[DOSSIER] Dossier seniors : l'assurance face au vieillissement 2/3

Seniors : vers une « silver » assurance

Seniors : vers une « silver » assurance
shapecharge / Getty Images

Les nouveaux seniors sont arrivés et ils ne veulent surtout pas qu’on leur parle de vieillesse ! Ils voyagent, prennent soin d’eux, peuvent encore avoir des projets immobiliers ou des enfants à charge alors que leurs parents commencent à montrer des signes de dépendance... Les assureurs sont en train de prendre la mesure de ce tournant sociologique.

C’est une règle bien connue des actu­aires : le risque de décéder dans l’année augmente de 7 à 8 % par an dès l’âge de 20 ans. Mais l’humain est ainsi fait qu’il n’en prend réellement conscience qu’au moment où les premiers signes de dépendance se font sentir : après un accident ou, de manière plus naturelle mais irréversible, avec l’âge.

Les assureurs ont donc décidé – plus ou moins arbitrairement mais de façon unanime – de fixer l’âge d’entrée dans la catégorie « senior » à 55 ans. « C’est, en géné­ral, l’âge auquel les assurés commen­cent à dégager de nouvelles capacités financières, car ils ont achevé de financer l’acquisition de leur domicile et les études de leurs enfants », explique François Féquant, directeur solutions d’assurances clients particuliers chez Generali. C’est aussi « l’âge où l’on commence à penser à sa retraite et à la transmission de son patrimoine, ajoute Catherine Kerrevel, directrice générale de La Banque postale assurance santé. Toutes les études confirment que ces préoccupations appa­raissent dans les dix années précédant l’âge de départ à la retraite. »

Seniors… mais pas vieux

Pas question, pour autant, de s’adresser aux seniors comme à des vieux : « Je vous déconseille de parler de garanties obsèques ou dépendance à une personne de 55 ans ! », sourit Sophie Chastain-Lopez, directrice client, développement et innovation d’Eovi MCD. La mutuelle l’a bien compris puisqu’elle a lancé, il y a deux ans, une chaîne Youtube commu­nautaire dont le nom est à lui seul un programme, « Je ne suis pas un senior ». Ses 118 000 abonnés se sont vu pro­po­ser, en décembre, quatre nouveaux programmes du type « Régaler ses petits-enfants » avec AbdelKarim, le finaliste de l’émission le Meilleur Pâtisser ou « Garder de belles fesses » avec Véronique, ex-pré­sentatrice de l’émission Gym Tonic.

Des seniors toujours plus nombreux

  • 24,9 % de la population française a plus de 60 ans, dont 9,1 % dépassent 75 ans en 2016.
  • En 2040, 31 % de la population française aura plus de 60 ans, et 14,7 % plus de 75 ans.
    Source : Insee

Taux d’activité... la bascule des 60 ans

Le taux d’activité par tranche d’âge...

  • 79 % des 50-54 ans ont un emploi.
  • 70 % des 55-59 ans.
  • 28 % des 60-64 ans.
  • 6 % des 65-69 ans.
    Source : Conseil d’orientation des retraites, octobre 2016

Des jeunes seniors plus aisés

Revenu annuel disponible des ménages selon l’âge de la personne de référence.

  • De 55 à 64 ans : 39 590 €
  • De 65 à 74 ans : 34 670 €
  • De 75 ans et plus : 29 200 €
    Source : Insee, 2015

Anticiper sa dépendance… mais pas trop tôt

De même, La Banque postale a lancé en 2015 une campagne de publicité mettant en scène des seniors hyperactifs, pressés, jetlagués, amateurs de yoga et de jeux vidéo. Mais la chute de ce spot de publicité enjoint ces jeunes seniors à préparer un avenir nettement moins radieux : « Pour vieillir bien, il faut anticiper et préserver son épargne en cas de perte d’autonomie. » C’est toute la difficulté de l’exercice : comment sensibiliser les seniors à un futur dans lequel ils n’ont pas envie de se projeter ?

Règle numéro 1 : on ne parle pas à un sexagénaire encore en activité professionnelle comme à un retraité de 80 ans. La cible des seniors a donc été scindée en deux segments dont les bornes d’âge varient d’un assureur à l’autre. Generali et La Banque postale ont ainsi fixé la frontière à 70 ans ; Groupama et Eovi MCD Mutuelle à 75 ans. « Le vieillissement commence vraiment après 75  ans », observe Sophie Chastain-Lopez. C’est la période durant laquelle les premiers signes de déclin de l’autonomie apparaissent et où il est fondamental de préserver le lien social.

Quand tout va encore bien, la différence entre l’âge réel des seniors et leur âge ressenti tend à se creuser (1) : les personnes de 50 à 64 ans se voient avec 12 ans de moins que leur état civil et les 65-79 ans avec 16 ans de moins. Mais passé 80 ans, la réalité les rattrape. Ils ne se donnent plus que 8 ans de moins que leur âge réel.

Les assureurs sont particulièrement attentifs aux évolutions sociologiques de ces tranches d’âges. Pour mieux les appréhender, le groupe April est allé jusqu’à mener une étude ethnographique en immersion dans la vie des seniors (lire l’interview ci-contre). Car cette cible est hautement stratégique, en terme démographique bien sûr : les plus de 60 ans représentent aujourd’hui 24,9 % de la population française (c’est-à-dire davantage que les moins de 20 ans, qui ne sont plus que 24,4 %). Dans quarante ans, ils seront 31 %.

De plus, « les seniors sont des assurés fidèles, sensibles aux sujets de prévention et plus sages que la moyenne au volant (du moins jusqu’aux environs de 80 ans) », ajoute Franck Offredi, directeur assurances de Groupama. Cela expli­que pourquoi la place de l’assurance en a fait sa cible de prédilection, notamment en matière d’assurance santé. Depuis la généralisation de la complémentaire maladie à tous les salariés, plus connue sous le sigle ANI, les contrats individuels n’ont plus que deux marchés, les jeunes et les seniors. Au regard de ses revenus et de ses besoins, la seconde catégorie s’avère nettement plus intéressante : « Une complémentaire santé senior représente environ 1 000 € de cotisations par an, esti­me Catherine Kerrevel. C’est une clientèle difficile à capter, mais une fois que la confiance est acquise, elle se révèle très fidèle. » C’est aussi une clientèle très dispu­tée…

2 offres spécial seniors

  • Eovi MCD Santé Vitalité
    - Promesse : la complémentaire santé qui s’adapte aux besoins des plus de 55 ans, avec des services de prévention et d’assistance.
    - Signe particulier : 5 niveaux de garantie et 2 renforts optionnels (hospitalisation, prévention et bien-être / optique et dentaire) qui sont souscrits par 56 % des assurés.
    - Date de lancement : septembre 2016.
    - Résultats : un an après son lancement, cette offre est souscrite par un tiers des adhérents de plus de 55 ans.
  • Cohésion Arcange
    - Promesse : assurance du club Génération Mouvement (ex-Les Ainés ruraux).
    - Signe particulier : la Fédération nationale du mouvement a souscrit trois contrats (RC Pro organisateur de voyages, garantie financière et protection juridique) pour couvrir à la fois les seniors participant aux différentes activités (assurance et assistance voyage) ainsi que les dirigeants et la personne morale des différentes associations du réseau.
    - Assureur : Groupama.

De nouveaux enjeux santé

Dans le sillage de l’ANI, tous les assureurs ont donc attaqué cette cible bille en tête, en adaptant leurs contrats individuels aux besoins spécifiques. Alors que les garanties maternité ou orthodontie n’ont plus vraiment lieu d’être, l’hospitalisation, l’audioprothèse et la prévention deviennent des enjeux majeurs. La gamme Senior de La Banque postale valorise les garanties hospitalisation, « car c’est un sujet clé pour les seniors, explique Catherine Kerrevel. La prise en charge financière est impor­tante, bien sûr. Mais nous sommes aussi très atten­tifs à l’accom­pagnement à la sortie afin de prévenir le risque de réhospitalisation ». Cette offre va prochainement être enrichie de services de santé connectés pour améliorer la prévention et la prise en charge des malades.

Le déploiement de services est une tendance majeure et un levier de différenciation. Groupama a ainsi pris le parti d’accompagner les garanties de son offre Santé Active Senior de services à la person­ne « afin d’aider les seniors à mieux profiter de leur âge », explique Franck Offredi en insistant sur sa philosophie : « Nous avons voulu avoir une approche globale de la personne. » En s’affran­chis­sant du clivage entre IARD et assurance de personnes, le service de téléassistance du groupe Noé détecte les chutes ou les malai­ses, la Box Habitat assure la télésurveillance en détectant aussi bien les intrusions que les incendies… Ces services sont proposés dans le cadre du processus de souscription de la complémentaire santé.

Generali, en revanche, a choisi de créer un bouquet de services en complément de sa gamme senior. « Avec nos partenaires, dont Verisure (télésurveillance) et Europ Assistance [sa filiale], nous allons lancer durant le premier trimestre 2018 un bouquet de services qui permet aux personnes de s’absenter en toute sérénité de leur domicile, explique François Féquant. Ils seront proposés par notre réseau commercial aux assurés qui les souscriront auprès de nos partenaires à des tarifs préférentiels. »

Laurence Willems, directrice Innovation et marketing stratégique du groupe April
« 70 ans, la génération Rolling Stones »

  • Qu’est-ce qu’un senior en 2018 ?
    Il n’y a pas un, mais des seniors : cette population ne peut plus être abordée de façon monolothique. Pour mieux la connaître, nous avons mené une étude ethnographique allant au-delà des réunions et panels classiques en décryptant les signaux non verbaux : des ethnologues ont passé plusieurs jours au domicile de baby boomersde 60 à 75 ans afin d’étudier la façon dont ils vivent. Ils se sont, par exemple, rendu compte que leurs enfants et petits-enfants sont omniprésents (par le biais de photos et de jouets) dans leur univers.
  • À quelle segmentation êtes-vous parvenus ?
    La segmentation par âges reste pertinente, mais insuffisante. En fonction de leur style de vie, de leurs rapports aux loisirs, à la santé, à leurs enfants, petits-enfants, parents... nous avons identifié quatre profils types : les hédonistes (30 % de la population), qui ne veulent pas vieillir et s’en donnent les moyens ; les « tradis » (26 %), qui ont aussi des revenus élevés mais se concentrent sur leur famille ; les pragmatiques fatalistes (20 %), qui ont des revenus moyens et vivent l’avancée de l’âge comme une déchéance physique ; et enfin, les casaniers (24 %), qui ont choisi de se replier sur leur sphère privée.
  • Conclusions pour un assureur ?
    Cette approche fait apparaître différents « trous dans la raquette » des offres d’assurance dont le manque de garanties intergénérationnelles (avec les petits-enfants pour ayants droits, par exemple). Nous sommes en train de réfléchir à de nouvelles offres en assurance santé et prévoyance, mais aussi en dommage. Il apparaît surtout que les baby boomers n’ont pas envie qu’on leur parle de dépendance et de garantie obsèques. Ou alors pour leurs parents ! N’oublions pas qu’à 70 ans, ils sont de la génération Rolling Stones...

Privilégier l’assurance emprunteur

Ces incursions dans le monde de l’IARD restent toutefois modes­tes. Et pour cause : comment valo­riser une assurance auto seniors, par exemple, alors qu’elle a tou­tes les chances d’être plus restric­tive ou plus chère qu’une offre classique ? Les assureurs ne semblent pas pressés de trancher. D’une part, parce les seniors ne présentent pas de risques particuliers. La légè­re augmentation de la fréquen­ce des accrochages est compensée par une intensité des accidents inférieure à la moyenne ; d’autre part, parce que les pays ayant instauré une visite médicale obligatoire pour les personnes âgées souhaitant assu­rer leur véhi­cule (Grande-Bretagne, Espa­gne, Pays-Bas, Danemark) n’ont pas observé de diminution significative de l’accidentologie. En revanche, les assu­rances emprunteur méritent un traitement particulier. Il est très difficile de financer un projet immobilier passé l’âge de 65 ans. « Soyons honnêtes, on voit peu de sexagénaires prêts à s’endetter sur vingt-cinq ou trente ans, sourit Isabelle Delan­ge, directrice générale de Securimut (groupe Macif). Mais il est essentiel que les garanties proposées courent jusqu’à la fin de l’emprunt. Dans de nombreux contrats bancaires, la garantie est limitée à 65 ou 67 ans en incapacité et entre 70 et 90 ans en décès. »

Or, les seniors ont davantage besoin d’être couverts en décès qu’en invalidité (a fortiori s’ils sont à la retraite !) Pourtant, « les principaux contrats emprunteurs bancaires ne proposent de garantie décès que jusqu’à 70 ou 75 ans, poursuit Isabelle Delange. Il est possible de porter cette garantie à 85 ou 90 ans, mais seulement en option. Le coût – très élevé – de cette garantie n’est pas toujours intégré dans le taux effectif global, ce qui permet d’afficher un TEG inférieur au taux d’usure, mais sans aucun rapport avec la réalité du coût de cette assurance. Dans le fond, les seniors sont des risques aggravés comme les autres… ».

Securimut joue carte sur table en abordant les emprun­teurs seniors comme des risques spéciaux. « Sur cette cible, notre part de marché est trois fois supérieure à la moyenne », commen­te Isabelle Delange. Il faut croire que la transparence paye…

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Prestations de services en assurances.

Ville de Caluire et Cuire

19 mai

69 - CALUIRE ET CUIRE

Prestations de service d'assurances diverses

Ville de St Gervais les Bains

19 mai

74 - ST GERVAIS LES BAINS

Prestations d'assurance.

Centre hospitalier Pierre Oudot

19 mai

38 - BOURGOIN JALLIEU

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Seniors : vers une « silver » assurance

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié