« Sois le changement que tu veux voir »

À l'occasion du Grand Forum de l'assurance organisé par L'Argus, une vingtaine de dirigeants et de responsables se sont succédé pour exposer leurs visions du marché et esquisser les perspectives futures. Un rendez-vous majeur qui démontre que le changement structurel du secteur est en marche.


« C'est quand même les circonstances les plus compliquées que l'industrie ait eues à traiter depuis ces dernières décennies » : les propos d'Éric Lombard, directeur général de Generali France, ont remporté une adhésion totale tant des « patrons » du secteur avec qui il partageait l'estrade que des quelque 250 personnes rassemblées à l'occasion du Grand Forum de l'assurance organisé le 17 juin par L'Argus de l'assurance. Jamais, en effet, les facteurs de changement et les conditions économiques n'ont été à ce point réunis, forçant les acteurs à jongler avec les taux bas, le ralentissement des activités, l'innovation, la réglementation, le numérique, les évolutions démographiques, la révolution consumériste...

Un exercice pour le moins délicat que chacun des intervenants présents lors de cette manifestation a su si ce n'est résoudre, du moins poser en termes clairs et sans langue de bois. Une certaine humilité que quelques observateurs présents dans la salle ont jugée - de façon totalement personnelle - comme « symptomatique de la difficulté de cette équation à multiples inconnues qui semble résister même aux cerveaux les plus aguerris ».

Difficile de lister les facteurs de changement auxquels est actuellement soumis le secteur de l'assurance, mais ce qui apparaît clairement à l'issue de ces rencontres riches en témoignages, commentaires et analyses, c'est que loin d'être vécue comme la fin d'un monde, cette période marque la naissance d'une nouvelle ère dans laquelle l'assurance devrait occuper toute sa place... À condition de bien comprendre, comme le soulignait Frédéric Lavenir, directeur général de CNP Assurances, que « nous aurons à proposer des produits plus complexes, même s'il reste encore des incertitudes sur les réponses à apporter. Cependant, le point commun de ces réponses, c'est qu'elles seront plus individualisées et qu'elles intégreront davantage de services ».

Parmi les nombreux thèmes et facteurs de changement évoqués, quatre ont retenu plus particulièrement l'attention de l'assistance : l'évolution de la démographie, la hausse du coût du risque, le digital et l'orientation vers l'investissement à long terme avec l'eurocroissance.

1. L'ÉVOLUTION DE LA DÉMOGRAPHIE

« Les aspects démographiques sont les plus structurants pour les assureurs de personnes », estime Frédéric Lavenir qui détaille sa pensée en énonçant, entre autres, l'évolution des modèles familiaux, les périodes d'inactivité professionnelle, ou encore la poursuite d'activités dans d'autres conditions, en bénévolat, par exemple. « Les assureurs de personnes sont au coeur de ces évolutions, qui peuvent se révéler facteurs de stress, car elles remettent en cause des modèles anciens », souligne-t-il, avant d'arriver à une touche d'optimisme en considérant que « cela nous amène à couvrir de nouveaux univers, ce qui recèle des opportunités ». Difficile d'évoquer ces questions démographiques sans parler de dépendance. « Un risque difficile à tarifer », prévient Isabelle Hebert, directrice générale adjointe de la MGEN, rejointe dans son analyse par Jean-François Poletti, associé chez Deloitte, qui lance : « L'équilibre financier n'est pas au rendez-vous. Il n'y aura pas de cinquième branche », en préambule à l'amorce, selon lui, d'une nouvelle génération de « produits segmentés selon les profils, qui s'appuieront sur des plates-formes et des technologies existantes pour professionnaliser les services à la personne ». Outre ces questions liées aux individus et à leurs problématiques assurantielles, Éric Lombard a apporté une analyse inédite sur ce thème de la démographie en évoquant « le management, qui doit tenir compte des attentes de la nouvelle génération ». Une génération qui réagit davantage à l'attrait d'un projet qu'à l'autorité d'une hiérarchie. Aussi, « chez Generali en France, nous sommes en train de préparer un projet d'entreprise à long terme en incluant ces évolutions ».

2. LA HAUSSE DU COÛT DU RISQUE

Rarement évoqué comme une cause de changement, mais plutôt comme une inévitable conséquence du maelström dans lequel se débat le secteur de l'assurance, le coût du risque devrait néanmoins guider les stratégies à venir. Selon le PDG d'Axa France, Nicolas Moreau, l'entrée en vigueur de Solvabilité 2, le 1er janvier 2016, fera que « les régulateurs seront davantage attentifs aux risques que nous prenons, tandis qu'une nouvelle réglementation touchera les assureurs qualifiés de systémiques ». Dans ce contexte, « le coût du risque doit être pris en compte et affectera plus particulièrement les activités retraite et vie ». Ainsi, en raison d'une plus grande mobilisation de fonds propres, ce coût partira à la hausse, avec pour conséquence des produits qui ne seront plus rentables. « Il y a donc un mouvement que nous devons gérer entre le système actuel et moins de solidarité », conclut-il. Un constat largement partagé, et qui suscite d'autres réflexions comme le développement de l'affinitaire, dans l'acceptation « communautaire » de ce terme. Et si Frédéric Lavenir y voit une réponse à la solitude que risque de créer une trop large numérisation de la relation client, il souligne également la logique de « négociation collective » qui renouvelle l'antique et fondamentale mutualisation. Enfin, même si l'objet du débat portait alors davantage sur l'innovation, comment ne pas associer à cette notion de coût du risque celle évoquée par Isabelle Hebert comme une clé du futur de l'assurance : « La simplicité », qui permettrait « de faire moins cher ou de faire plus avec moins ».

3. L'INVASION NUMÉRIQUE

Depuis l'estrade accueillant les intervenants comme dans la salle réunissant les participants, il n'y a plus aucun doute : la révolution numérique est là, bien présente dans l'esprit des managers... même si, concrètement, les choses peinent et/ou tardent à se mettre en place. Néanmoins, l'enthousiasme avec lequel les dirigeants invités parlent du numérique démontre qu'ils en mesurent l'enjeu et les atouts. « Sois le changement que tu veux voir dans le monde », disait Gandhi, et semble reprendre à son compte Axa. Distribution, produits, prévention, système d'information : rien n'échappe au digital, comme le souligne Nicolas Moreau lorsqu'il annonce que « chez Axa France, c'est 15 000 personnes, salariés, agents et leurs collaborateurs, qu'il faut accompagner dans la transformation. Aujourd'hui, les gens veulent parler à leur agent, mais aussi à l'assureur en direct. Nous évoluons vers une relation triangulaire qui force à donner une présence numérique aux agents pour générer davantage d'occasions de contact. D'un point de vue informatique, cela nécessite de partager l'information qui nous arrive physiquement, par téléphone, ou via Internet ». Voilà de quoi entraîner d'importantes mutations des systèmes d'information et des infrastructures, donc des investissements à la hauteur. Mais d'indispensables investissements. Un avis que partage Nicolas Schimel, directeur général d'Aviva France, lorsqu'il souligne que « le digital va rendre possible ce qui ne l'était pas ». À condition, bien sûr, que cette révolution annoncée tienne sa promesse de l'accès aux données. Or, à ce stade, rien n'est moins sûr : « Il n'y a pas de big data de la dépendance », lance Isabelle Herbert, tandis que Nicolas Moreau avance que « nous avons accès à plus de données, sans compter celles des objets connectées, mais cela nécessite de prendre des précautions ». Dans l'assurance, on ne plaisante pas avec l'éthique.

Les transactions se jouent maintenant dans le monde digital. 80 % des 18-25 ans sont prêts à souscrire une assurance 100 % en ligne sur mobile.

Laurent solly, directeur général de Facebook France

4. L'INVESTISSEMENT DE LONG TERME

Le débat sur le soutien au développement des PME, tissu industriel et économique fondamental au maintien de l'Hexagone dans la course mondiale, n'est pas l'apanage des assureurs, même si, en tant qu'investisseurs institutionnels puissants, ils sont systématiquement visés par le gouvernement, l'actuel comme les précédents. Néanmoins, ils doivent aujourd'hui composer avec les règles de Solvabilité 2, qui raisonnent sur une gestion à un an et favorisent les obligations souveraines en contradiction avec leur modèle traditionnel reposant sur des investissements de long terme dans l'économie réelle, mis à mal depuis de nombreuses années en prévision, justement, de l'entrée en vigueur de la directive européenne. Une problématique que l'on retrouve chez l'épargnant prudent, qui privilégie, en assurance vie, les fonds en euro au détriment des unités de compte et recherche une liquidité absolue de ses placements. Le nouveau contrat eurocroissance, qui conjugue garantie et rendement sur le long terme, pourrait bien être une solution, comme l'envisage Bernard Spitz, président de la FFSA : « Ce contrat est appelé à être un produit de masse, structurant pour le marché à horizon de dix ans. » Un avis que partagent Pierre de Villeneuve, PDG de BNP Paribas-Cardif, qui qualifie l'initiative d'« opportune », et de Jean-François Lequoy, membre du comité de direction général de Natixis, chargé des assurances, qui salue « la pertinence de ce nouveau cadre réglementaire ».

Concernant la prévoyance, il faut trouver d’autres façons d’en parler. Je pense qu’il y a des innovations à faire en matière de devoir de conseil.

isabelle hebert, directrice générale adjointe de la MGEN

Investir à l’étranger permet aussi de benchmarker les bonnes pratiques et de s’inscrire dans une logique d’ouverture bénéfique à tous les niveaux du groupe.

Bruno rousset, PDG d’April Group

CYBER-RISQUES, UN POTENTIEL DISCUTÉ

Sans évoquer un Eldorado, les cyber-risques semblent un segment de marché en devenir... même s'il existait déjà hier. « Il y a vingt ans, les frontières étaient peut-être mieux définies, mais les répercussions d'un problème informatique pouvaient être tout aussi importantes qu'aujourd'hui », confie Thierry Van Santen d'AGCS. Pour Paolo Ribotta, responsable de la direction global corporate et commercial (GCC) de Generali, « une offre se construit doucement, mais la demande est réelle ». Difficile, donc, de déployer des capacités sans encaisser de primes ! Cependant, pour Anne Charon, CEO de Zurich France, le principe de réalité domine et, vu les conséquences dévastatrices à craindre, elle estime qu'il faut « permettre à nos clients d'appréhender au mieux une attaque cyber tout en leur donnant la possibilité et les moyens de sortir au plus vite d'une crise ».

Les comparateurs et la comparaison n’aident pas le marché et le consommateur final en ne comparant que les tarifs.

Pascal Demurger, directeur du groupe Maif

Le Magazine

ÉDITION DU 29 mai 2020

ÉDITION DU 29 mai 2020 Je consulte

Emploi

SAS COHEN CORPORATE ASSURANCES

Commerciaux Sédentaires H/F

Postuler

SOLUSEARCH.

Juriste Réassurance H/F

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Marché d'assurance DO et CCRD

Conseil Régional Ile de France

01 juin

75 - REGION ILE DE FRANCE

Services d'assurances pour le département des Hauts-de-Seine.

Conseil Départemental des Hauts de Seine

31 mai

92 - CONSEIL DEPARTEMENTAL

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

« Sois le changement que tu veux voir »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié