[DOSSIER] Spécial comptes de l'assurance 2017 6/7

Spécial comptes 2017 - Europe : le Brexit et l'enjeu du passeport européen

Dans l’attente d’un plan de sortie négocié entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, les conséquences du Brexit s’annoncent inégales pour les assureurs européens.

Avec 52% des suffrages en sa faveur, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne a été annoncée le 24 juin 2016. Si ce scrutin a entraîné une dépréciation de la livre sterling par rapport à l’euro et au dollar, une hausse du chômage courant 2016 et une inflation marquée à la fin de l’été 2017, la baisse de sa croissance du Royaume-Uni s’est cependant limitée à seulement 0,4 % du PIB entre 2015 et 2016. C’est dans ce contexte que le 29 mars dernier, Theresa May, La Première ministre britannique, a enclenché la procédure de sortie prévue à l’article 50 du traité de Lisbonne. Cet acte matérialise la volonté britannique de sortir de l’UE et ouvre une période de négociations sans précédent s’étalant sur 24 mois. Un accord provisoire de retrait devrait être soumis au vote des parlements nationaux en octobre 2018 mais la sortie définitive du Royaume-Uni interviendrait le 29 mars 2019. Une période de transition étendue à 2021 pourrait permettre, sous réserve d’approbation, à l’archipel britannique d’amorcer une sortie en sifflet.

Plusieurs scénarios de sortie sont envisagés, allant d’un accord de coopération fort à une absence de compromis. Quoi qu’il advienne, le Royaume-Uni reste un marché incontournable pour les assureurs européens, de par sa proximité géographique et ses interactions économiques. La question qui se pose pour ces acteurs est celle de la stratégie à adopter concernant les investissements financiers au Royaume Uni au regard du développement commercial à opérer. Outre les premières conséquences du Brexit sur leurs résultats et les prévisions économiques incertaines, ils devront aussi tenir compte dans leurs stratégies futures de la remise en question du passeport européen.

Le passeport européen est prisé de nombreux acteurs

Les marchés britanniques et français sont largement ouverts aux assureurs européens (voir graphique) notamment du fait du « passporting » qui permet aux compagnies européennes de commercialiser des produits d’assurance dans un autre pays. Le passeport européen est en effet incontournable pour tout assureur désireux d’accéder au marché d’un autre pays de l’Union Européenne sans y avoir de filiale. La situation des assureurs britanniques et européens est inégale face à la fin de la délivrance de ces passeports au Royaume Uni.

Si le « passporting » bénéficie aux assureurs britanniques, il est aussi très prisé par les assureurs français présents sur le marché britannique. Dans le Top 20 Europe de cette année, on retrouve deux assureurs britanniques : Aviva (9e en terme de Chiffre d’affaires) et Prudential (5e). Seul Aviva propose des produits d’assurance en Europe (hors RU), y totalisant près de 14 milliards d’euros de primes, soit 46% de son chiffre d’affaires annuel, en hausse de 13% par rapport à 2015. En France, cinq entités du groupe disposent du passeport européen (source : ACPR) où Aviva réalise 26% de son chiffre d’affaires annuel.

Prudential privilégie quant à lui les marchés américains et asiatiques pour distribuer ses produits d’assurance non britanniques qui représentent 74% de son chiffre d’affaires annuel, en baisse de 11% par rapport à 2015. L’assureur britannique RSA qui sort du top 20 cette année (il était présent dans celui de 2015) voit de son côté le volume annuel de ses primes émises fortement chuter par rapport à l’an dernier (-22%). Cette diminution peut s’expliquer en partie par la forte exposition des assureurs britanniques au risque de change, conséquence de l’annonce du Brexit.

Présence non négligeable d’Axa et Covéa au Royaume-Uni

Les autres assureurs européens ne sont pas ancrés de façon uniforme au Royaume Uni. On note une présence très importante de l’assureur néerlandais Aegon avec 42% de son chiffre d’affaires annuel (9 924M€) et du belge Agéas avec 19% (1 720M€). Les Français Axa et Covéa ainsi que les allemands Allianz et Talanx réalisent entre 3% et 9% de leurs primes au Royaume Uni. Dans des proportions identiques, Zurich, assureur suisse, est établi sur ce marché. La présence des autres assureurs du top 20 y est non significative.

Globalement, les montants de primes émises au Royaume Uni ont diminué pour ces assureurs en 2016 par rapport à 2015, notamment du fait de la chute de la livre sterling face à l’euro. Face à cette tendance baissière, seul Aegon a su y augmenter son chiffre d’affaires (+17%), preuve de son engagement à prospérer outre-Manche. Covéa est, lui, parvenu à le stabiliser. Dans le même temps, le volume de primes annuelles investies en Europe a légèrement baissé entre 2015 et 2016 (-0,4%). Sur la période, les montants des primes des trois premiers assureurs du top 20 ont diminué en Europe (-3% à -5%). Allianz et Axa se concentrent à développer leurs activités domestiques mais aussi à investir en Amérique du Nord et en Asie. La présence des grands assureurs européens sur le marché britannique et des assureurs britanniques sur le marché européen laisse présager que l’industrie appelle à maintenir un environnement stable.

Aviva et Prudential relocalisent des activités en Europe

Dans la perspective de la fin éventuelle du « passporting », les assureurs britanniques vont devoir confirmer une stratégie de maintien d’une présence continentale sous forme de filiale, seule forme juridique permettant de respecter les exigences Solvabilité II en termes de fonds propres et de gouvernance. A l’instar des Banques, les groupes d’assurance opèrent ainsi plusieurs relocalisations de leurs activités européennes dans un pays membre de l’UE. C’est le cas de Prudential qui annoncé en août 2017 la relocalisation de son entité gestion d’actifs M&G au Luxembourg ou à Dublin. Idem pour Aviva qui indiquait, en mai 2017, son intention de faire de ses succursales irlandaises des filiales réglementées. Peu impactantes sur les transferts d’effectifs, ces manœuvres ont principalement pour objectif l’obtention d’agréments ou équivalents dans un climat fiscal et réglementaire renforcé et contraignant.

Une hausse marquée des produits de placements financiers pour Aviva et Prudential

  • Aviva et Prudential font partie des dix premiers assureurs en Europe en termes de résultat malgré une baisse de celui-ci entre 2015 et 2016. Le résultat du groupe Aviva se dégrade depuis 2014. En dépit du Brexit, son volume de primes en Europe (hors RU) a cependant augmenté, signe d’une stratégie de développement dans cette zone. A contrario, le résultat de Prudential était en hausse entre 2014 et 2015. L’augmentation de chiffre d’affaires notable sur le marché asiatique serait le signe d’une recherche de rentabilité dans un secteur extérieur en croissance.
  • La hausse des produits des placements financiers a été marquée en 2016 pour Aviva et Prudential par rapport à 2015, soulignant leur bonne santé financière. Pour Aviva, cela s’explique en majorité par une forte hausse des plus-values latentes par rapport à 2015. Cette hausse résulte des placements en valeur de marché à tendance plus profitable, des taux sans risque toujours plus bas et des spreads se resserrant, en sus de la dépréciation de la livre sterling face à l’euro consécutive à l’annonce du Brexit.

Les mises en garde de l’Eiopa

Si le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas ou encore la France pourraient sortir gagnants des stratégies post-Brexit affichées, l’Autorité Européenne des Assurances et des Pensions Professionnelles (EIOPA) met en garde les autorités nationales. Dans un avis publié le 11 juillet 2017, l’EIOPA appelait à la vigilance des 27 autorités de contrôle européennes. Rappelant la nécessité de veiller au respect des règles induites par Solvabilité II, essentiellement en matière de gouvernance et de solvabilité, elle précisait aussi que les coquilles vides ne seraient pas tolérées. En effet, le scénario d’une sortie de l’Union européenne sans cadre prudentiel commun avec les 27 Etats membres pourrait tenter le gouvernement britannique de dégrader les exigences prudentielles. Ce qui donnerait aux assureurs britanniques un avantage comparatif et des fonds propres disponibles pour investir en Europe ou plus loin.

Quoi qu’il en soit, les impacts du Brexit sur les assureurs britanniques et européens devraient néanmoins être contenus, en dehors de la réassurance. Le résultat des négociations entraînera certainement des chantiers opérationnels pour eux et pour les superviseurs nationaux. C’est valable en particulier pour les quelques grands groupes européens présents sur le marché britannique qui seraient susceptibles de revoir une partie de leur modèle interne. Leurs activités britanniques pourraient en effet être soumises à un régime prudentiel plus favorable. Cela ouvrirait la porte à des investissements financiers extérieurs, bien que le Royaume Uni soit un marché mature déjà fortement concurrentiel. D’ici là, une période de transition devrait laisser le choix aux assureurs entre l’uniformisation autour de Solvabilité II (modèle norvégien) ou bien des stratégies mixtes.

Allison Jahier, Consultante Assurance, Jean Pascal Sibiet, Manager Assurance, et Matthias Bochard, Actuaire Senior – Sia Partners

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