[DOSSIER] Les courtiers des principales entreprises françaises [...] 9/14

Table ronde : qualité et anticipation, les deux meilleures armes des PME face aux risques

Réunis par la rédaction de Risk management, quatre chefs d'entreprise de la région lilloise ont évoqué très ouvertement la gestion des risques dans leurs PME. Leur pragmatisme et leur intuition leur laissent supposer qu'ils ont beaucoup à apprendre du côté des grands groupes, mais ils restent dubitatifs sur l'éventuelle embauche d'un risk manager.

Les grandes entreprises n'ont pas le monopole du risque. Les PME françaises y font face elles aussi. Et là, impossible de paraphraser le dicton « Petits enfants, petits problèmes - grands enfants, grands problèmes », tant la diversité des risques se ressemble sans qu'aucun principe de proportionnalité ne vienne atténuer leur impact sur les plus petites entreprises.

Pour mesurer l'intensité des problématiques relatives à la gestion des risques, la rédaction de Risk management a réuni quatre chefs d'entreprise de la région lilloise qui ont échangé, en direct sur ce thème. Ce qui frappe tout d'abord est sans doute l'incroyable intimité qu'ils ont avec le risque tout en admettant leur incapacité à y faire face seuls. « Le risque est partout et permanent, nous vivons avec du premier au dernier jour. Il est patrimonial, dans les affaires, mais c'est aussi le risque incendie, le risque d'impayés, etc., énumère Philippe Hourdain, PDG de HPC-Adlis-Descamps et président de la chambre de commerce et d'industrie Grand Lille. Je crois que face à l'ampleur de cette liste, nous, chefs d'entreprise, procédons de manière empirique sans jamais oublier que notre risque à nous est également familial et psychologique. Ce qui le distingue sûrement de celui géré par les risk managers des grandes entreprises. »

 

Partager la connaissance du risque

À entendre ces dirigeants de PME, on pourrait presque suggérer qu'ils sont parvenus à apprivoiser le risque pour en faire un partenaire dans le management de leurs équipes. Ainsi, Emmanuel Druon, PDG de Pocheco, estime que « le risk management n'est pas une mission intégrée à celle du chef d'entreprise, mais une mission partagée par les 114 salariés de mon entreprise ». Et Annick Castelain, directeur général de la Brasserie Castelain, d'acquiescer et d'ajouter : « Le risque, c'est comme la qualité d'un produit, on ne peut pas le porter tout seul. C'est du management. Il faut pousser les collaborateurs à se sentir concernés par l'entreprise. » Des propos qui intéressent forcément Frédéric Delloye, fondateur du groupe Casaque, mais qu'il nuance cependant : « On doit pouvoir partager certains risques, non dans la décision, mais dans la connaissance. » Une notion de partage des risques largement servie par le contexte économique actuel. En effet, conscients du danger de perdre leur emploi, les collaborateurs s'impliquent plus volontiers dans une démarche conjointe initiée par la direction.

 

Anticiper et prévoir

Inutile de revenir sur la conscience aigüe qu'ils ont les uns et les autres des risques auxquels ils s'exposent en occupant les fonctions qu'ils occupent. Mais ce qui ressort très fortement, c'est l'empirisme avec lequel ils les appréhendent, se débattant sur un front puis l'autre sans réellement la possibilité d'esquisser une vision globale. Très vite, au cours de la discussion, le juridique et le réglementaire s'imposent comme leur bête noire. « En France, nous devons faire face à une instabilité réglementaire qui ne cesse de s'amplifier », estime Annick Castelain, immédiatement rejointe par Philippe Hourdain, qui note que « la législation change tout le temps. Quant à l'analyse des contrats qui m'occupait auparavant environ une heure par mois, c'est désormais une heure par jour que je lui consacre ! »

Le risque législatif s'immisce même dans la gestion du personnel, comme le souligne Frédéric Delloye : « La mise en place de la rupture conventionnelle a créé une zone de risque là où il n'y en avait pas précédemment. Je constate que, depuis, l'enveloppe consacrée aux départs a vraiment gonflé. »

Si, en matière juridique, il est difficile de faire l'économie d'une veille approfondie, c'est également sur cette notion de prévention que misent les chefs d'entreprise pour tenter de limiter l'impact des risques auxquels ils s'exposent. Ainsi l'anticipation s'impose comme leur maître mot, qu'ils font rimer avec « intuition ». « À défaut de pouvoir établir des process très lourds, l'intuition affinée avec les années d'expérience nous sert beaucoup, même si nous sommes à la fois conscients et convaincus qu'il faut développer notre capacité à nous organiser pour mieux maîtriser les risques », aime à répéter Philippe Hourdain.

 

La qualité pour garantir sa réputation

Ainsi, tous les quatre, dans leurs domaines respectifs, témoignent combien la prévention et l'anticipation leur ont déjà servi de parade. Autre barrière au risque : la qualité. « Elle seule peut nous permettre de parer au mieux au risque que nous craignons le plus, à savoir le risque de réputation », affirme Annick Castelain. En effet, le verdict des clients - et d'autant plus que les produits se retrouvent directement dans les rayons de la grande distribution - peut-être radical. Et c'est encore plus cruel que le fabricant ne maîtrise pas l'intégralité de la supply chain. Mais quand le mal est fait, le capital de marque est furieusement entamé. « Pour moi le plus gros risque est commercial. La meilleure manière, c'est d'anticiper et de faire très bien notre métier ; et pour cela, nous avons mis au point une procédure », rapporte Frédéric Delloye.

Ainsi, nul empirisme concernant la gestion de la qualité. Ce qui fait dire à l'ensemble des participants qu'il n'y aurait a priori aucun obstacle à ce qu'ils procèdent ainsi pour la gestion des risques. À la nuance près qu'ils ne s'estiment pas forcément compétents, faute de formation, mais surtout convaincus que le temps finira bien par leur manquer !

RM ou pas ?

Un tel constat invite irrémédiablement la question cruciale : faut-il confier l'appréhension et la gestion des risques à un collaborateur, et si oui, à qui ? Un bref tour de table permet de mesurer la connaissance par tous de l'existence du métier de risk manager et même des outils dont il dispose pour cartographier les risques. En revanche, tous estiment que ces méthodes ne sont pas adaptées à l'empirisme avec lequel ils abordent le risque.

Mais l'intérêt est en éveil, et les suggestions affluent. « Nous pourrions échanger et discuter avec d'autres chefs d'entreprise afin de mieux appréhender l'ensemble des risques auxquels nous sommes soumis et comment les prévenir », lance Annick Castelain. « Existe-t-il des formations spécifiquement adaptées à des profils de chefs d'entreprise ? Car ce que j'aimerai avoir tout d'abord, c'est une photo de mes risques puis une sensibilisation et une formation à leur gestion », interroge Frédéric Delloye. Et Philippe Hourdain de rebondir immédiatement en promettant d'engager une démarche en ce sens au sein de la CCI Grand Lille.

Bref, à les entendre, on les sent tous prêts à endosser le costume de risk manager tant ils manifestent d'intérêt à la discussion. Retour sur terre et à la question relative au profil du risk manager. « Il est proche de mon responsable qualité-environnement », estime Emmanuel Druon, qui propose, par exemple, que chaque manager de l'entreprise gère le risque à son niveau. Ainsi, le risque de non-conformité reviendrait au responsable qualité ; le risque environnement, au responsable environnement ; les RH, la fiscalité et les risques de change au directeur administratif et financier. « Et si l'on s'ajoute les services d'un juriste, on devrait être bien armé », conclut-t-il avant de s'interroger sur le risque potentiel d'en créer un nouveau : le risque de dilution de la responsabilité.

Retour, donc, à l'idée d'intégrer un risk manager. « Trop cher », lance Annick Castelain, qui craint même de le voir tourner en rond, de lui « casser les pieds » et de lui « prendre son travail ». « Trop compliqué », estime Philippe Hourdain, qui voit mal comment un risk manager pourrait prendre la mesure de son poste sans « s'immiscer profondément dans l'intimité des actionnaires ». « Pour quelle valeur ajoutée ? », interroge Frédéric Delloye qui, de toute évidence, préférait embaucher une styliste de plus dans son équipe « histoire de continuer à alimenter ma valeur ajoutée ».

Et pourquoi pas un courtier ?

Voilà retoquée l'idée de créer un nouveau profil de poste au sein de l'entreprise. En revanche tous s'accordent pour manifester un intérêt certain pour « une fonction externalisée » ; « une mission ponctuelle » et même, pour les plus créatifs, « un risk manager à temps partagé ». Mais la solution qui remporte le plus d'atouts est de loin celle de se retourner vers... leur courtier en assurance !

Alors que Frédéric Delloye poursuit en affirmant que s'il avait un risk manager, il pourrait mieux maîtriser ses relations avec son assureur, d'autres voix s'élèvent : « Et si nos courtiers détenaient la solution à notre gestion des risques ? » Une question qui s'impose comme une évidence à l'issue de cette table ronde alors qu'elle n'apparaissait pas aussi clairement deux heures plus tôt. Et chacun de s'interroger sur les capacités de son courtier à l'aider dans le management de ses risques. Les uns admettent ainsi ne pas avoir suffisamment utilisés les nombreux services qu'offrent son cabinet de courtage en l'échange d'une prime annuelle jugée « élevée ». Les autres envisagent de changer de courtier ou tout du moins de l'impliquer davantage dans la gestion et la prévention de ses risques avec, à la clé, l'espoir de voir leurs primes diminuer... L'anticipation et la responsabilisation améliorant à l'évidence la qualité du risque couvert !

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