[DOSSIER] Grêle 1/3

Risques climatiques : la grêle, l'aléa extrême

Risques climatiques : la grêle, l'aléa extrême
photo : RStelmach / Getty Images / iStockphoto

Chaque année, c’est entre mai et septembre que, statistiquement, de violents épisodes de grêles peuvent ravager habitations, automobiles, bâtiments professionnels ou encore récoltes. Un risque parmi les plus anciens et les plus retors.

S’il y a un événement pour lequel l’assurance prend tout son sens, c’est bien la grêle, qui représente un vrai aléa au sens strict du terme. Arrivant de ­manière brutale, avec une intensité impré­visible et très localisée, la grêle fait partie des phénomènes météorologiques les plus difficiles à cerner.

« Contrairement aux tempêtes ou aux inondations, que les météorologues arrivent à prévoir plusieurs jours à l’avance, la grêle ne se ­détecte que quelques heures avant. Trop peu pour avoir le temps de diffuser un message d’alerte par SMS, comme nous le faisons, par exemple, en cas d’orage », ­explique ainsi Floréal Sanchez, chargé de mission IARD à la ­Macif. Un constat partagé par Laurent Decelle, directeur ­réseaux et partenariats AIS chez Covéa : « L’exercice d’anticipation des chutes de grêle reste très compli­qué. La grêle est un phénomène très sporadique, à tel point que dans une ville de taille moyenne, des secteurs peuvent être touchés et d’autres pas du tout... ». Due à une agglomération de glace autour des particules de l’atmosphère sous l’effet du vent et de l’humidité, la grêle peut frapper à tout moment, même si certaines périodes de l’année (de mai à août) et certaines zones géographiques (Sud-Ouest, Centre, Bourgogne, Nord-Est) enregistrent des fréquences plus élevées. « On parle souvent de couloirs de grêles, qui se situent sur un axe Pays basque-­Lorraine », avance Emmanuel Argod, directeur régional Axa Entreprises IARD Sud-Est.

En dommages, un risque mutualisé

Dans ce contexte, pas étonnant que la garantie grêle ait été une des premières activités d’assurance autorisées, avec la couverture incendie et la maritime. « Pionnier sur l’assurance grêle dès 1834, l’Étoile a progressivement été rejointe par d’autres ­acteurs, dans une France essentiel­lement agricole qui ­commen­çait à se mécaniser » ­rappelle ­Emmanuel Lelièvre, ­directeur des opérations d’assurance et de réassurance de l’Étoile.

Mais, malgré le recul dont ils bénéficient, ce risque reste un vrai casse-tête pour les assureurs, d’autant qu’il ne bénéficie pas du régime spécifique cat’nat’. La seule solution : le mutualiser avec les autres risques dommages. « La grêle est ­intégrée dans la garantie TGN (NDLR : Tempête-Neige-Grêle) présente avec l’incendie dans la majorité des contrats dommages du marché », explique Stéphane Penet, directeur du pôle assurances de dommages et de responsabilités à la Fédération française de l’assurance (FFA). « Seule la garantie tempête, sortie des cat’nat’ en 1999, est obligatoire, mais en usage, les assureurs rajoutent ­systématiquement la grêle et la neige », poursuit-il.

EN MRH, une garantie difficile à chiffrer

En MRH, le risque concerne surtout les vitres, les vérandas et les tuiles. En auto, le conducteur doit avoir souscrit l’option bris de glace pour couvrir le pare-brise touché par la grêle, ou mieux, une garantie tous risques, afin d’assurer également les dommages et déformations sur la carrosserie. « Il n’y a pas de problème de capacités sur ce marché, même si des épisodes ponctuels intenses peuvent désorganiser les services de gestion » remarque Floréal Sanchez, de la Macif, évoquant les épisodes de grêle des 7, 8 et 9 juin 2014, où 80 000 sinistres ont été déclarés en quelques jours !

C’est exactement le même événement climatique qui a marqué Stéphane Gin, ­directeur adjoint de la Fédération nationale Groupama, qui se souvient que ce dernier a coûté, à la seule Caisse Groupama Paris-Val de Loire, la somme de 45 M€, dont 30 M€ en dommages et 15 M€ au titre des récoltes. Pour autant, en dehors de ces épisodes marquants, les assureurs peinent à chiffrer l’impor­tance de ce risque, la quantification annuelle des ­sinistres dus à la grêle étant rendue assez floue… par la mutualisation. « En MRH, les ­sinistres grêle sont enregistrés à la ligne TGN, sans ventilation » ­explique Stéphane Penet. Quant à l’auto, Floréal Sanchez précise que, « si la grêle endommage le seul pare-brise du véhicule, le ­sinistre sera comptabilisé comme un bris de glace, alors que si elle impacte la carrosserie, il sera intégré aux dommages à la carrosserie »… Difficile, dans ces conditions, de dresser des statistiques précises, même si tous les assureurs ­s’accordent pour dire qu’il s’agit plus d’un risque d’intensité que de fréquence. « Comme tous les aléas climatiques, le risque grêle est très volatil et varie selon les années. Les moyennes ne veulent donc pas dire grand-chose. Mais en l’absence d’étude réelle sur le sujet, on ne peut pas confirmer que la fréquence des épisodes de grêle violents aug­men­te » reconnaît Stéphane ­Penet.

  • 60 % Le taux de pénétration de l’assurance grêle (multipéril compris).
    Source : FFA 2015
  • 5 000 €/ha Le coût d’un filet antigrêle. L’installation d’un canon antigrêle revient à environ 100 000 €.
  • 850 M€ Le coût record pour 363 000 sinistres de l’orage de grêle qui s’est abattu en région parisienne début juin 2014.
    Source : FFA

Flottes autos : protéger ou débosseler

Côté professionnels, tous ne sont pas logés à la même enseigne. « Les constructeurs d’automobiles, qui stockent les véhicules sur de grands parkings, souvent le long des voies rapides, sont particulièrement exposés à la grêle, tout comme les concessionnaires et les loueurs de voiture », explique ainsi Emmanuel Argod. S’il est difficile de protéger toutes les voitures, parmi les mesures de prévention, Axa entreprise propose un ­service d’alerte météo sur smartphone. En cas d’alerte, certains responsables de parc ont, par ailleurs, mis en place un process de rappel de leurs chauffeurs, afin de rentrer sous hangar le maximum de véhicules. « Sur ­certaines zones à risque, les filets de protection sont très efficaces, et peuvent se révéler indispensables. Cela peut même être une condition d’assurance si une concession a déjà été touchée plusieurs fois » reconnaît Nadine Mondy, responsable technique flotte entreprise d’Axa.

Covéa, leader sur cette cible des pros de l’auto avec MMA, a choisi de mettre l’accent sur la réactivité : « Comme nous le faisons pour nos clientèles de parti­culiers, mais de façon encore plus rapide, car concentrée par parc, nous ­déployons des plateformes de ­débosselage (NDLR : Dent­Wizard ou Safra). Ces structures chif­frent les dommages et mettent les véhicules en réparation selon un process quasi industriel, qui permet de diviser les délais de traitement par deux », détaille Laurent ­Decelle.

Pour les assureurs flottes, l’impact de la grêle sur les résultats techniques n’est pas négligeable : « Les concessions et gara­ges représentent 10 % du CA de notre branche auto. Une année sans gros épisode de grêle, nous recevons entre 70 et 150 déclarations de sinistres. En 2014, année noire pour la grêle, nous avons ouvert plus de 400 dossiers sinis­tres », estime Emmanuel Argod, d’Axa.

Des agriculteurs font le choix de ne pas se couvrir

Si les particuliers et les professionnels sont plutôt bien couverts contre la grêle, il n’en est pas de même pour les agriculteurs, pourtant très exposés. Logiquement, les cultures les plus à risque sont celles qui pourrissent vite ou qui demandent un aspect irréprochable comme la vigne, les fruits, l’horticulture, le colza, le maraîchage…

Aujourd’hui, seuls 60 % des agriculteurs sont assurés contre ce risque, soit avec un contrat grêle seul, soit à l’intérieur d’un contrat assurance multipéril ­récolte, avec une franchise à la culture, ou (le plus souvent) à la parcelle. ­Subventionné par les pouvoirs ­publics pour compenser la sortie du fonds des calamités agricoles en 2005, le contrat multi­péril couvre la grêle, la tempête, le gel, l’inondation et la sécheresse, mais il peine à séduire (+3 % par an). Sur 100 exploitations, 35 sont assurées en grêle pure, 25 en multi­péril et 40 ne sont pas couvertes contre la grêle.

Les raisons de ce choix de non-assurance sont nombreuses, le coût étant le plus souvent invoqué par les récalcitrants. D’autres estiment que leur région est peu concernée par le risque de grêle, ou qu’ils ont assez de stocks pour faire l’impasse. Chez les maraîchers, on préfère installer des serres, et chez les arboriculteurs, des filets de protection antigrêle.

« Compte tenu de l’investissement nécessaire, les agriculteurs qui s’équipent ne s’assurent plus, il est donc difficile pour nous d’évaluer l’efficacité des dispositifs » estime Emmanuel Lelièvre, de l’Étoile. Reste la viticulture, une monoculture très ­fragile et exposée aux grêles de début d’été. Mais pourtant, là aussi, l’assurance n’a pas encore convaincu tous les viticulteurs, ce qui laisse François ­Schmitt, agriculteur dans le Nord-Est de la France et président délégué de la Fédération nationale Groupama, sceptique : « Le risque grêle sur récoltes est très aléatoire, la bonne gestion de mon entreprise ne ­relève pas de la roulette russe : je n’ai pas de toit sur mes parcelles, donc je m’assure » À chacun sa vision de la gestion des risques…

Neil Costello, directeur technique ingénierie Opérations de Paris chez FM Global
« La grêle est un vrai risque industriel »

  • Quels dégâts la grêle peut-elle occasionner sur un site industriel ?
    La grêle peut toucherles bâtiments, les stocks, les outils de production, les véhicules et les équipements installés sur les toits. Nous avons étudié et simulé les dégâts causés par la grêle. Nous savons qu’à partir d’un diamètre de 25 mm, et à une vitesse moyenne de 22 m/sec (80 km/h), un grêlon peut casser les vitres. Au-delà de 40 mm, ce sont les tuiles et les toits anciens, notamment en fibrociment ondulé, qui vont se fissurer ou se percer. Un sinistre grêle sur un site industriel se chiffre de 100 000 € à plusieurs millions d’euros.
  • Quels sont les moyens de prévention possible ?
    La meilleure protection reste un toit résistant et en bon état. C’est pourquoi nos ingénieurs visitent régulièrement les sites de nos clients. Il faut faire vérifier l’usure des toitures et des installations d’écoulement des eaux, pour éviter qu’elles ne soient bouchées par les grêlons. De même, une petite tôle ou une grille pour les unités de refroidissement sur le toit permet d’éviter de gros dégâts. Et bien sûr, il faut mettre, si possible, les stocks et les véhicules à l’abri en cas d’orage.

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