[DOSSIER] Réassurance 1/3

Suspense sur le Rocher

Une santé financière recouvrée et des capacités en surabondance sont rendues responsables de la baisse des prix aux derniers renouvellements. La saison cyclonique sur l'Atlantique suffira-t-elle à un retournement du marché ? Réponse à Monaco, à l'occasion du rendez-vous annuel de la réassurance.

La liste est longue : 440 événements naturels, dont 55 de nature géophysique et 385 d'origine météorologique sont survenus à travers le monde au cours du premier semestre. L'addition ne l'est pas moins, avec 70 Md$ de dommages, dont 22 Md$ assurés. Le bilan des catastrophes naturelles de ces six premiers mois est tout aussi impressionnant que différencié. Alors que le premier trimestre a été marqué par des événements d'envergure comme les tremblements de terre à Haïti et au Chili et la tempête Xynthia en Europe, le deuxième trimestre a enregistré une myriade de sinistres de même ampleur que la moyenne des années précédentes. Malgré tout, cela n'aura pas permis aux réassureurs d'« éponger » les dérives des trois premiers mois. Ces cat'nat' du deuxième trimestre ont du reste été plus difficiles à appréhender par les réassureurs car elles constituent une charge réelle mais diffuse et très éparpillée géographiquement, et qu'elles sont considérablement moins modélisables que les grandes catastrophes.

Encore de la marge ?

Il n'empêche, le niveau d'alerte n'est pas encore atteint. Pour preuve, les renouvellements du 1er juillet, qui n'ont aucunement traduit ces perturbations climatiques. Comme le relève une analyse d'Aon Benfield, les coûts des programmes catastrophes se sont infléchis dans toutes les régions du monde exemptes de sinistres, diminuant de 10 à 20 % aux États-Unis, dans des proportions égales en Afrique du Sud et de 10 % en Grande-Bretagne. Quant au Chili, son tremblement de terre de magnitude 8,8 s'est traduit, selon les portefeuilles, par des hausses de coûts de 40 à 70 %, d'après Willis Re, voire de 45 à 65 % selon Aon Benfield. « Les augmentations du taux de la ligne au Chili sont en concordance avec nos attentes pour un danger géographique diversifié qui n'a pas été bien compris par les réassureurs avant l'événement », conclut le courtier en réassurance. Pas davantage de surprise sur les marchés asiatiques, qui marquent une baisse des prix de 5 à 15 %.

L'issue des renouvellements de ce début d'été est cependant moins paradoxale qu'elle n'y paraît. Elle fait état d'une santé retrouvée des réassureurs qui, une fois le gros de la crise passé, ont rapidement reconstitué leur capital. « Les capacités en réassurance globales restent à un niveau record élevé et leur croissance continue d'être supérieure à la croissance des demandes des cédantes », confirme Aon Benfield. Et Willis Re de renchérir : « Le tremblement de terre au Chili et la tempête en Australie ainsi que quelques catastrophes mineures sont probablement suffisants pour éroder la totalité 2010 de la base de primes en excédents de sinistres. En dépit de cela, dans ces lignes, il n'y a aucun mouvement du marché dans le sens d'une augmentation des prix. »

De nouveaux acteurs

Si vitalité du marché il y a, c'est bien dans la libéralisation de nouvelles énergies qu'il faut la voir. Car l'abondance de capacités résulte également de l'arrivée de nouveaux acteurs, comme l'expose Emmanuel Clarke, directeur général de PartnerRe : « Il y a beaucoup de capacités sur le marché dans toutes les branches. Cela ne signifie toutefois pas que le marché soit déraisonnable. Il est même discipliné. Quant aux nouveaux entrants, ils ne viennent pas perturber le paysage de la réassurance. C'est un marché avec des barrières à l'entrée relativement faibles : il y a toujours eu des entrants... mais aussi des sortants. »

Cependant, ces nouveaux joueurs - que certains réassureurs emblématiques jugent trop nombreux - pourraient se poser rapidement en trouble-fêtes, tant l'avenir reste incertain.

Une autre crise en vue ?

En effet, le lendemain de crise est d'autant moins chantant qu'une seconde se profile. Son amplitude n'est certes pas comparable à la précédente. Cependant, alimentée par les craintes sur les finances publiques de certains pays européens et par les difficultés des autres économies à se reconstruire, la deuxième vague de la crise va entraver la reprise des réassureurs en ternissant la partie financière de leur bilan. Leur actif, de son côté, sera amputé par les choix budgétaires effectués par des entreprises et des particuliers eux aussi touchés par la crise. « L'environnement économique dans son ensemble reste tendu ; sur les marchés développés, il n'y a pas de croissance d'activité et, par conséquent, pas de croissance des valeurs assurées », constate Emmanuel Clarke.

Réduire la voilure

Autant de raisons, pour les réassureurs, d'envisager les prochains mois avec circonspection. D'autant que la détérioration de leurs ratios combinés provenant de l'accumulation exceptionnelle de sinistres cat' a été alourdie par les sinistres ayant affecté la branche énergie offshore avec le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique. Or, comme le note Victor Peignet, PDG de Scor Global P&C, « parallèlement à cette sinistralité lourde, l'absence d'une sinistralité de crise additionnelle sensible fait que les difficultés éprouvées par les assureurs à faire évoluer leurs primes à la hausse ne se répercutent pas sur les ratios de sinistralité de fréquence en réassurance proportionnelle. Quant à la réassurance non-proportionnelle, elle reste dans l'ensemble assez disciplinée. » Scor se dit cependant satisfait des derniers renouvellements qui portaient sur 10 % de ses affaires. Ils ont vu croître son volume de traités de 19 % à un taux de change constant, avec un rééquilibrage géographique au bénéfice des zones Amérique et Asie-Pacifique avec une augmentation des volumes souscrits aux États-Unis. Dans cette région pourtant, la RC continue de tourmenter les réassureurs. Swiss Re a ainsi décidé de réduire sa présence sur ce marché, comme l'expose Ivo Hux, directeur de Swiss Re Paris. « Nous avons réduit considérablement la voilure - plus que la moitié de notre portefeuille - car le marché était agressif ».

En revanche, l'assurance crédit, l'enfant terrible des dernières années, regagne peu à peu la confiance de la profession, et s'est remise, après une année mitigée en 2009. Même si, comme le remarque Emmanuel Clarke, « les taux de défaillance demeurent élevés. Avec, cependant, une sinistralité de fréquence et une forte représentation de sinistres de petite et moyenne importances plutôt que des cas de grosses faillites, comme dans le cycle précédent. »

L'automobile, en revanche, reste le secteur à problèmes des réassureurs. Cette tendance n'est pas tant due aux dommages causés par Xynthia ou Klaus qu'aux dommages corporels graves en RC et à une certaine sous-tarification. En Allemagne, où il s'agit d'un marché de réassurance proportionnel, le système de quotes-parts a même obligé Swiss Re à résilier des centaines de millions de primes en 2010. En France, marché non proportionnel, le réassureur a réduit sa part de marché de 30 % depuis 2006, en grande partie en fonction des prix. « Dans l'Hexagone, on observe sur les compensations, notamment en aide humaine pour les corporels graves, une dérive juridique sans doute plus accentuée que dans d'autres pays européens, car les tribunaux français s'appuient peu sur des référentiels reconnus », commente Ivo Hux.

Un retournement possible

Ces différentes branches démontrent à quel point les sinistres cat'nat', bien que très médiatisés, ne sont pas les seuls points d'interrogation de la profession. Il n'empêche que la saison des ouragans sera cette année, plus encore que d'habitude, suivie de près du haut du Rocher de Monte-Carlo. Car elle pourrait insuffler aux prochains renouvellements ce que le tremblement de terre au Chili n'est pas parvenu à faire : un retournement du marché.

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