Santé et prévoyance : la difficile quête de la rentabilité

Santé et prévoyance : la difficile quête de la rentabilité
luc Boegly / Artedia / Leemage

Les risques prévoyance et santé souffrent en collective d’une moindre rentabilité qu’en individuel. Les acteurs de l’assurance déploient différentes stratégies pour retrouver des marges.

L’équation devient complexe pour les acteurs de l’assuran–ce de personnes. Comment assurer une rentabilité suffisante dans le contexte actuel, où le marché de la complémentaire santé voit notamment sa progression s’essouffler année après année (+1,3 % en 2015 et 2016) ? « La généralisation de la complémentaire santé a, tout à la fois, attiré de nouveaux acteurs et accéléré la standardisation des offres, rappelle Vincent Harel, directeur de l’activité santé & prévoyance de Mercer France. La concurrence s’est donc, logi­quement, faite sur les prix. » Un phénomène qui a eu un impact sur des marges déjà réduites, au sein d’un marché de la collective où le résultat technique reste toujours net­te­ment négatif.

Équilibre complexe

« Les ratios techniques en santé restent autour de 103 %, avec des pers­pectives d’amélioration limitées dans les années à venir », admet Céli­ne Blattner, actuaire qualifiée IA et responsable du pôle santé et prévoyance d’Actuaris. Mais plus encore que la standardisation, souligne Mme Blattner, un autre danger guette : « L’hypersegmentation du mar­ché, qui permet moins de compen­sation entre populations. »

Perspective peu radieuse confirmée par Philippe Dabat, directeur général délégué d’AG2R La Mondiale : « La quête de la rentabilité en santé collecti­ve est d’autant plus complexe aujourd’hui que les initiatives amenant les complémentaires santé à moins rembourser (contrats responsables, Optam et Optam-co…) se comptent en réalité sur les doigts d’une main… Et la contrepartie, c’est la hausse du reste à charge et le mécontentement de nos clients. »

Selon Vincent Harel, les surcomplé­mentaires ne constituent pas véritablement une solution miracle : « Elles ne devraient pas avoir d’effet vertueux sur la rentabilité, d’autant plus qu’elles sont souvent souscrites à titre individuel : elles pourraient même complexifier le pilotage des régimes ! »

Santé, une collective en essor, mais...

La collective représente 44 % des cotisations en santé en 2015 (données ACPR/Drees), soit une hausse de 4 points par rapport à 2007 – une progression régulière qui devrait s’amplifier avec la réforme de la généralisation. Mais son résultat technique reste nettement négatif, entre 2 et 4 % selon les années : les prestations plus importantes (+10 points par rapport à l’individuelle) dépassent l’impact des charges de gestion plus faibles (-3 points). Les différentes familles d’organismes assureurs ne sont toutefois pas logées à la même enseigne : les pertes des sociétés d’assurance sont nettement plus faibles que celles des mutuelles et des institutions de prévoyance, avec une différence moyenne de trois points sur la période 2011-2015.

La prévention délaissée

Face à une croissance atone et une concurrence éclatée, différenciation et diversification sont les maîtres mots dans la bouche de beaucoup d’acteurs. « Tous se tournent sur la valorisation de nouveaux services, d’innovations… Mais cela ne devrait pas améliorer la rentabilité de la collec­tive à court terme », prévient Céli­ne Blattner d’Actuaris. Sur la seule santé, face à une offre standardisée par les contrats responsables, la prévention, l’e-santé, les services sont des pistes inégalement explorées. « Mener une politique de prévention santé coûte cher et prend du temps pour obtenir des résultats tangibles », note Philippe Dabat, avant d’ajouter : « Les fonds de solidarité et les cotisations (via le haut degré de solidarité) aident à la financer » – un enjeu majeur pour AG2R La Mondiale et ses nombreuses branches professionnelles et fonds dédiés... « L’impact de la prévention sur la sinis­tralité est encore difficile à estimer, poursuit-il. Mais nous espérons obser­ver de premiers effets sur le dentaire – avec, à terme, moins de dépen­ses prothésiques. »

Le contexte diffère quelque peu pour la prévoyance, mais reste délicat. Si le marché de la collective connaît un regain d’intérêt global, notamment porté par la fin des clauses de désignation, ses perspectives de rentabilité doivent être observées avec prudence. Le risque s’est dégradé ces dernières années, pour des raisons conjoncturelles (taux bas, absence de rendements financiers) comme structurelles (vieillissement de la popu­lation, réformes des retrai­tes).

Autre frein mis en avant par Céline Blattner : « Autant les entreprises ont pris l’habitude des augmentations annuelles de cotisations en santé, autant ces revalorisations sont moins fréquentes en prévoyance. Depuis quelques années, certains assureurs préfèrent résilier des segments de porte­feuilles non rentables, quitte à perdre des parts de marché ». Ce que confirme Philippe Dabat pour AG2R La Mondiale : « Nous n’hésitons désormais plus à résilier définitivement des contrats non rentables. Et si ces comptes ou branches lancent ensuite un nouvel appel d’offres pour leur couverture prévoyance, nous y regardons à deux fois avant de candidater – surtout qu’il y a souvent des ardoises à la clé ». Les acteurs de taille intermédiaire ou moindre risquent dans tous les cas de rencontrer de plus amples difficultés que les plus importants. « La prévoyance collective engage immédiatement des montants – et donc des capitaux propres – nettement plus importants qu’en santé… et ne pardonne aucune erreur », rappel­le Phili­ppe Dabat. « Ce marché nécessite une expertise que n’ont pas encore, par exemple, les petites mutuelles », souligne Vincent Harel – un manque sur lequel, par exemple, se positionne l’UNMI.

Mais s’il y a encore des segments à couvrir en prévoyance – non-cadres, TPE/PME – les potentielles marges en découlant sont incer­taines. « Leur couverture serait vraisemblablement assez basse, avec un impact par conséquent négligea­ble sur la rentabilité », prédit Céline Blattner. « En réalité, ces deux nouveaux marchés n’en sont guère : ils sont souvent couverts par l’intermédiaire des accords de branche ou, en absence d’accord, via des négociations en inter­ne pour les plus grandes entrepri­ses », ajoute Philippe Dabat.

L’enjeu : être différent

Quelles marges de manœuvre reste-t-il ? En santé, la tarification reste un enjeu majeur, dans un contexte moins marqué que par la réfor­me de la généralisation : « Des acteurs étaient encore prêts, il y a quelques années, à vendre à perte pour gagner des parts de marché : la situation s’assainit aujourd’hui, ce qui pourrait avoir un impact à moyen terme », constate Céline Blattner.

La différenciation augure également certaines perspectives : « Les enjeux opérationnels pour les entreprises, par exemple autour de la qualité de vie au travail, sont de vrais sujets d’intérêt pour elles », estime Vincent Harel. Si la prévoyance est aujourd’hui impactée par les taux bas, ces derniers pourront difficilement l’être davantage. De même, le faible taux d’équipement des TPE/PME reste un vecteur de développement malgré tout non négligeable. Mais si les marges de demain se construisent aujourd’hui, tous les acteurs auront-ils les reins assez solides pour passer cette période charnière ?

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