[DOSSIER] Risque incendie 2/3

Risque incendie : un enjeu brûlant

Risque incendie : un enjeu brûlant

Historique, le risque d’incendies est encore loin d’être maîtrisé par les assureurs. Rapporté aux dégâts, son coût, pour les particuliers comme pour les entreprises, reste important.

L’affiche remonte à 1877. Destinée à promouvoir le lancement du magazine L’Argus de l’assurance, la pancarte publicitaire illustre… un incendie. Près de 150 ans plus tard, ce risque ne faiblit pas malgré le développement d’une réglementation exigeante en matière de prévention et de protection en France, bâtie grâce à un historique significatif de sinistres et les travaux de recherche d’experts et d’assureurs. Leur objectif : éviter les départs de feu et lutter contre l’embrasement. Il faut dire que 325 personnes sont encore décédées dans des incendies en France en 2015 d’après le Service départemental d’incendie et de secours. « Chaque année, 300 à 400 personnes décèdent dans un incendie en France », confirme Armelle Muller, experte judiciaire incendie et explosion, et directrice du département feu et environnement du CNPP, le Centre national de prévention et de protection. Au total, les pompiers sont intervenus 26 559 fois en 2015 pour des incendies, un chiffre en hausse de 6 % par rapport à l’année précédente.

Pour les assureurs, outre les pertes humaines, les dommages aux biens consécutifs au feu pèsent très lourds. D’après la Fédération française de l’assurance (FFA), 1,4 Md€ ont été réglés à titre d’indemnités l’an dernier pour 194 000 incendies. Par comparaison, les dégâts des eaux leur ont coûté 1,3 Md€ pour 1,183 million de déclarations. Loin devant les 0,7 Md€ versés pour 355 000 cambriolages… Seule éclaircie : la fréquence des sinistres incendies liés aux contrats MRH a baissé de 14 % entre 2010 et 2017.

Le fléau des entreprises

Ce fléau constitue également le principal risque en entreprise. « Sur le périmètre professionnels et entreprises, le montant total des sinistres de plus de 2 M€ s’élève, en 2017, à 680 M€, contre 350 M€ en 2014 », alerte Christophe Delcamp, directeur adjoint des assurances de dommages et de responsabilité à la FFA. Bien sûr, certaines activités sont plus exposées que d’autres. « Les aciéries, les cimenteries, les verreries, les activités de traitement de déchets, de traitement de surface, les commerces et entrepôts, les industries agroalimentaires, chimiques et du bois », détaille une publication de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

Actuellement, ces sinistres affectent environ 10 % des contrats de TPE-PME. « Cette fréquence est moins élevée pour les grandes entreprises. Mais, pour ces dernières, lorsqu’un sinistre survient, il peut s’élever à plusieurs dizaines de millions d’euros », ajoute Christophe Delcamp. En effet, les conséquences ne se limitent pas, dans ce cas, aux dégâts directs causés par le sinistre. Bien souvent, l’activité est interrompue et l’image de l’entreprise affectée, sans parler des clients potentiellement perdus. « Le premier réflexe de l’entreprise est de créer un comité de crise. Le premier réflexe de ses concurrents est de créer un comité d’opportunité », souligne Thierry Masurel, directeur général de FM Global, groupe mutualiste spécialisé dans la couverture des risques industriels. Résultat : « 70% des entreprises victimes d’un sinistre majeur comme l’incendie disparaissent dans les mois qui suivent », estime l’INRS.

« Pour une entreprise, la maîtrise du risque incendie sur ses différents sites est importante. Mais s’assurer de la maîtrise de ce risque par ses fournisseurs l’est tout autant », complète Michel Josset, président de la commission dommages aux biens de l’Amrae (Association management des risques et des assurances de l’entreprise). Pour preuve, l’incendie survenu, en janvier 2017, chez Recticel, sous-traitant automobile implanté à Mos, en République tchèque, a paralysé l’activité de plusieurs constructeurs automobiles européens pendant plusieurs jours.

  • 1,4 Md€ Le montant des indemnités versées en 2017 par les assureurs pour 194 000 sinistres incendies en MRH
    Source : FFA
  • 250 000 € L’investissement minimum pour installer des sprinklers sur 1000 m2 dans des locaux d’activité
    Source : Gras Savoye Risk Consulting
  • 70 % La part des entreprises victimes d’un incendie majeur qui disparaissent dans les mois qui suivent le sinistre
    Source : INRS

De nouveaux facteurs de risques

Si l’impact des actions de prévention et de protection mises en place au fil des ans est limité, c’est en raison de nouveaux facteurs de déclenchement ou d’aggravation d’incendies. Pêle-mêle : la multiplication des appareils électriques, les nouveaux matériaux isolants, les chauffages au bois, les panneaux solaires… « Il y a quelques années, l’une de nos études avait constaté que la composition des cartons avait changé. Les moyens de protection prévus pour les cartons habituels ne seraient donc plus efficaces aujourd’hui », souligne le directeur général de FM Global. Les entrepôts de stockage affichent également des superficies de plus en plus grandes avec l’essor du e-commerce.

De même, la puissance électrique utilisée dans les foyers ou en entreprise explose avec le numérique. « Chez les particuliers, les causes les plus fréquentes d’incendies sont liées, par ordre d’importance, à l’installation électrique, au chauffage au bois, au facteur humain », indique Albert Bacqueville, responsable prévention à la direction de l’indemnisation MMA (groupe Covea), qui cite, par exemple, l’oubli de cigarettes allumées ou les cendres de cheminée versées dans un seau en plastique ou un carton.

Ce qui ne comprend pas les départs de feux volontaires. « Les experts s’accordent pour dire que les incendies volontaires sont de l’ordre de 60 % pour les véhicules, de 30 à 40 % pour les habitations et les bâtiments publics, et de 10 % pour les entreprises », confie Armelle Muller du CNPP. « C’est difficile à détecter de façon certaine après un sinistre », reconnaît Alain Langlais, spécialiste incendie et process du groupe d’expertise Saretec. Quand cet expert examine des incendies, il décèle, en revanche, « que des précautions évidentes de sécurité n’ont souvent pas été respectées, qu’on a par exemple utilisé un chalumeau à proximité d’une matière inflammable ».

L’installation électrique est également la première cause d’incendie en entreprise. « Les installations sont souvent vieillissantes ou sous-dimensionnées », souligne Thierry Masurel. « Être à l’écoute des normes recommandées par la réglementation et par les compagnies d’assurance limite les risques », insiste Armelle Muller.

Quant aux sprinklers, ces gicleurs qui se déclenchent automatiquement à la détection d’un départ de feu, recommandés par les assureurs, leur installation est souvent jugée trop onéreuse par les patrons. « On estime que le ticket d’entrée d’une protection incendie à eau (sprinkler) est en moyenne de 250 000 € pour 1 000 m2 protégés, même si cela varie selon le type d’activité », explique Hervé Marzal, directeur de Gras Savoye Risk Consulting. « Certaines compagnies demandent à nos clients l’installation de sprinklers et leur imposent des majorations en cas de refus. Mais la réalité économique de l’entreprise ne le permet pas toujours. Nous travaillons alors à assouplir la position de l’assureur en aidant nos clients à déployer des solutions alternatives qui soient financièrement moins lourdes », ajoute Hervé Marzal. En cas de sinistre, « le coût est dix fois moins élevé dans des usines bien protégées », constate Thierry Masurel.

Le problème du financement se pose surtout pour protéger une usine existante. « Quand c’est une nouvelle construction, le coût supplémentaire pour une bonne protection est de moins de 2 % par rapport à la construction d’une usine non protégée », estime le directeur général de FM Global. Dans ce contexte, le projet de loi prévoyant que l’obligation de résultats prime désormais sur l’obligation de moyens (y compris en matière de projets de construction) pose question. « Je vois mal comment on pourra prouver, après un incendie, que des moyens alternatifs ont été plus efficaces que les moyens recommandés », affirme le directeur de Gras Savoye Consulting. Une inquiétude partagée par Christophe Delcamp : « Je comprends qu’on veuille faciliter les projets de construction mais il ne faudrait pas que cela se fasse au détriment de la sécurité. »

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