[DOSSIER] L'assurance en Allemagne 2/4

Trois grands chantiers électoraux : l'Allemagne rattrapée par son déclin démographique

Trois grands chantiers électoraux : l'Allemagne rattrapée par son déclin démographique
Dieter Stein, président de la fédération des syndicats d’agents généraux allemands © DR

Les défis du vieillissement acculent le pays à repenser les couvertures pour une population dont 30 % auront plus de 60 ans en 2020. Retraite, assurance maladie et dépendance jalonneront la campagne des législatives jusqu'en septembre.

Assurances contre énergie. Au cours des prochains mois, l'assurance maladie, le régime de retraite et la couverture dépendance se disputeront le podium de la campagne électorale avec le tournant énergétique, forcé par l'abandon du nucléaire. C'est dire combien ce triptyque réclame des solutions d'urgence. Depuis près de huit ans, les partis de la coalition tentent de colmater les brèches en reculant l'âge de la retraite à 67 ans et en ajustant les couvertures de prévoyance et de dépendance. En vain. Selon le FMI, faute de mesure, les caisses de retraite allemandes encourent un déficit de 2 000 Md€ d'ici à 2050. Aucun autre pays européen que l'Allemagne n'est autant aux prises avec les conséquences du vieillissement de sa population.

En santé, la fin d'un modèle

Si les sociaux-démocrates venaient à remporter les élections, la couverture maladie sera en première ligne des réformes. « S'il y a un changement de gouvernement, il y a fort à parier que les assurances santé disparaissent à moyen terme », prédit Oskar Goecke, professeur à la faculté de sciences économiques et vice-directeur de l'Institut de l'assurance de Cologne. Ce modèle - unique en Europe - autorise tout Allemand dont le revenu dépasse un certain plafond (3 900 € par mois actuellement) à souscrire sa couverture santé au premier euro auprès d'un assureur.

2000 Md€

Le déficit des caisses de retraite allemandes en 2050, selon le Fonds monétaire international.

 

Les 23 compagnies d'assurances spécialisées ou filiales de grands groupes qui couvrent les 10% de la population concernés sont aujourd'hui au pied du mur. Leurs revenus financiers, en baisse, ne suffisent plus à compenser la hausse annuelle de 5,2% des coûts de santé. Une augmentation des cotisations et l'introduction d'un tarif unisexe en 2012 ralentissent les affaires nouvelles et, de surcroît, font vaciller ce modèle que les sociaux-démocrates, mais aussi une partie des démocrates-chrétiens, condamnent.

Selon les experts du cabinet Bain et Company, une caisse unique - équivalent d'une sécurité sociale - pourrait être introduite dès 2015 en cas de victoire des sociaux-démocrates et des Verts. Ce modèle à la française, dont ils se réclament, signifierait la fin de la coexistence du régime général et des assureurs santé. Sans l'admettre publiquement, ces derniers élaborent déjà des solutions de sortie. Car, comme l'estime Dieter Stein, président de la fédération des syndicats d'agents généraux allemands, « le vide laissé par la disparition des contrats santé [au premier euro] ne pourra jamais être compensé par les complémentaires santé ».

LE DEMI-SUCCÈS DU « RIESTER »
  • Outre-Rhin, « Riestern » signifie économiser pour sa retraite. À l'origine de ce néologisme, Walter Riester, ministre du Travail, qui, en 2001, crée ce produit de retraite complémentaire. Commercialisé par les banques et les assureurs, le « Riester » donne droit à une subvention d'État de 154 € par an, à condition d'y investir au moins 4% de son revenu et d'en faire la demande chaque année. Dix ans après son lancement, 15,5 millions de contrats ont été vendus, dont 10 millions par les assureurs. Un bilan en demi-teinte : à peine plus de la moitié des 30 millions de salariés en disposent, et seuls un tiers des assurés profitent des subventions d'État. Il est vrai que le Riester a mauvaise presse auprès du grand public et des intermédiaires de l'assurance : trop complexe, il demande un suivi régulier et implique une lourde charge administrative.

 

En retraite, des bombes à retardement

Le système de protection sociale français inspire aussi les sociaux-démocrates dans leurs propositions de réforme du régime de retraite. Résolument opposés à un système par capitalisation et aux produits de retraite « Riester » (lire l'encadré), les sociaux-démocrates plaident pour un minimum retraite et forcent le débat sur la complémentaire retraite obligatoire. Introduite il y a dix ans, elle reste facultative si le salarié n'en fait pas expressément la demande auprès de son employeur, et elle ne bénéficie qu'à 20 millions d'Allemands. Toutefois, ces complémentaires retraite constituent aujourd'hui le segment le plus prometteur de l'assurance de personnes (avec une croissance annuelle de 5%), d'autant que les contrats de branche se multiplient. La généralisation de la retraite complémentaire suffira-t-elle pour autant à mettre fin aux inégalités ? Vingt ans après la réunification, un différentiel de 4% subsiste dans la valeur du point retraite entre l'Est et l'Ouest.

La coalition gouvernementale vient de prendre la mesure du phénomène : les risques de pauvreté à la retraite menacent un quart des salariés actuels dans ce pays où le Smic est inexistant. Reposant sur une allocation qui compenserait le montant de la retraite à hauteur du revenu minimum (sous le seuil de 60% du revenu moyen, soit 952 € nets mensuels), le projet défendu par la ministre des Affaires sociales, Ursula von der Leyen, est toutefois désavoué par son camp. Reste au gouvernement actuel à affiner les outils existant tels les produits « Riester » et leur extension à l'épargne logement et à l'invalidité. Ce risque demeure sous-estimé des Allemands. Les contrats invalidité ne représentaient que 7,3% des affaires nouvelles en assurance de personnes en 2011. Un paradoxe, car le recul de l'âge de la retraite à 67 ans fait apparaître de nouveaux besoins de couverture.

Le nombre d'Allemands ayant une personne dépendante parmi ses proches passera de 10 millions aujourd'hui à 27 millions dans dix ou quinze ans.

Rita Jakli, porte-parole de la R+V

 

Les limites de l'assurance dépendance

Parallèlement, l'assurance dépendance obligatoire mise en place en 1995 (taux de cotisation de 2,05% au 1er janvier 2013) montre ses limites. Selon une enquête de l'assureur maladie Barmer GEK, elle ne peut actuellement couvrir que 43% des frais de soins pour les hommes et 47% pour les femmes. En attendant un rajeunissement de ce volet obligatoire par le vainqueur des prochaines législatives, les assureurs commercialisent avec succès les complémentaires dépendance, qui constituent aujourd'hui 7,4% du stock des affaires vie. « Le potentiel est très important, car les études démontrent que le nombre d'Allemands ayant une personne dépendante parmi ses proches passera de 10 millions aujourd'hui à 27 millions dans dix ou quinze ans », note Rita Jakli, porte-parole de la R+V, numéro deux allemand en assurance de personnes.

PEU DE COUVERTURES OBLIGATOIRES

LES COUVERTURES OBLIGATOIRES, EN NOMBRE DE CONTRATS

  • Assurance maladie (1) au premier euro 8,96 millions*
  • Dépendance (3) au premier euro 9,67 millions**
  • RC auto 41 millions (véhicules particuliers)**
  • Retraite complémentaire (2) 20 millions***

LES PRODUITS PRÉFÉRÉS DES ALLEMANDS, EN NOMBRE DE CONTRATS

  • Produits vie 93,6 millions**
  • Protection juridique 21,2 millions*
  • Complémentaire santé 22,6 millions**
  • Assurance accident (équivalent de la GAV) 27,3 millions**
  • Assurance auto tous risques 23 millions**

À TITRE INDICATIF

  • Nombre d'habitants en 2010 81,75 millions
  • Plus de 20 ans en 2010 66,67 millions
  • Actifs 42 millions
  • dont salariés 30 millions

SOURCE : GDV

* JUIN 2012, ** DÉCEMBRE 2011. *** ESTIMATIONS.

  1. Toute personne dont le revenu mensuel est supérieur à 3 900 € est autorisée à opter pour un contrat d'assurance maladie au premier euro auprès de l'un des 23 assureurs maladie allemands. L'assurance maladie est obligatoire en Allemagne. 51 millions d'Allemands détiennent une couverture auprès du régime général, soit 69,8 millions avec les ayants droit.
  2. L'employeur ne peut s'y soustraire si le salarié en fait la demande.
  3. L'assurance dépendance est obligatoire. En règle générale, les assurés maladie du régime général y sont affiliés également pour la dépendance.

 

Le gouvernement actuel donne un coup de pouce aux assureurs en subventionnant depuis le 1er janvier, à hauteur de 5 € par mois, tout assuré qui investira au minimum 10 € dans la dépendance « Bahr », une minicomplémentaire dépendance du nom du ministre de la Santé, Daniel Bahr. Les assureurs santé s'apprêtent à vendre 1,5 million de ces contrats dès cette année. Un récent exemple qui démontre que le modèle allemand préfère souvent recourir à une demi-mesure plutôt qu'à une réforme en profondeur.

le vide laissé par la disparition des contrats santé [au premier euro] ne pourra jamais être compensé par les complémentaires santé

Dieter Stein, président de la fédération des syndicats d’agents généraux allemands

 

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