[DOSSIER] Terrorisme 3/4

Terrorisme : « Il faut s’affranchir de l’idée selon laquelle la vie n’a pas de prix »

Terrorisme : « Il faut s’affranchir de l’idée selon laquelle la vie n’a pas de prix »
françois -xavier albouy, Ancien directeur international du groupe Malakoff Médéric © DR

Ancien directeur international du groupe Malakoff Médéric, François-Xavier Albouy a fondé une société de microassurance pour des populations rurales en Afrique, Asie et Amérique latine. Dans Le Prix d’un Homme, publié chez Grasset, il plaide en faveur d’une norme mondiale établissant « un prix minimum de la vie humaine ».

Argus de l'Assurance : Interpellée par des proches de victimes contestant le montant des indemnisations, Juliette Méadel, l’ex-secrétaire d’État à l’Aide aux victimes, réagissait ainsi le 6 mars : « Après la mort d’un enfant, d’un parent, la somme proposée ne peut jamais correspondre à la douleur et n’est, par définition, jamais satisfaisante, car la vie d’un proche n’a évidemment pas de prix ». Êtes-vous d’accord ?

François-Xavier Albuy : S’il n’y a pas de prix pour la vie, il existe de fait un prix de la mort fixé par les juges dans les décisions de compensation des victimes, car il y a un coupable d’homicide direct ou indirect. Pour les victimes d’attentats, la France a créé le Fonds de garantie des victimes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI), sur le principe de la solidarité nationale. C’est un geste dont la symbolique est forte. La réparation des préjudices subis est dite « intégrale », donc sans limites, les montants accordés sont plutôt élevés. Mais le système d’indemnisation reste assez obscur pour le grand public. Les conditions sont complexes et paraissent arbitraires, c’est en quelque sorte aux victimes d’apporter des éléments de preuves. Sachant que le deuil comporte une phase de révolte, le FGTI a été la cible de leur colère.

Dans votre livre, vous mettez en avant le fait que le prix de la vie n’est pas le même pour tous…

Les victimes d’infractions pénales (viol, incendie…) ne sont pas indemnisées à la même hauteur que les victimes d’attentats. En France, on recense 20 000 accidents domestiques par an et les victimes ne sont pas toutes indemnisées de la même façon, selon qu’elles possèdent ou non une garantie accidents de la vie (GAV). Toutes les victimes ne sont donc pas égales, d’autant qu’il existe un biais émotif puissant. On pourrait imaginer un socle avec une indemnisation unique et des garanties supplémentaires. Cela pourrait prendre la forme d’une GAV universelle qui couvrirait les victimes d’attentats, d’accidents de la route et d’accidents de la vie courante.

Vous proposez, dans ce livre, de fixer une norme internationale d’un « prix minimum de la vie humaine ». Cela ne risque-t-il pas de choquer ?

Donner un prix à la vie reste un interdit moral. Or, il existe partout un prix implicite de la vie humaine : il est intégré dans les normes de sécurité des voitures, des avions. Lors du crash du vol MH370 de la Malaysia Airlines, la famille d’un passager américain a reçu 4 M$, celle d’un passager européen 500 000 $ et celle d’un passager chinois, une somme indéterminée. Non pas parce qu’ils valent plus… mais parce que les juridictions dont ils dépendent ont des habitudes de compensation différentes. Et on oublie un peu vite que, sur les deux tiers de la planète, les vies ne valent rien, car il n’existe aucun système de protection sociale. L’hypothèse de cet essai est de fixer un socle à partir duquel l’État ou les entreprises seraient responsables pour des atteintes à la vie humaine. Cela permettrait d’investir dans la protection sociale et d’accélérer le développement de l’assurance publique ou privée. Il faut que ce secteur soit plus imaginatif et moins terrorisé par le pouvoir du juge. Pour cela, il faut s’affranchir de l’idée selon laquelle la vie n’a pas de prix.

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