#Spécial Auto-MRH - Risques aggravés : des bannis convoités

Ce marché estimé à 3 % des automobilistes assurés attire toujours plus d’acteurs. La concurrence sur cette niche à la sinistralité pas si mauvaise pourrait encore s’intensifier avec le renforcement des règles de solvabilité.

Longtemps boudé, le marché des risques aggravés reste l’apanage de quelques acteurs spécialisés (Assurance du Lion, AssurPeople, SOS Malus) et de courtiers grossistes (April Partenaires, FMA Assurances (1), Solly Azar…). Entrés dans cette spécialité pour la plupart dans les années 90 à 2000, ils bénéficient d’un portefeuille et d’une expertise reconnue, mais doivent régulièrement faire face à l’arrivée de nouveaux acteurs, attirés par des surprimes alléchantes. « Le marché auto classique, dominé par les acteurs traditionnels, n’apporte plus de croissance. Il y a donc un regain d’intérêt pour le segment des risques aggravés, qui semble plus facile d’accès pour les courtiers », analyse le directeur général d’AssurPeople, Bertrand Liber. Mais Claude Guérin, PDG d’April Partenaires, se veut rassurant : « Les marchés de niche sont cycliques : la sanction de la rentabilité technique fait souvent disparaître les opportunistes ».

Une bonne maîtrise du risque s’impose

De fait, les risques dits aggravés sont techniquement complexes, et nécessitent une grande maîtrise actuarielle pour tarifer au plus juste en fonction de la typologie de risque. Car il n’y a pas un profil type de risques aggravés, mais bien une multitude de situa­tions regroupées derrière cette appellation. Au sein du fichier Agira (2), on trouve ainsi les personnes résiliées pour non-paiement, les malusés multi­sinistrés, les personnes ayant subi une suspension ou un retrait de permis pour perte de points et celles prises en flagrant délit de conduite en état d’ivresse ou sous l’effet de stupéfiants… « Il y a un vrai besoin de couverture, et le nombre de dossiers qui passe au Bureau central de tarification (BCT) est en croissance », constate Patrick Leveillard, directeur technique particuliers chez Allianz.

« Sur tous ces profils, certains présentent moins de risques que d’autres. L’idée est d’identifier notamment les récidivistes potentiels ou les responsables de sinistres corporels, qui sont les plus coûteux pour l’assureur », explique Bertrand Liber, tandis que le directeur développement et projets de Solly Azar, Emmanuel Vallée, confirme que « cette niche correspond à un vrai risque de souscription qu’il faut savoir gérer. Il est essentiel d’avoir un portefeuille important pour pouvoir mutualiser les risques, car on peut avoir de mauvaises surprises ».

La phase de collecte d’informations et d’analyse est donc primordiale afin de tarifer au plus juste et de souscrire ces risques correctement. Outre les critères classiques (sexe, âge, expérience, catégorie de véhicule, lieu de résidence…), d’autres questions plus pointues sur l’historique et les détails des sinistres apparaissent systématiquement. « La précision des questions posées lors de la demande de devis est un facteur clé dans l’appréciation du risque et la détermination d’un tarif. Cela nous permet de mettre en place un scoring très précis sur les différents profils aggravés », explique Florence Gicquel, responsable des opérations d’assurance de FMA Assurances.

La grande majorité des acteurs proposent un devis et une prise de garantie en ligne grâce à un logiciel préconfiguré qui traite les réponses en temps réel. Ainsi, hormis les profils multi­sinistrés cumulant plusieurs facteurs aggravants (alcoolémie, délit de fuite…), on constate peu de véritables exclusions chez les spécialistes du marché, qui préfèrent jouer sur les surprimes, les franchises et les critères d’acceptation, comme le taux de malus (en général jusqu’à 3,5) ou le nombre de sinistres (jusqu’à 5 chez Solly Azar, 7 chez FMA).

Surprime, mais pas toujours sursinistralité

Au final, tous les acteurs reconnais­sent à demi-mot que cette niche est globalement rentable, à condition de bien analyser le risque et d’adapter le tarif… « Sinon, nous ne serions pas restés depuis si longtemps sur ce marché », affirme l’un d’eux. Même Allianz, après avoir longtemps diffusé ces contrats spécifiques via son réseau de courtiers, a développé sa propre gamme en auto sur cette typo­logie de risques pour les distribuer via son réseau d’agents.

Les primes sont majorées en fonction du risque de 5 à 70 %, voire 100 % pour les cas les plus lourds, la fourchette moyenne se situant entre 600 et 1 000 €. Quant à la sinistralité, elle est finalement loin d’être catastrophique. « Notre expérience nous fait constater que cette cible n’est pas plus sinistrée que les autres. La surprime est généralement dissuasive et il y a un effet psychologique qui joue : ces personnes essaient de retrouver un profil d’assurance standard le plus vite possible et sont souvent plus attentives à leur conduite », avance Florence Gicquel. Un avis partagé par Assurance du Lion, alors que pour Allianz, AssurPeople et Solly Azar, cet effet psychologique est plus nuancé : « Si la plupart sont en phase de sensibilisation et comprennent qu’ils peuvent retrouver un bonus correct en changeant leur comportement, d’autres persistent et récidivent, et passent au filtre de notre expertise en termes de souscription », prévient ainsi Emmanuel Vallée. « Nous couvrons 98 % des profils de risques aggravésautomobiles. Sur le plan éthique, nous n’avons pas vocation à cautionner les 2 % d’assurés à l’attitude irresponsable », complète Claude Guérin d’April Partenaires.

Globalement, les assurés « aggravés » ne restent que 3 ou 4 ans chez ces intermédiaires spécialisés, le temps de se racheter une conduite (relevé d’informations vierge sur les 36 derniers mois)… Les acteurs ne misent donc pas sur la fidélisation de cette cible, sauf ceux qui ont des produits autos « classiques » à leur proposer à la sortie. Et avec la combinaison de la loi « Hamon » et des exigences de ratio combiné de Solvabilité 2, la concurrence sur ce marché risque de s’intensifier encore, les assureurs n’hésitant plus désormais à résilier les « mauvais risques ». Et Claude Guérin de conclure : « Les assurés sont habitués à comparer. La différence entre les acteurs continuera à se faire sur la capacité à trouver une solution adaptée, à un prix raisonnable, avec une procédure simple et sans stigmatisation. »

Assurance du Lion

L’un des seuls assureurs à ne pas souscrire sur déclaration du prospect, mais à attendre la réception de toutes les pièces justificatives, afin d’éviter les fausses déclarations intentionnelles ou par omission. Pas de souscription en ligne : chaque dossier est analysé par un conseiller avant de proposer un tarif. Certains profils, pourtant considérés comme risques aggravés, ne donnent pas lieu à une surprime, comme les retraits de permis pour perte de points et les résiliés pour non-paiement.

April Partenaires

Grâce à une expérience de vingt-cinq ans de cette niche, ce courtier délégataire, l’ancien GI2A racheté par April il y a dix ans a mis en place une grille de tarification interne basée sur des statistiques empiriques de sinistralité. Tout sinistre grave est systématiquement analysé avec une lecture actuarielle pour tenter de comprendre et d’anticiper le prochain. La plupart des profils peuvent être assurés à l’issue d’une tarification en ligne, mais certains se voient demander des pièces complémentaires et font l’objet de mesures de surveillance spécifiques.

En mrh, ces contrats sont mutualisés

Il n’existe pas de relevé d’informations en MRH, ni de fichier de résiliations de type Agira. Il est donc impossible de vérifier les déclarations des assurés, et, du coup, de segmenter ce risque dans une niche « hors marché ». La plupart des assureurs mutualisent ces profils avec une surprime d’environ 10 %, quand ils ont connaissance d’un risque aggravé. Sont considérés comme tels les contrats résiliés pour non-paiement, les maisons en bois ou les appartements ayant subi au moins deux sinistres dans l’année, qu’il s’agisse de sinistres bénins (bris de glace, foudre...) ou plus importants, dus à la vétusté du logement ou à sa localisation en zone inondable. Contrairement aux risques aggravés en automobile, les sinistres MRH sont moins directement liés aux comportements des assurés. On peut donc plus difficilement envisager une amélioration du risque après une prise de conscience. Parmi les rares acteurs à proposer un produit dédié MRH aggravé, citons Assurance du Lion et Solly Azar.

Toute erreur de pilotage technique se paye très cher, car les garanties RC sont illimitées. Notre objectif est d’anticiper et d’éviter les sinistres corporels graves.

Claude Guérin, PDG d’April Partenaires

 

Je pars sur le principe de confiance. Tout le monde peut faire une erreur, je laisse une chance à l’assuré de se racheter une conduite et d’être exemplaire une fois assuré.

Nasser Rachedi, président d’Assurance du Lion

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