[DOSSIER] Experts en dommages aux biens 1/3

Se diversifier sans se disperser

Les principaux acteurs de l'expertise dommages aux biens misent sur leur polyvalence pour faire face à la pression qu'ils subissent dans le domaine des sinistres de fréquence. Ils cherchent également des relais de croissance.

La création d'Adenes en 2009 résume à elle seule la logique en oeuvre sur le marché de l'expertise. « En réunissant les compétences d'Elex en dommages, d'Equad en responsabilité civile, de Naudet et Seri en risques industriels et d'un réseau de partenaires à l'international, nous sommes désormais en mesure de faire, en expertise non-auto, une proposition globale à des assureurs multirisques en France comme à l'étranger », explique Michel Stagnara, président d'Adenes. Compte tenu des investissements à réaliser pour traiter les sinistres de masse et de la faible rentabilité de cette activité, la polyvalence s'avère incontournable. Risques spéciaux, responsabilité civile, protection juridique, construction, pertes d'exploitations, vols... Autant de spécialités exercées par les ténors de l'expertise avec, en filigrane, l'objectif d'intervenir sur des dossiers à plus forts enjeux financiers et dépassant les frontières de l'Hexagone.

Repenser les organisations

Reste que cette polyvalence a un prix. Sur ces segments à plus forte valeur ajoutée, les concurrents sont nombreux, à l'instar du groupe CET (risques électriques, industriels, aéronautiques) ou d'Erget (RC, construction, etc. avec une forte présence à l'étranger), pour ne citer que ces deux acteurs. De plus, intervenir sur des dossiers complexes nécessite un mode d'organisation peu compatible avec la gestion des sinistres de fréquence. « D'un côté, il faut mettre en place des processus très industrialisés, alors que, de l'autre, c'est la valeur ajoutée qui prime », explique Yann de Mareuil, PDG de Cunningham Lindsey France. Pour répondre aux besoins des grands comptes, ce groupe international dispose d'un pôle structuré par métier : « Cette organisation mobilise des équipes à fort potentiel et des outils de collecte et d'analyse de données permettant de proposer des retours d'expérience pour aider les entreprises à mieux maîtriser leurs risques. »

Comme Cunningham Lindsey, des acteurs misent sur ces prestations à plus forte valeur ajoutée, pour fidéliser des assureurs, mais aussi des entreprises et des collectivités qui s'auto-assurent ou qui ont à gérer des sinistres sous franchise. Un marché sur lequel se positionne, par exemple, le groupe Saretec, « avec 80 experts spécialisés en industrie, entreprises et collectivités locales, une force expertale que nous venons d'organiser au sein d'un pôle distinct pour lui donner plus de visibilité », explique Francis Depauw, son PDG.

Face à des assureurs qui fusionnent ou s'associent pour mutualiser leurs réseaux de prestataires, la tentation est grande d'explorer d'autres marchés que l'assurance. Nombre d'acteurs interviennent maintenant dans le domaine du diagnostic immobilier pour le compte de gestionnaires de patrimoine immobilier. C'est le cas de Polyexpert, avec une « entité qui évolue progressivement vers tout ce qui touche aux aspects environnementaux de l'habitat », explique Georges Douna, président du groupe. Avec l'aménagement des lieux de vie pour les personnes handicapées, le diagnostic immobilier constitue une voie de diversification logique.

Innover, toujours

Ces deux activités s'appuient sur des compétences existantes et répondent à de nouveaux besoins liés aux évolutions de la société. « Le vieillissement de la population et les problématiques de dépendance que cela induit, mais aussi les préoccupations qui émergent en matière de développement durable, nous ouvrent des portes dans le domaine du service à l'habitat », confirme Bruno de Feraudy, président du directoire de Texa.

Il faut se diversifier, certes, mais sans disperser son énergie sur des marchés trop éloignés de son coeur de métier. En parallèle, les groupes d'expertise cherchent donc à élargir la palette de prestations proposées aux assureurs. Conseil et prévention via le biais du diagnostic immobilier, mais aussi réparation en nature, une activité qui fait de plus en plus d'émules. À l'instar de Saretec. « Nous pouvons intervenir en maîtrise d'oeuvre, en réparation et amélioration des bâtiments, dans le cadre de travaux importants », indique Francis Depauw, qui n'exclut pas un jour de monter un réseau de prestataires pour les sinistres de masse. Reste que cette activité comporte des risques et s'avère complexe à mettre en oeuvre.

La délégation pour compte de tiers est une autre piste, même si les perspectives sont encore limitées. « La gestion des sinistres étant un moment clé dans la relation clients, les assureurs préfèrent aujourd'hui garder la maîtrise de cette fonction, d'autant qu'ils ont consenti des investissements importants en interne », explique Sabine Gräfe, directrice d'études du cabinet Xerfi. Le temps et les circonstances changeront peut-être la donne. Les experts se préparent : plus que jamais, ils doivent innover pour rester incontournables aux yeux des assureurs.

RÉPARATION EN NATUREUN MARCHÉ PROMETTEUR MAIS ENCOMBRÉ
  • Alternative à l'indemnisation pécuniaire, la réparation en nature constitue une suite logique de l'expertise. Mais nombre d'assureurs ont déjà investi ce créneau en créant leurs propres réseaux d'artisans : Groupama avec sa filiale France maintenance habitat, ou la Macif avec le GIE Inter Mutuelle habitat. Toutefois, il reste des places à prendre. Preuve en est, l'appel d'offres lancé en 2010 par Generali et Aviva, qui intégrait un volet réparation en nature. En pratique, monter un réseau de toutes pièces s'avère difficile. Le groupe Prunay s'est lancé sur ce marché en rachetant la société Maisoning, ce qui lui permet de proposer aujourd'hui des prestations 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. De son côté, Polyexpert s'est allié au groupe Archipelle (Camif habitat et Illico Travaux) pour créer une coentreprise, Dynaren.

 

INTERNATIONALINDISPENSABLE POUR COUVRIR LES GRANDS RISQUES
  • Pour répondre aux attentes des assureurs qui travaillent auprès de grands comptes internationaux ou qui accompagnent des PME à l'export, les experts doivent eux aussi élargir leur horizon : se doter de compétences et de relais à l'étranger. Hormis quelques cabinets spécialisés et Cunningham Lindsey, groupe implanté dans 70 pays, rares sont les acteurs de l'expertise disposant d'effectifs au-delà des frontières. Pour les autres, l'alternative consiste à nouer des partenariats. En tant que membre du réseau VRS, Adenes travaille ainsi avec 3 000 experts intervenant dans 70 pays. « Cela ne dispense pas le groupe d'avoir au sein de ses équipes en France de bonnes connaissances des techniques assurantielles, du droit et des pratiques de l'expertise à l'étranger », précise Michel Stagnara, son président.

AMÉNAGEMENT DES LIEUX DE VIEUN SERVICE QUI OUVRE DE NOUVELLES PERSPECTIVES
  • Prestation encore marginale, l'aménagement des lieux de vie des personnes handicapées se développe au fur et à mesure que les assureurs adoptent de nouveaux modes d'indemnisation. Analyse des besoins des victimes, préconisation d'aménagement, contrôle des travaux : cette prestation nécessite des compétences techniques et, surtout, des capacités d'écoute. Le groupe Prunay (Adapthome) et Union d'experts, précurseurs sur ce marché, interviennent dans le cadre de l'indemnisation des victimes d'accidents. Mais leurs prestations peuvent aussi s'inscrire dans le cadre de la dépendance ou répondre à des demandes d'établissements recevant du public qui devront, d'ici à 2015, se conformer aux normes en matière d'accessibilité. Reste la question du financement en dehors des garanties assurantielles, comme le souligne Maxime Clément, directeur du développement d'Union d'experts.

DIAGNOSTIC IMMOBILIERCAPITALISER SUR LES COMPÉTENCES INTERNES
  • Presque tous les grands groupes d'expertise proposent des prestations dans le domaine de l'habitat et de l'immobilier. Audit des risques, vérification de la conformité avec les normes en vigueur, conseil en matière de rénovation, autant de services proposés aux entreprises, aux gestionnaires de biens immobiliers, voire aux particuliers. Ces prestations s'appuient sur les compétences déjà existantes en interne, et nécessitent une veille constante en matière réglementaire. D'autres acteurs explorent ce marché, si ce n'est que les experts ont une place à prendre notamment dans une optique de prévention des risques, un sujet qui fait écho aux préoccupations des assureurs. De quoi resserrer les liens, si les experts parviennent à articuler cette prestation avec des missions plus traditionnelles.

GESTION POUR COMPTE DE TIERSEN ATTENDANT PLUS DE DÉLÉGATION
  • Marché émergent, la gestion pour compte de tiers répond, pour l'instant, à des besoins très spécifiques. Ceux qui confient toute la chaîne de gestion des sinistres à des tiers sont surtout des assureurs étrangers disposant de peu d'effectifs dans l'Hexagone. Les autres se montrent très réticents à externaliser leur coeur de métier. S'ils font appel à des tiers, c'est soit pour leur confier des portefeuilles en run-off, soit pour faire face à des pics d'activités de manière ponctuelle. Les départs en retraite ou les plans de réduction des coûts pourraient changer la donne, tout comme la mise en application de Solvabilité 2, qui devrait, selon Patrick Weil (groupe Prunay), inciter les assureurs à externaliser plus massivement leurs contrats en run-off.

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