Top Santé 2017 : le léger souffle de l'ANI

Top Santé 2017 : le léger souffle de l'ANI
vanJekic/Getty

Le basculement du marché vers l’assurance collective, attendu avec la généralisation au 1er janvier 2016 de la couverture santé à tous les salariés, se fait sentir dans les résultats des complémentaires... sans pour autant bousculer leur hiérarchie en profondeur.

Le marché de la complémentaire santé évolue avec l’inertie d’un paquebot. À première vue, notre Top 30 ne subit aucun bouleversement majeur. Dix acteurs restent au même rang (en affaires directes) et la hiérarchie est respectée puisque les membres du Top 10 restent entre eux, Generali toquant désormais à la porte de ce club de milliardaires. On ne compte qu’un seul nouvel entrant dans ce classement, Agrica. Le groupe pro­fessionnel attribue sa bonne ­performance à son offre dite agricole, qu’il assure et qui est distribuée par Groupama et le Crédit agricole. Faut-il le rappeler, si les difficultés de certains secteurs comme l’élevage font régulièrement les gros titres, l’emploi agricole se porte bien. Le contraire du monde des médias, dont la mauvaise santé économique et les nombreux plans sociaux relèguent Audiens du 30 au 33e rang...

Un marché morose

Autre signe de l’inertie du marché, sa faible croissance : celle-ci ressortait déjà, au printemps, des statistiques du Fonds CMU-C. Considérées comme une réfé­rence de l’évolution du marché, ces statistiques avaient créé la surprise avec une progression du marché de seulement 1,3 % en 2016 (à 34,9 Md€), le taux le plus faible depuis leur publication. Cette année, le chiffre d’affaires total du Top 10 pèse 18,2 Md€, en progression de 0,6 %. Sur le Top 30, le chiffre d’affaires total atteint 29,8 Md€, en progression de 2,9 %. Mais une autre donnée vient corroborer le tassement pointé par le Fonds CMU-C : cette année, pas moins de onze acteurs voient leur chiffre d’affai­res (en affaires directes) reculer, contre huit l’an dernier.

Entre le 10e et le 30e rang, quelques acteurs résistent à la morosité ambiante. Generali et Crédit agricole Assurances ­affichent, comme l’an dernier, une progression à deux chiffres, uniquement en croissance ­interne. Quatre autres affichent une croissance à deux chiffres, grâce à des rapprochements. Bien qu’amputée de Sud-Ouest Mutualité, Apicil bénéficie de l’intégration de Gresham (ex-­filiale française de Legal & General), A2VIP (ex-B2V Prévoyance) et de Miel Mutuelle. Klésia voit l’arrivée dans ses comptes de la Mutuelle civile de la Défense (MCDef), transfuge du groupe mutualiste de la fonction publi­que Istya. ­Intériale profite de l’entrée de la LMDE. Ociane, jusqu’alors cantonnée au Sud-Ouest, change de dimension suite à sa fusion avec Matmut Santé Prévoyance, qui fait d’elle la tête de pont du groupe Matmut sur ces métiers.

Il faut entrer dans une lecture détaillée des chiffres pour identifier les signes d’une bascule du marché liée à l’ANI. En individuelle, une courte majorité de 16 acteurs voient leur chiffre d’affaires reculer (contre 12 l’an dernier). Parmi eux, une moitié de mutuelles de livre 2, sans compter les groupes qui, comme Humanis ou AG2R La Mondiale, comptent plusieurs mutuelles en leur sein.

Les mutuelles qui, comme Apréva avec une progression de 0,7 %, tirent leur épingle du jeu le doivent souvent à des choix précis, voire à des particularismes locaux. « Nous avons ­investi sur le courtage et le marché des seniors », indique Christophe Debal, directeur général. Ce dernier cite aussi un facteur propre à la ­région des Hauts-de-France, ­fortement touchée par la précarité, ce qui s’est traduit par un fort développement des contrats ACS, en progression de 24 %.

Globalement, la casse apparaît plutôt limitée sur le marché de l’individuel. « Nous avons sans doute un peu surestimé le transfert vers le collectif », estime Domi­nique Nadal, directeur commercial assurances collectives chez Axa. « La chute est moins rude que prévu », confirme Pierre François, directeur général de Swiss Life Prévoyance et Santé et président du comité santé de la Fédération française de l’assurance (FFA).

Des contrats individuels malgré l’ANI

« Dans les entreprises qui ont mis en place l’offre socle ANI, beaucoup de salariés ont préféré conserver leurs contrats individuels », constate aussi Franck Offredi, directeur assurances de Groupama. Autre constat largement partagé, celui d’un nombre assez important de « nouveaux » contrats collectifs ne prenant pas en charge les ayants droit.

Les évolutions se sont parfois produites de manière plus surprenante : « Nous avons perdu en acceptations de réassurance auprès de courtiers en individuelle et cela n’a pas toujours été remplacé par de la collective. Nous avons par exemple un partenaire dont l’activité de santé individuelle a basculé vers l’assurance chiens et chats », indique Pierre François.

Les chiffres du Top 30 confirment un transfert vers la collective très disparate. Si 21 acteurs voient leur chiffre d’affaires progresser sur ce segment de marché, la palme de la croissance revient aux assureurs et bancassureurs.

Y trouvent-ils vraiment leur compte, alors que le collectif est réputé moins rémunérateur ? Pierre François tempère cette idée largement répandue : « Toutes les affaires nouvelles sont moins rentables en première ­année, du fait des coûts commerciaux de mise en place des contrats. Il faut aussi compter avec les coûts de formation en interne ».

Reste à savoir si ce transfert vers la collective va se poursuivre. ­Difficile d’estimer le nombre d’entreprises non-équipées. « Il doit être marginal, mais depuis quelques s­emaines, le marché a retrouvé un niveau d’activité ­normal après une période d’attentisme », remarque Dominique Nadal. Bruno Liger-Belair, directeur général d’Uniprévoyance, parie, quant à lui, sur un marché animé. « Il y aura une redistribution des ­premiers contrats ANI qui avaient été sous-tarifés, ainsi que des opportunités sur les grands comptes avec la fin de la période transitoire de mise en conformité des contrats responsables ». Mais c’est surtout une nouvelle ère d’incertitude qui semble s’ouvrir. « La manière dont le gouvernement conduira son agenda de réformes peut encore largement recomposer le marché », souligne Franck ­Offredi.

 

 

 

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