Solvabilité 2 : comment optimiser la gestion de son capital ?

Solvabilité 2 : comment optimiser la gestion de son capital ?
Pour 72% des assureurs interrogés, la rentabilité des fonds propres annualisé (ROE), sur base IFRS ou S2, constitue le principal indicateur du suivi de la performance du capital.

Dans un environnement Solvabilité 2, le pilotage du capital se sophistique. Un contexte qui impose aux assureurs européens de revoir l’organisation de la gestion du capital, sa gouvernance et de se réapproprier des techniques d’optimisation : restructuration des activités, réassurance (interne et externe) ou encore monétisation de la VIF (Value in force).

Le constat est assez saisissant. Près de trois mois l’entrée en vigueur de Solvabilité 2, moins de la moitié des assureurs européens disposent d’un département dédié à la gestion du capital, selon les résultats d’une étude du cabinet Deloitte menée auprès de 50 compagnies dans dix pays d’Europe (dont huit en France), et livrée en exclusivité à l’Argus de l’assurance. Pour le reste des sociétés sondées, cette gestion est disséminée entre plusieurs fonctions : risques, actuarielles, investissements ou encore à la comptabilité.

Gagner de la hauteur pour réduire le risque

Ce manque de vision d’ensemble et de gouvernance adaptée constitue un « risque significatif » selon les auteurs de l’étude : « la mise en place de Solvabilité 2 nécessite de la part des assureurs européens  de se doter d’une politique et d’une gouvernance dédiée pour répondre aux exigences réglementaires et améliorer la vision d’ensemble », note Claude Chassain, associée responsable Actuariat chez Deloitte France.

Incontestablement, la directive européenne renforce le poids des directeurs financiers dans le pilotage du capital. Dans 60% des cas, les départements de gestion sont placés sous sa responsabilité directe contre 9% au PDG ou 4% au conseil d’administration.

Cap sur l’optimisation !

C’est l’autre enseignement majeur de l’étude : l’accent mis sur l’optimisation du capital sous S2. Conscient que les « vieilles recettes » de gestion, souvent mécaniques sous S1, sont devenus obsolètes, près de 90% des assureurs placent l’optimisation en tête des priorités stratégiques des cinq années à venir.

Parmi les techniques à l’étude, trois retiennent principalement l’attention des compagnies :

  • La restructuration des activités/branches au sein d’un groupe : elle permet de générer des effets de diversification, bénéfiques en termes d’exigences de capital sous S2. Elle présente également un enjeu en termes de simplification dans les productions de rapports solo et accroit la fongibilité du capital, c’est-à-dire la capacité de le faire circuler d’une entité A vers une entité B.
  • La réassurance interne et/ou externe : Concrètement, le « réassureur interne » accepte les risques de plusieurs entités d'assurance du groupe pour matérialiser les effets de diversification au niveau de l'entité de réassurance, réduire les besoins en capital au niveau des entités d’assurance et démontrer la fongibilité du capital sous Solvabilité 2. C’est aussi un bon moyen de tarifer sur la base des besoins de fonds propres groupe diversifiés.
  • La monétisation de la VIF (« Value in force ») : cette technique relève de la réassurance dite « structurée ». Ce type de contrats est assez prisé par les cédantes en Europe et suscite un regain d’intérêt « en particulier en France et en Irlande », indique l’étude. Il permet d’accélérer la monétisation de valeur en permettant d’anticiper sur les profits futurs. Cette solution  s’applique principalement sur des portefeuilles fermés et sur les branches longues en raison d’une visibilité sur les flux de trésorerie suffisante.

La génération de cash, principal indicateur de suivi de la performance

« La génération de cash continuera d’être un indicateur de premier plan après l’entrée en vigueur de Solvabilité 2 », souligne les auteurs de l’étude. La publication des résultats annuels d’Axa et d’Allianz confirment cet accent mis sur le cash-flow opérationnel et sa centralisation, des filiales vers la maison mère.

A telle enseigne que pour 72% des assureurs interrogés, la rentabilité des fonds propres annualisé (ROE), sur base IFRS ou S2, constitue le principal indicateur du suivi de la performance du capital. 50% d’entre eux avancent, quant à eux, le résultat opérationnel. Les plans stratégiques des groupes concentrent d’ailleurs leurs efforts à la préservation de ces ratios financiers en plus de la marge de solvabilité.

Des lacunes dans la communication

Améliorer la communication financière est l’un des challenges identifiés par les assureurs européens. Et particulièrement pour les sociétés qui disposent de modèles internes. Près de la moitié des sondés déclarent, en effet, que la communication aux parties prenantes (investisseurs, analystes…) présente actuellement des lacunes. « Le marché doit comprendre de quelle manière les bilans réagissent en temps réel aux conditions, ainsi que les types de risques de volatilité que les entreprises sont prêtes à assumer et non à atténuer », précise Claude Chassain.

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