[DOSSIER] Spécial entreprises : Gouverner les risques 2/12

Spécial Amrae 2018 : les entreprises et leurs courtiers

Spécial Amrae 2018 : les entreprises et leurs courtiers

Les recontres de l'Amrae s'ouvre à Marseille le mercredi 7 février 2018. L'occasion de revenir sur une année marquée par des catastrophes naturelles record, des incidents industriels paralysant et des attaques cyber d’envergure. Résultat : le marché devient moins soft.

Saturé et ultraconcurrentiel, le segment des grands comptes représente 10 Md€ de primes sur les 210 Md€ du marché français de l’assurance. Un socle vital pour les assureurs grands risques et les courtiers qui font de la protection des grandes entreprises françaises leur raison d’être. En relation avec des risk managers qui achètent des clauses, des exclusions, des capacités et des placements internationaux, les grandes sociétés de courtage ont éprouvé, lors des renouvellements, la vive compétition de leur milieu. Cette année, ils ont unanimement observé un tournant dans les relations commerciales tripartites qui le caractérisent. Et pour cause, dans les mathématiques des assureurs, il y a eu la saison cyclo­nique (Harvey, Irma et Maria) qui a frappé, en septembre, les États-Unis et les Caraïbes, suivie des feux de forêt en Californie et des deux tremblements de terre au Mexique (ndlr : 116,8 Md€ de pertes assurées, selon Swiss Re) ; les recours en nom collectif (class action) qui abondent outre-Atlantique, l’incen­die de Recticel (lire p. 38), sous-traitant tchèque des constructeurs européens, ou encore l’avalanche de fraudes et d’attaques cyber qui ont, pour Wannacry et Notpetya, fait la une des médias.

Le marché se tend sur certains risques

Résultat : si les prix affichaient une baisse continue depuis dix ans, la tendance marque le pas sur certai­nes garanties. « Le marché subit un durcissement », confirme Jean Rondard, directeur risk management et membre du comex de Gras Savoye Willis Towers Watson (GSWTW). Directeur du pôle Industrie et services du courtier Bessé, Jean-Philippe Pagès estime qu’à partir du quatrième trimestre 2017 et à mesure que les porteurs de risques publiaient leurs estimations de charge de sinistres cat’nat’ « le marché, jusqu’ici soft, s’est tendu en fonction des capacités disponibles et de la rentabilité des assureurs sur certaines lignes déjà sinistrées ». Les intéressés confirment. « Le cycle baissier semble s’infléchir », affirme Richard Deguettes, directeur général adjoint d’AIG France dont les deux tiers du portefeuille grands risques se renouvellent sur cette échéance du 1er janvier. « Techniquement, c’est intenable dans certaines zones qui ont subi des catastrophes naturelles », ajoute Renaud de Pressigny, DG de QBE France. « Je souscris au constat que de tels niveaux de prix ne sont pas pérennes. Mais les assureurs font face à des vents contraires, analyse Matthieu Caillat, directeur général d’Axa CS. D’un côté, la capacité reste abondante malgré les récents signaux sur les taux d’intérêts. De l’autre, les marchés de l’assurance, de la réassurance et des cat bonds sont sensibles. » C’est donc progressivement que le renversement s’opère.

Méthodologie

  • La méthodologie du panorama 2018 des courtiers des entreprises du marché français réalisé par L’Argus de l’assurance a évolué. La liste des entreprises mentionnées ci-dessus est en effet basée sur les 120 valeurs composant, au 16 janvier 2018, l’indice SBF 120 de la Bourse de Paris, hors les organismes d’assurance et les bancassureurs. Les données ne sont donc pas tout à fait comparables avec l’édition 2017.
  • Les courtiers désignés dans notre panorama 2018 sont ceux qui interviennent sur chaque programme. Lorsque les données transmises par les sociétés différaient des réponses obtenues auprès des courtiers, seules les réponses des risk managers ou des directions assurances des entreprises concernées ont été retenues.
  • Les périodes de renouvellement intervenant principalement en janvier, avril et juin, certaines entreprises ont communiqué à L’Argus de l’assurance leurs données 2017, certaines branches étant en cours d’appels d’offres pour l’exercice 2018.
  • À noter : la désignation de ces courtiers ne signifie pas que l’assuré ne fait pas appel en direct au marché de l’assurance ou de la réassurance.
  • Précision : le courtier Gras Savoye Willis Towers Watson n’a pas souhaité répondre à notre demande. Nous avons publié, en revanche, les données transmises par les entreprises faisant appel à ses services.

Attention dommages

Première assurance impactée : les dommages aux biens ! La hausse du montant des primes annoncée pour 2018 serait ainsi de un à trois chiffres, selon Thierry Masurel, DG de l’assureur FM Global. Soit un début de bouleversement tel que cela ne s’est pas produit depuis quinze ans. « Ce sont les signes forts d’un marché qui est en train de se structurer différemment (…) il y a une volonté et des mesures prises pour durcir les conditions au cas par cas, ou sur certaines lignes de business », note Jean Rondard de GSWTW. L’autre ligne fortement touchée est la RC. La judiciarisation de l’économie impacte les D&O (1) et autres EPL (2) qui se heurtent à une baisse d’appétit des assureurs, surtout concernant les sociétés cotées ou mises en bourse aux États-Unis. Les courtiers doivent donc composer avec des capacités moindres et des primes en hausse. « En RC grands comptes, les primes ont atteint, en première ligne, des niveaux qui ne permettent plus d’absorber la sinistralité de ce segment de marché. Nous regardons donc nos engagements avec attention et nous assumons de nous montrer moins conquérants », confie Richard Deguettes. Reste, sur la majorité des couvertures rapportées à de « bons profils de risques », une guerre commerciale inchangée.

Christophe Doray, directeur risques et assurances de Sodexo (1)
« Notre prime dommages devrait augmenter de 5 à 10 % »

  • Comment s’est déroulée cette période de renouvellements de contrats ?
    Nos assureurs sont HDI en dommages, XL en RC et fraude, Zurich en D&O et EPL ou encore Allianz en transport. Notre multinationale française réalise 44 % de ses 21 Md€ de CA aux états-Unis. Depuis deux ans, nous avons donc intégré avec Aon Paris les états-Unis dans nos programmes internationaux Dommages et RC avec des économies significatives à la clé. Notre exposition cat’nat’ et RC, outre-Atlantique, fait désormais l’objet de plus d’attention. Concernant le programme dommages renouvelé avant les épisodes climatiques de 2017, une augmentation de 5 à 10 % en 2018 a été évoquée, Je prévois de faire jouer notre captive pour les premières lignes et je compare systématiquement les conditions de placement aux états-Unis versus l’Europe. J’observe moins de capacités et d’appétit des assureurs en fraude depuis la recrudescence de fraudes au président avec des primes en hausse de 10 %. Pour le risque automobile, notre courtier Verlingue a conçu un programme qui a été transféré dans notre captive récemment créée en Irlande. Il regroupe l’essentiel de notre flotte européenne et est réassuré par AIG.
  • Avez-vous souscrit de nouvelles couvertures ?
    Je m’intéresse à un programme cyber car c’est devenu un sujet majeur pour nos organisations. Nous avons lancé un appel d’offres en présélectionnant deux courtiers qui ont travaillé sur une offre conceptuelle mondiale. Si les cotations tarifaires confirment les premières estimations, je placerai ce contrat groupe en Europe, plus compétitive.

Plus d’appels d’offres

D’ailleurs, les appels d’offres sont légèrement en hausse, devenant un outil institutionnalisé et banalisé pour choisir son courtier, puis son assureur. Il n’y en aurait jamais eu autant sur les flottes automobiles, avec des montages de plus en plus techniques, voire internationaux. « Sur les risques de fréquence, les clients cherchent à sélectionner leur courtier par la qualité des services », souligne Jean-Philippe Pagès. Autre fait notable, les renouvellements s’étalent. « Ils commencent de plus en plus tôt, souvent même avant la trêve estivale. Ils sont également plus longs », témoigne Richard Deguettes d’AIG. Mais la vraie appétence des clients tient évidemment aux risques émergents, cyber en tête. « Le risque cyber a été la nouveauté de cette campagne de renouvellement où le niveau d’équipement a franchi un nouveau cap », assure Richard Deguettes. À l’aune de l’entrée en vigueur du RGPD, l’impasse n’est plus possible pour les grandes entreprises. Aujourd’hui, 36 sociétés du CAC 40 seraient assurées en cyber, contre 24 en 2017, 12 en 2016 et 2 en 2015. La tension tarifaire, sur ce plan, se pose autrement. Là où, pour construire 100 M€ de garantie, les assureurs optaient pour une coassurance à quatre têtes il y a un an, ils étaient huit sur le dossier le 1er janvier dernier. Face à ces menaces qui coûtent très cher, les entreprises évoluent. « Je choisis mon courtier en fonction de la combinaison de la technicité, du réseau et de la stabilité de son équipe », confie Christophe Doray, risk manager de la multinationale Sodexo. « La demande des clients évolue vers davantage de conseil dans leur recherche de protection, requérant une approche sur la globalité de leurs problématiques de risques et de transfert de risques, ce qui nous conduit à développer une démarche ”coût total du risque” », raconte Jean Rondard. Les polices multilignes regroupant le dommage, le transport, la RC, l’environnement commen­cent ainsi à faire leur apparition, préfigurant un futur âge d’or de la technicité.

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