[DOSSIER] Dossier Spécial comptes 2015 : «Déroutant !» 8/8

Top 20 Europe : La faiblesse des taux d’intérêt, un défi à relever

Top 20 Europe : La faiblesse des taux d’intérêt, un défi à relever

La baisse structurelle des taux d’intérêt est pour les assureurs-vie une occasion de réinventer leur modèle, de la commercialisation des produits d’épargne à leur gestion d’actifs. Cela suppose néanmoins que les épargnants acceptent – en particulier en France – de modifier leur rapport au risque.

L’encours en UC ne dépasse pas aujourd’hui les 23% dans un contexte pourtant favorable avec les bonnes performances des marchés financiers.

La diversification des placements constitue une orientation privilégiée malgré le coût en capital qui risque d’en découler.

Confirmant l’engouement persistant des épargnants pour les contrats en euros, la part des provisions techniques en unités de compte n’a pas décollé, bien au contraire, et stagne à 16 % du total en 2014.

Le contexte de taux d’intérêt bas, combiné à une évolution modérée des rendements des autres types d’actifs et d’un accroissement des risques de défaut, deviennent préoccupants pour les assureurs-vie en épargne-retraite. En effet, la recherche de taux attractifs dans un marché instable et peu porteur est d’autant plus problématique qu’à l’inverse, le besoin en capitaux propres est d’autant plus élevé que les engagements sont longs et les placements risqués avec la mise en oeuvre Solvabilité 2.

Concrètement, les épargnants qui ont souscrit des contrats d’assurance vie « en euros » offrant la sécurité du capital voient progressivement leur rémunération servie diminuer. Pour s’en convaincre, les rendements des contrats d’assurance vie en France n’ont rapporté que 2,5% en moyenne en 2014, parfois au prix d’une reprise significative sur la participation aux excédents, contre 2,8% l’année précédente, et 2,9% en 2012.

Pour autant, la collecte quant à elle se porte plutôt bien. Cette croissance est souvent rendue possible par l’utilisation de la provision pour participation aux bénéfices (PPB) qui permet à l’assureur de soutenir des taux de rendement attractifs.

L’enjeu ?

Pouvoir disposer « d’une très forte capacité à honorer nos taux dans la durée », précise en effet Édouard Vieillefond, directeur de l’assurance vie chez Covéa. Pour ceux qui n’ont plus les moyens de pouvoir puiser dans la PPB, le bilan est plus mitigé. « Étant donné que nos investissements sur le marché obligataire sont d’une telle ampleur, les taux d’intérêt seront le facteur le plus déterminant du redressement des rendements, ce qui signifie que nous allons rester dans un environnement de rendement faible, potentiellement pendant un certain temps », explique ainsi George Quinn, directeur financier de Zurich Insurance.

Or l’analyse de la composition des provisions techniques nettes des assureurs du Top 20 confirme bien l’engouement persistant des épargnants pour les contrats en euros, et à l’inverse une frilosité par rapport aux solutions plus risquées. En effet de 2013 à 2014, la part des provisions techniques en unités de compte (UC) n’a pas décollé, bien au contraire, puisqu’elles sont passées en moyenne de 16,2% à 16,0% du total, avec des baisses pouvant atteindre 5,5 points chez Achmea, par exemple. Ainsi, la grande majorité des assureurs du Top 20 font le même constat : la triple contrainte rendement, sécurité de l’épargne et besoins complémentaires de capitaux ne peut être soutenable sur le long terme si les taux d’intérêt restent durablement bas, hypothèse qui n’est pourtant pas à exclure.

À titre illustratif, l’assureur allemand Ergo ne dégage plus suffisamment de rendements pour remplir ses engagements relatifs à des taux garantis accordés dans les années 90 et qui atteignent aujourd’hui pas plus de 4%.

« Le niveau des taux d’intérêt commence à grignoter le coeur de l’activité », constate Torsten Oletsky, le président du groupe allemand. Dit autrement, les provisions techniques deviennent trop coûteuses pour l’assureur. « Concrètement, il n’est plus possible de gagner de l’argent dans ce secteur » martèle même Christoph Jurecka, le directeur financier d’Ergo.

Abandon des taux de garantis

Corollaire de cette crise annoncée, la tendance est à l’abandon pur et simple des taux garantis dans les pays qui les pratiquaient encore. Les leaders allemands de l’assurance vie s’y sont résolus, à commencer par le groupe Allianz, qui s’y est résigné depuis juillet 2013, suivi par Talanx, le numéro trois du marché. Ces décisions sont tout sauf anodines dans un pays ayant fait du taux garanti à vie une de ses spécificités, et où plus généralement la stabilité est un gage de succès. Mais l’environnement de taux bas va surtout pousser les assureurs à une vraie révolution copernicienne. Mikaël Cohen, directeur des investissements de CNP Assurances de donner le « La ». « Personne n’a jamais connu un environnement de taux nominal aussi bas en Europe… et pour faire face à ce défi les assureurs doivent réinvent e r l’épargne », analyse-t-il. C’est à cette aune que les stratégies mises en oeuvre par les acteurs du Top 20 doivent donc être regardées de près.

Lutter contre le « tout euros »

Pour la grande majorité des assureurs, la première solution consiste à inciter les épargnants préà prendre plus de risque en se tournant vers les fonds en unité de comptes (UC). La création de nouveaux produits couplée et des consignes d’incitation données aux réseaux de distribution en constituent les mesures concrètes. Pour Sonia Fendler, membre du comité exécutif de Generali France en charge de la clientèle patrimoniale, l’enjeu est de « désintoxiquer » les épargnants aux fonds en euros en réapprenant aux épargnants à souscrire des unités de comptes (qui représentent déjà 38 % des fonds collectés par les réseaux CGPI de Generali depuis 2014). Ces derniers en auraient compris l’enjeu. « Les épargnants perçoivent de plus en plus qu’il ne peut pas y avoir d’épargne rémunératrice sans prise de risque » affirme Sylvain de Forges, directeur général délégué d’AG2R La Mondiale. Pour réussir cette politique, un dispositif « de bonus » récompense les assurés qui transfèrent ou versent une partie de leur épargne vers les unités de compte.

Concrètement, Groupama envisage de fermer progressivement ses contrats monosupport en euro pour encourager la collecte vers les unités de compte et cette politique s’est accentué depuis 2013. SwissLife propose à ses clients une politique d’échelonnage de la rémunération (rendements de 2,50 % à 3,10 %) selon le niveau d’investissement du contrat d’assurance vie multisupport. Chez Axa, « nous poursuivons notre objectif d’une croissance sélective vers les segments les plus rentables. La prévoyancesanté et les unités de compte représentent désormais plus de 70 % de nos ventes », précise Jacques de Vaucleroy, responsable au niveau international des activités d’assurance vie. Ainsi, la part de la collecte réalisée par Axa France Vie d’infrastrucen unité de comptes est passée de 16,6 % en 2009 à 29 % en 2013, contre une moyenne de 16% pour le marché français. Aviva quant à lui travaille dans le même sens, et voit la part en unités de compte de la collecte 2015 passer de 25% à 27%. Sonia Fendler complète « de nouveaux produits comme l’euro-croissance permettront aux assurés d’optimiser cette performance tout en gardant un niveau de sécurité ». Enfin des grands réseaux bancaires, comme BNP Paribas et le Crédit agricole, proposent également un bonus aux épargnants qui choisissent de transférer leur assurance vie en euro vers les unité de comptes.

Si un investissement massif dans les produits en unité de comptes pourrait éventuellement constituer une solution, elle seule n’est de toute évidence pas suffisante. Elle se heurte de surcroît à l’exigence de devoir de conseil auquel sont tenus les assureurs vie. Au total, l’encours en UC ne dépasse pas aujourd’hui les 23% dans un contexte pourtant favorable avec les bonnes performances des marchés financiers.

Des positions de placements plus agressives

Du côté du back-office des assureurs et de la gestion d’actif, la diversification des placements constitue une orientation privilégiée malgré le coût en capital qui risque d’en découler. En Europe plus des deux-tiers (69 %) des 2 000 milliards d’euros d’actifs issus de la comptabilité générale des assureurs européens sont composés d’actifs obligataires. Un chiffre qui atteint même près de 85 % pour les assureurs français. Pour maintenir le niveau des rendements dans un contexte de taux bas, les gérants d’actifs préconisent une diversification en titres de créances investment grade (obligations de crédit bien notées) en dehors de la zone Europe, en direction des États- Unis ou des pays émergents (en Asie par exemple). Tous les assureurs n’ont pas la même appétence vis-à-vis de cette approche. « Le Royaume-Uni a une très forte culture pour les obligations crédit américaines dans la mesure où son marché est quatre fois plus petit que la zone euro », illustre Mathilde Sauvé, responsable des solutions d’investissement pour client institutionnels chez Axa Investment Managers.

Une autre solution est de se tourner vers des actifs moins liquides dont la charge en capital est faible sous Solvabilité 2 et la volatilité totalement absente : prêts d’entreprises, prêts immobiliers, dettes d’infrastructure, placements privés d’entreprises. L’agence de notation Moody’s prévoit un engouement des assureurs pour cette classe d’actifs : près du quart de l’allocation pourrait ainsi être composé d’immobilier et de prêts directs ou hypothécaires, contre moins de 10 % aujourd’hui. C’est d’ailleurs le choix de CNP Assurances. « Nos investissements de taux sont plus que jamais orientés vers le financement de l’économie : les obligations corporate, en direct ou via des fonds spécialisés, mais aussi les dettes privées émises par des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Nous achetons des actions tout au long de l’année, nous misons sur des grands projets immobiliers ou d’infrastructures » précise Mikaël Cohen, le directeur des investissements.

Les placements sur les marchés financiers boudés

L’analyse des placements des assureurs du Top 20 montre d’ailleurs une augmentation modérée des investissements réalisés sur les marchés financiers (+0,2% en 2014 contre -0,1% en 2013) avec des rendements plus élevés en 2014 (4,5 % en moyenne contre 4,3% en 2013). Les assureurs ont désormais choisi de se tourner vers des investissements plus rentables mais plus risqués que les traditionnelles obligations. L’augmentation des fonds propres des assureurs du Top 20 (+23 % en moyenne de 2013 à 2014) explique également la capacité des assureurs vie à investir sur ces nouveaux marchés.

La baisse structurelle des taux d’intérêt est pour les assureursvie une occasion de réinventer leur modèle, de la commercialisation des produits d’épargne à leur gestion d’actifs. Cela suppose néanmoins que les épargnants – particulièrement en France – acceptent de modifier leur rapport au risque dans le cadre de l’épargne longue durée. En tout état de cause, si toutes ces pistes de solutions sont des réponses ponctuelles à la problématique posée, on pourrait s’interroger sur leur efficacité sur long terme si l’environnement de taux bas perdurait.

Michaël Donio et Cyril de Barmon, consultants Assurance & Actuariat chez Sia Partnersw

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