une année choc

La chute du ROE aurait toutefois pu être plus importante. En effet, Zurich distribue plus de dividendes que l’entreprise n’enregistre de bénéfices en puisant dans ses fonds propres dont le niveau s’établit à 31,2 Md\$ en 2015 contre 34,7 Md\$ en 2014. Une stratégie de court-terme qui met en danger le groupe, le privant de marges de manœuvre pour associer développement et gestion d’événements exceptionnels. Ce qui fut le cas en 2015.

  • -37 % Chute du bénéfice entre 2014 et 2015 (2,9 Md$). La baisse ayant atteint 79 % au 3e trimestre.
  • 6,4 % Rendement des fonds propres en 2015. L’objectif était fixé à 13 % pour 2016.
  • 146,8 % Taux de distribution – pourcentage du bénéfice attribué aux actionnaires – en 2015 contre 71,8 % en 2014.
  • -19 % Baisse de la capitalisation boursière de Zurich entre le 4 janvier et le 4 avril.
  • 103,6 % Ratio-combiné 2015 (pic de 108,9 % au 3e trimestre).

Ainsi, dès juillet, la confirmation des vues de Zurich sur RSA a fait figu­re de feuilleton de l’été. Avec une valorisation annoncée de 7,6 Md€, le rachat de RSA, qui aurait été l’opération de croissance externe la plus importante depuis quinze ans, devait rassurer les analystes financiers. Ceux-ci étaient jusque-là déçus par le manque d’ambition du PDG, Martin Senn, en matière d’acquisitions. Mais Zurich, après avoir demandé un délai supplémentaire d’un mois pour se déclarer aux autorités britanniques, a fina­lement renoncé à déposer une offre. En effet, en août, les explosions du port chinois de Tianjin (275 M€) ont déstabilisé l’assurance dommages déjà fragi­le, mettant en lumière les failles de la branche transport en matiè­re de cumul et de réassurance. Conséquence immédiate, au troisième trimestre, le groupe Zurich a vu son ratio-combiné déraper à 108,9 % tandis que son bénéfice chutait de 79 % à 207 M\$. Les mois suivants furent rythmés par le départ de Martin Senn, l’intérim de Tom de Swaan, puis l’arrivée en urgence de Mario Greco, en mars 2016 au lieu de mai. L’homme, qui a dirigé Generali de 2012 à 2016, est connu pour remettre à flot des navires chahutés par des vents contraires. Avec des méthodes… plutôt radicales. Au sein du groupe italien, Mario Greco a complètement renouvelé la gouvernance, restruc­turé certaines entités, procé­dé à des cessions d’actifs non stratégiques (4 Md€), conduit un vaste plan de réduction des dépenses (750 M€ entre 2012 et 2015) et rééquilibré le taux de distribution, une problématique qu’il retrouve chez l’assu­reur suisse. À la tête de Zurich, Mario Greco tient donc fermement les cordons de la bourse pour conduire des objectifs de réduction des coûts fixés avant son arrivée.

En effet, si les objectifs de rendement des fonds propres ne seront vraisemblablement pas atteints, les économies du plan stratégi­que 2014-2016 sont, elles, toujours d’actualité. « Nous devons attein­dre au moins notre objectif de 300 M\$ de réduction des coûts en 2016 et nous visons un milliard de dollars d’économie d’ici à fin 2018 », assure Kristof Terryn, prési­dent de l’assurance non-vie pour le groupe. Mais cela passe par d’importantes suppressions de postes. Après les 800 départs du plan 2014-2016, les ambitions annoncées à l’automne, pour un horizon 2018, sont dix fois plus importantes : 8 000 postes, soit 15 % des effectifs. Et tous les pays seront « impactés », confirme Kristof Terryn qui précise : «Nous allons utiliser la fluctuation naturel­le de nos effectifs, avec des départs à la retraite non remplacés, et mettre en place de nouvelles méthodes de travail pour plus d’efficacité sur chaque poste.»

Kristof Terryn, PDG de l’assurance non-vie pour le groupe Zurich
« Nous devons être meilleurs »

  • Votre ratio-combiné a atteint 103,6 % en 2015. Comment rétablir votre profitabilité ?
    En étant d’abord plus sélectif. Mais cette optimisation devrait concerner 1 % de l’ensemble des primes récoltées en 2015. Ensuite, notre objectif vise une meilleure efficacité dans un environnement de marché compliqué. Nous ne sommes pas les seuls à affronter ces conditions. Nous devons être meilleurs. Enfin, nous devons mieux gérer la problématique des cumuls sur la branche transport, car cela nous a fortement mis en difficulté l’an dernier, notamment lors des explosions sur le port de Tianjin (Chine).
  • Que vont devenir les fonds initialement alloués à l’acquisition de RSA ?
    Nous avons utilisé une partie de l’excès de capital que nous avions prévu de déployer pour la croissance externe en 2015 et nous n’allons pas prendre de décision immédiate en matière de redistribution du capital. Comme nous affrontons un défi en matière de profitabilité, nous souhaitons conserver une marge de manœuvre. Mais nous n’avons pas abandonné nos projets d’acquisitions.
    Propos recueillis par H.-M. T.

Conséquences en France

Concrètement, cela signifie le gel des recrutements en externe, sauf situation très exceptionnelle. « Clairement, la situation peut créer de l’anxiété en interne, car nous devons transformer notre façon de travailler pour gagner en productivité », commente Anne Charon, PDG de Zurich France. Les répercussions de cette stratégie sont déjà visibles. Ainsi, Thibaut Dorré, le directeur de la délégation régionale de Lyon, inaugurée en fanfare en 2012, ne sera pas remplacé. Le responsable commercial basé à Paris assurera les allers-retours à Lyon. Dans le même temps, Zurich France revoit à la baisse ses ambi­tions sur les PME et petites ETI en raison de la concurrence qui règne sur ce segment. Autre exemple emblématique de poste non remplacé, la direction de la branche RC est désormais assurée par Emmanuel Rogier, qui conserve en parallèle celle de la branche auto, dont il vient d’assai­nir le portefeuille. Mais le chantier qui l’attend en RC est conséquent. En 2015, Zurich France a connu une sinistralité importante avec le développement défavorable de sinistres datant de 2012/2013. Or, le marché est sous forte tension. Zurich France a enregistré une baisse de la soumission d’affaires nouvelles de 30 à 40 % en 2015 et son volu­me de primes n’est resté stable que grâce à deux grands comptes inter­nationaux. L’assainissement du portefeuille implique donc un délicat équilibre. « Nous savons que dès que nous allons essayer de redresser une affaire moins perfor­mante, nous allons devoir affronter un appel d’offres. Et nous ne sommes pas prêts à tout pour conserver une affaire », analyse François Villat­te, responsable des activités commerciales. La PDG de Zurich France précise cette position de fermeté : « Face à un client qui ne joue pas le jeu du risk-management, nous sommes amenés à prendre des mesures difficiles. » L’année 2016 sera celle de la fermeté pour Zurich, en interne comme en externe.

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